L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


D'HAESE Jules, Alphonse



Jules D'Haese est né le 11 septembre 1899 à Lille (Nord). Il est le fils de Sophie Van Goethe, 40 ans, ménagère et de Julien d'Haese, peintre en voitures, son époux,  domiciliés 13 rue Mérein, impasse Convan à Lille.
Jules D'Haese habite au 35 rue Voltaire à Puteaux (Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation.
Il travaille comme chauffeur aux usines automobiles UNIC de Puteaux, qui depuis 1930 se sont spécialisées dans les véhicules industriels. Le 27 octobre 1924 à Puteaux il épouse Marie, Odile Duval, née en 1897 en Belgique.
Membre du Parti Communiste selon les témoignages, il participe à la lutte clandestine. Le jeune Gabriel Ponty, qui sera déporté en même temps que lui à Auschwitz, est monteur dans la même usine, ainsi que Lanvert André, un des responsables de la cellule du Parti communiste.
Jules D'Haese  est arrêté le 3 août 1941, sur la place du marché, à la suite d'une altercation avec les agents qui molestaient une femme, d'après le témoignage de Mme Marie-Louise Pairiere (1). Jules D'Haese est incarcéré à la Santé, puis au camp de Rouillé. Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé (2) une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Jules D’Haese (n°35 de la liste) y figure, comme ceux de ses deux camarades clichois, d’Eugène Guillaume et René Petitjean. C’est avec un groupe d’environ 160 internés (2) qu’il arrive à Compiègne le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jules D'Haese  est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. Le numéro "45475 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Jules D'Haese meurt à Auschwitz le 21 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 420).
Le titre de « déporté politique » lui a été attribué et son nom figure sur le monument aux Martyrs de la Résistance (Puteaux,1970).
Marthe Jean
par Dominique, sa fille
  • Note 1 : Il s'agit peut-être de Marthe Jean, résistante de Clichy (elle a caché Gabriel Péri), qui a raconté une histoire analogue à mon mari, Pierre Cardon dans les années 80. Ce jour là de l'été 1941, elle  et "un copain" de Puteaux faisaient le guet pendant que Roger Jean, son mari, distribuait des tracts sur le marché. Lorsque les agents sont arrivés, elle les a vivement interpellés pour permettre à Roger de s’enfuir. Elle-même a pu s'enfuir grâce à l'intervention de son autre camarade, qui lui fut arrêté. 
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. Il a été fermé en juin 1944. In site de l’Amicale de Chateaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 3 : Dix-neuf internés de cette liste de 187 noms ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps, ou sont hospitalisés. Trois se sont évadés. Cinq d’entre eux ont été fusillés.
Sources

  • Plaquette mai 1981, "La Résistance à Puteaux, Juin 1940 à Août 1944".
  • Témoignages vécus et recueillis par Jean Nennig,
    M. Philippe Buyle, historien (février 1991).
  • Mlle Chabot, archiviste (juin 88 et février 1991).
  • Témoignage de Mme Marie-Louise Pairiere, veuve de Lucien Pairiere, un des "45000" de Puteaux, juillet 72.
  • Témoignage d'Emile Bouchacourt, « 45 000 » de Suresnes, rescapé.
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. Archives du Centre de Documentation Juive Contemporaine : Liste XLI 42.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • © Archives en ligne de Lille.
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d'Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
Biographie rédigée en 2007 et réinstallée en juillet 2012, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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