L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LOUARN, Victor, Charles


Matricule "45805" à Auschwitz

Rescapé

Victor Louarn est né le 30 mars 1919 "en ville close" à Concarneau (Finistère). Il est le fils de Jeanne Kermenguy et de Victor Louarn son époux, où il habite au 13 rue des Remparts au moment de son arrestation. 
Il est célibataire et travaille comme régleur sertisseur à la conserverie Bouvais, devenue aujourd'hui centre des arts.
Victor Louarn, assis, deuxième en partant de la gauche
Théophile, son frère cadet de deux ans et lui pratiquent le football à l'Union Sportive Concarnoise (photo ci-contre).
Victor Louarn est mobilisé en 1939.
Militant actif du Parti communiste, il est, avec Alain Le Lay, secrétaire régional du Finistère et responsable du Parti communiste clandestin à Concarneau, à l'origine de la formation du Front National dans la région concarnoise. Ces activités motivent son arrestation par la police française, le 11 juin 1941 pour distribution de tracts. Son camarade  Esprit Jourdain est arrêté probablement le même jour que lui. Il le verra mourir à Birkenau.
Victor Louarn est déféré devant le Tribunal de Quimper le 12 juin 1941 pour «tentative de reconstitution de la section des Jeunesses communistes». Il est incarcéré la prison de Quimper (Le Bourguen) entre le 12 juin 1941 et le 30 avril 1942. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande le 30 avril 1942. 
Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 1er mai 1942, en vue de sa déportation comme otage. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Victor Louarn est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
L' entrée du camp d'Auschwitz I
Victor Louarn est enregistré à leur arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 (11 heures du matin) sous le numéro 45805. Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. 
Le 13 juillet : « Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi. Les autres, dont je suis nous restons à Birkenau où nous sommes employés pour le terrassement et pour monter des baraques appelées Block ». Pierre Monjault.  Il est témoin de l'horreur au quotidien, décrite minutieusement par René Maquenhen (lire dans le blog, La journée-type d'un déporté d'Auschwitz.
Kommando de la Forge
Il est affecté au Kommando de la Forge. Il y travaille avec Ferdinand Bigaré, Raymond Boudou, Eugène Charles, Gabriel Lacassagne, Marceau Lannoy, Jules Le Troadec.
Un soir (le 16 ou le 17 mars 1943), après l’appel, la plupart des «45000» survivants à Birkenau (vingt-cinq) sont rassemblés. Consignés dans un block, dix-huit d’entre eux, dont Victor Louarn, sont conduits le lendemain sous escorte au camp principal, Auschwitz I.
En application d’une directive datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus français des KL la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, il reçoit le 4 juillet 1943, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz, l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Le 3 août 1944, il est à nouveau placé en “quarantaine”, au Block 10, avec la majorité des “45000” d’Auschwitz I. Lire La Résistance dans les camps nazis
Il est transféré à Sachsenhausen le 29 août 1944 avec un groupe de 29 autres "45000". Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants"
Le 21 avril 1945, le camp est évacué en direction de la Baltique, par colonnes de 500 détenus, en direction de Schwerin puis de Lübeck ou de Hambourg. Certains "45 000" sont libérés, au cours de ces terribles "marches de la mort", par les Soviétiques, au début mai : Daniel Nagliouck, René Maquenhen, Georges Marin, Henri Mathiaud, Auguste Monjauvis, René Petitjean. Victor Louarn est également libéré, le 2 mai par les Soviétiques.  Il regagne la France le 23 mai 1945.
Mais il est atteint de tuberculose pulmonaire. La mort de son frère, déporté à Buchenwald l'affecte profondément.
A son retour il habite au 8 rue Jean Bart à Concarneau. Il est mareyeur à Concarneau, activité qu’il devra cesser en 1958 pour cause de maladie. Il se marie à Concarneau le 13 avril 1946 avec Thérèse Le Floch. Ils ont deux filles, Josette, née en 1947 et Andrée, née en 1950. Ila famille habite au 16 rue des Roses à Concarneau. 
Le titre de «Déporté Résistant» lui est attribué le 26 septembre 1952. Victor Louarn est mort le 3 mars 1979 des suites de sa maladie.
Des obsèques solennelles lui rendent hommage à Concarneau en présence d’une nombreuse assistance «associations patriotiques avec drapeau, FNDIRP de Concarneau et de Quimper conduite par Jean Bernard, du maire et du conseil municipal. Selon ses volontés son cercueil fut recouvert du drapeau de notre section, ni fleurs, une seule couronne de notre section locale» (Thérèse Louarn).
Une rue de la Ville close rappelle le sacrifice de son frère Théophile, né le 21 février 1922 à Concarneau. Il est déporté à Buchenwald dans le convoi du 22 janvier 1944. Il est affecté au camp de Dora-Mittelbau. Il meurt à Elrich le 27 mars 1945.

Sources
  • Lettres de Victor Louarn à Roger Arnould (1972).
  • Documents envoyés à Roger Arnould par le secrétaire de la section de la FNDIRP de Concarneau, Gilbert Troisième.
  • Lettre de madame Thérèse Louarn (1979).
  • Archives municipales de Concarneau.
  • Témoignage de Roger Abada (1989).
  • Brochure : «Concarneau sous l’occupation», p. 4, 6 ,7. 
  • Eugène Kerbaul, Cahiers d'Histoire de l’IRM, 1985, n° 22, page 100.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, tome 34, page 203.
  • Photo de groupe : Il s'agit d'une photo du club de foot de Concarneau (USC). En aucun cas elle n'a put être prise au camp de Compiègne. © Ouest France, édition du 5 juillet 2012, coupure envoyée par Mme Geneviève Le Goanvic et Lucien Corolleur. Mme Bernardini m'informe que son père Auguste Le Goanvic, né en 1920 figure également sur cette photo (le troisième en haut à gauche).
Biographie rédigée en janvier 2006, mise à jour en juillet 2012 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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