L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SORIN Ambroise Marcel


Ambroise (dit Marcel) Sorin est né le 23 août 1896 à Bois-Colombes (Seine / Hauts-de- Seine). Il est le fils de Louise Thénardier, cuisinière et de son époux, Joseph Sorin, jardinier. 

Il habite au 25 rue Godillot à Saint-Ouen (des logements HBM) au moment de son arrestation.
Il se marie le 20 novembre 1920 avec Palmyre Demongeot à Montbard (Côte d’Or). 
Le couple aura 3 enfants.
Marcel Sorin est ajusteur. 
En 1934 Il fait construire un café-hôtel-restaurant au Plessis-Robinson (Seine / Hauts-de-Seine), qu’il exploite jusqu’au printemps 1935, puis le loue jusqu’à ce que ce commerce cesse toute activité. Il est fiché par la police comme : « meneur communiste très actif ».
le 25 rue Godillot à St Ouen
En 1940, il habite jusqu'à son arrestation à St-Ouen (Seine / Seine-Saint Denis) au 25 rue Godillot, avec son amie Marie Théallier, . « Soupçonné de propagande communiste, une perquisition eut lieu à son domicile le 5 décembre 1940, sans succès, il fut relaxé » (Le Maitron).
Extrait de la liste des RG du 27 juin 1941, montage à partir du début de la liste
Il est arrêté le 27 juin 1941 à St-Ouen, à son domicile (selon sa compagne, ce que confirme la liste des RG), dans la même vague d’arrestations que cinq autres militants de St Ouen. La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 27 juin 1941, mentionne pour Marcel Sorin : « Meneur communiste très actif ».
Ces arrestations ont lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française en application du décret-loi du 18 novembre 1939 : « individus dangereux pour la défense nationale et pour la sécurité publique ». D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des ennemis actifs du Reich.
Marcel Sorin est d’abord emmené au commissariat de Saint-Ouen, puis remis aux Allemands à l’Hôtel Matignon, et interné au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 27 juin 1941. Il y reçoit le matricule 748 et il est affecté à la baraque 5, chambre 5. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Marcel Sorin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro "46108 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique très plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Marcel Sorin meurt le 18 septembre 1942 à Auschwitz d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1148 et © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
«L’amie d’Ambroise Sorin s’inquiéta de ne pas recevoir de ses nouvelles. Saisis de la requête, les Renseignements généraux demandèrent le 5 juin 1943 au commissaire de police de Saint-Ouen d’ouvrir une enquête. Ce dernier rendit compte le 16 au préfet de police : « Monsieur Sorin se trouverait en Allemagne depuis le 6 juillet 1942 comme interné politique et depuis cette date madame Théallier Marie n’a pas eu de nouvelles » (Maitron).
Son nom est inscrit sur le monument de la Résistance et de la Déportation de Saint-Ouen, situé dans le cimetière communal et sur le monument en hommage aux déportés politiques du convoi du 6 juillet 1942, inauguré le 24 avril 2005.

Sources
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en 1993. Dossier individuel consulté par Arnaud Boulligny (FMD), 22 juin 2012.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Maitron en ligne 2011, notice de Daniel Grason.
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d'Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, Liste des militants communistes internés le 27 juin 1941.
Biographie installée en juin 2012 (complétée en 2016), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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