L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MARTIN Georges


Edmée et son mari, Raymonde et Georges Martin
Georges Martin (photo Renseignements généraux)
Georges Martin est né le 5 août 1913 à Ivry-sur-Seine (Seine / Val de Marne). Il est le fils de Georgette Collot, 24 ans, sans profession et d’Auguste, Hyppolyte Martin, 24 ans, maçon, son époux, demeurant au 27 rue des Lilas. 
Georges Martin habite au 16 rue Broussais à Vitry-sur-Seine au moment de son arrestation. 
Son père soldat, au 147ème Régiment d’Infanterie, est tué en 1915, ainsi que cinq de ses oncles, victimes de la Première guerre mondiale.
Il a deux sœurs, Jacqueline et Edmée, dont le mari s’engagera en 1937 dans les Brigades Internationales. Georges Martin a épousé Raymonde Claveau.
Le 12 novembre 1919 il devient pupille de la Nation. Georges Martin travaille comme maçon à Ivry en 1920. Puis il est margeur dans une imprimerie du Faubourg-Poissonnière à Paris 10ème
Chez Mme Delisle 1930
Il quitte Ivry pour Vitry. Appelé au service militaire en 1933 (troisième bureau de la Seine), il est réformé définitif pendant ses classes pour des séquelles d’une pleurésie.
Fête de l'Humanité à Montreuil
Georges Martin est membre du Parti communiste à la cellule Bel Air de Vitry, et diffuseur de la presse communiste avec Le Père Froment (1) dont il est un familier (sur cette photo prise lors d’une fête de l’Humanité à Montreuil, on aperçoit celui-ci assis de dos à droite de la photo (xx) où Georges Martin est debout à gauche. Georges Martin est un vendeur régulier de l'Humanité.
Vendeurs de l’humanité de Vitry, point rouge.
Le 22 août 1936, il se marie à Vitry avec Raymonde, Renée, Clabaut, née en 1915. Elle est  manœuvre à L’Œillet Métallique à Ivry.
Avec sa sœur Germaine 
à l'hiver 1940
Pendant l'Occupation, il s'inscrit à la Défense passive, pour pouvoir diffuser plus aisément le matériel anti-allemand : tracts et journaux. 
Fiche des Renseignements généraux
Le 22 avril 1941, il est arrêté, ainsi que les frères Martin (Angel et Raymond) (2), par des gendarmes de Vitry. 
Il est accusé d'avoir collé des affichettes du Parti communiste. Sur sa fiche des Renseignements généraux (BS1), il est écrit "sollicité par Froment, responsable du quartier de la ferme à Vitry. A diffusé du matériel clandestin en compagnie de "Ba." et de "Bu.". Envoyé au Dépôt le 31 mars 1941".

Georges Martin est écroué à la Santé, puis interné, sur mandat du préfet de Paris en date du 1er octobre 1941, au Centre de séjour surveillé de Rouillé, le 9 octobre.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé (3) une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Georges Martin (n°124) y figure. C’est avec un groupe d’environ 160 internés (4) qu’il arrive à Compiègne le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à la déportation de 14 vitriots, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Georges Martin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des 45000. Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 n'est pas connu. Le numéro "45846 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Georges Martin  meurt à Auschwitz le 25 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 784).
La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 10 novembre 1994 paru au Journal Officiel du 11 janvier 1995). Cet arrêté mentionne décédé le 15 octobre 1942 à Auschwitz : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté rectificatif la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).
Une rue de Vitry porte son nom. Il est honoré sur la plaque située place des martyrs de la Déportation à Vitry, inaugurée à l’occasion du 50ème anniversaire de la déportation : 6 juillet 1942, premier convoi de déportés résistants pour Auschwitz - 1175 déportés dont 1000 otages communistes - Parmi eux 14 Vitriots. Son nom est aussi inscrit sur le monument situé place des Martyrs de la Déportation à Vitry : A la mémoire des Vitriotes et des Vitriots exterminés dans les camps nazis.
  • Note 1 : Paul Froment,  adjoint au maire de Vitry, déchu de son mandat le 29 février 1940 pour appartenance au Parti communiste. Dans un rapport du 25 mai 1941, la police estimait qu’il participait aux activités du parti clandestin, aux distributions de tracts, à la diffusion de matériel de propagande. Arrêté en mars 1941 malgré son âge, il est condamné à 18 mois de prison. Il est interné à Fresnes, Poissy, Compiègne. Déporté à Dachau, il meurt à Bergen Belsen le 19 janvier 1945 : il avait 70 ans.
  • Note 2 : Ils sont tous arrêtés le 27 ou le 28 avril 1941, très vraisemblablement afin d’enrayer d’éventuelles manifestations le 1er mai, à partir des fiches établies en octobre 1940 par le commissariat de Vitry (lire l’article du blog Le rôle de la police française dans les arrestations des «45000» de Vitry) : il s’agit majoritairement d’ouvriers communistes ou de militants aux Amis de l’URSS, deux sont conseillers municipaux communistes : Bonnefoix Lucien, Bournigal Georges (XX), Brahim Georges (X), Bretonneau Louis (XX), Brice (XX), Calavia Félix (XX), Crespo José (XX), Darras Louis (XX), Delbos Julien, Tarquis Gabriel (X), Tavert  Antoine (XX), Talout Robert (X), Tortel Maurice (XX), Tremblay Edouard (XX). Voir dans l’article précité la signification des croix (X, XX, XX).
  • Note 3 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. Il a été fermé en juin 1944. In site de l’Amicale de Chateaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 4 : Dix-neuf internés de cette liste de 187 noms ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps, ou sont hospitalisés. Trois se sont évadés. Cinq d’entre eux ont été fusillés.
Sources  
  • Témoignages et photos d'avant-guerre de José Martin, frère d’Angel Martin.
  • Rencontre avec José Martin (pèlerinage à Auschwitz, 1987).
  • Etat civil d’Ivry.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb, Ivry et Vitry.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès destinés à l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42.
  • La Résistance à Vitry, brochure édité peu de temps après la Libération par la municipalité, sans date. 
  • De l’occupation à la Libération, témoignages et documents, brochure éditée par la Ville de Vitry-sur-Seine, pour le 50ème anniversaire de la Libération, Paillard éd. 1994. 
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d'Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Archives en ligne du Val de Marne
  • © Archives en ligne d’Ivry.
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), par dérogation aux Archives de la Préfecture de police de Paris.
Biographie installée et complétée en 2012 et 2017 (rédigée en 2003), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942, Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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