L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


La maison centrale de Clairvaux


La Maison centrale
La Maison centrale de Clairvaux est située à environ 15 kilomètres de Bar-sur-Aube (Aube-10) à 270 km de Paris. Les bâtiments monastiques de la célèbre abbaye, transformée en prison en 1926, furent le lieu de détention de 997 internés en mars 1941, 1117 internés fin 1941, 332 en 1942, 147 en 1943 et 150 en mai 1944.
Pendant la Seconde guerre mondiale, en plus de sa fonction antérieure de maison centrale pénitentiaire qui est maintenue, Clairvaux devient en effet un lieu d'internement pour communistes et opposants politiques :
Pendant cette période, Il y a à Clairvaux plusieurs catégories de détenus : des droits communs, des militants communistes et syndicalistes, ainsi que des Juifs domiciliés dans la région (53 internés juifs de Clairvaux sont déportés à Auschwitz via Drancy dans le convoi du 23 septembre 1942). 
Séance de punition à Clairvaux
Les conditions d’internement sont très dures :  discipline féroce, (cf. photo salle de discipline) et malnutrition : Pierre Daix dans son livre "J'ai cru au matin" écrit :  "c'est à Clairvaux que j'ai vu mes premiers morts de faim ".
Les camps et les prisons françaises servent de vivier aux Allemands pour y  puiser ceux qu’ils veulent fusiller où déporter.

49 internés de Clairvaux seront déportés le 6 juillet 1942 à Auschwitz.
Pour la quasi totalité d’entre eux, ce sont des militants communistes. Ils sont internés à Clairvaux à la suite de plusieurs vagues de transferts en 1941 et 1942, depuis d’autres prisons ou d’autres camps d’internement. 
L'arrêt "Clairvaux", aujourd'hui désaffecté
Depuis la gare de l’Est ils arrivent à la gare de Ville-sous-la Ferté, à l’arrêt « Clairvaux » (la gare est aujourd’hui désaffectée).
Ils sont amenés en voitures cellulaires par groupes de 20 escortés par des gardes mobiles (Pierre Kaldor).
A leur arrivée, ils reçoivent une tenue carcérale qu’ils doivent porter sous peine de passer la nuit au mitard. Le Révérend père Bruckberger écrit : Le gouvernement de Vichy a cette honte de plus d'avoir fait du communisme un délit de droit commun et d'avoir ainsi pourvu les poteaux d'exécution allemands.
Ces militants en sont à leur deuxième ou troisième lieu d’internement.
Dans le cas d’un deuxième lieu d’internement, ils viennent de la Santé, de Fresnes, ou d'Aincourt (100 internés sont transférés d’Aincourt à Fontevraud en décembre 1940). Pour ceux qui arrivent pour un troisième internement, ils viennent de Fresnes, de Drancy, d’Aincourt, du Dépôt du Palais de Justice, du Dépôt de la Préfecture de police de Paris ou de Fontevraud.
Les détenus de Clairvaux qui seront déportés par la suite à Auschwitz, seront transférés à la Santé et / ou aux camps de Rouillé (8 le 27 septembre 1941) Voves, à Châteaubriant et enfin à Compiègne.
Il s’agit d'Algret Marcel, Andréas Marcel, Barthélémy Fernand, Berthout Jean Baptiste, Biffe Joseph, Bouchacourt Emile, Boulanger Marcel, Camus Guy, Carpentier René, Chevalier Lucien, Degdier Eugène, Depriester Gustave, Deschamps René, Dupuy Marcel, Flageolet André, Garré Charles, Gaston Eugène, Gié Gaston, Ginollin Frédéric, Guidou Louis, Guillot Maurice, Graindorge Marcel, Guy Maurice,  Hannhart Henri, Hureau Henri, Jodon René, Lambotte Robert, Laurent Louis, Lebras Roger, Le Bigot Georges, Le Bras Roger, Massicat Robert, Mauger Roger, Martin Angel, Née Francis, Obel Emile, Omphalius Eugène, Paupy Jean, Perrottet René, Philippot Jean, Platiau Raoul, Prunier Robert, Raimond Maurice, Riochet Henri, Ruau Gaston, Rossé Albert, Saguet Fernand, Tardieu Gérard, Vandenhove Fernand, Véron Charles (interné sous statut de droit commun, alors qu’il a été condamné à 18 mois comme politique), Welscher Louis.

21 otages fusillés à Clairvaux
Les fusillés de Clairvaux sont l'expression de la férocité de la répression nazie et de l’implication du régime de Vichy. 21 détenus de Clairvaux sont fusillés entre 1941 et le 14 mai 1942 dans une clairière de la Ville-sous-la-Ferté, proche de Clairvaux.
Le 24 septembre 1941 : Alexis Colin.
Le 13 janvier 1942 : Jules Frot, Constant Petitjean.
Le 7 mars 1942 : Paul Chabassière, Maurice Romagon, Bernard Roy, René Le Gall, Félicien Parize.
Le 2 avril 1942 : Jean Lelarge.
Le 14 avril 1942 : André Chassagne, Marcel Faivre, Benjamin Jourist, René Plaud.
Le 30 avril 1942 : Edgar Rousselle, Roger Thibault.
Le 9 mai 1942 : Marcel Linard, Eugène Lutherère, Roger Ponsardin, Lucien Chagnoux, René Cossin.
Le 14 mai 1942 : Robert Tachinoff

Je me rappelle que ce jour, 7 mars 1942, 150 «otages» ont été fusillés à travers la France, dont René Le Gall, conseiller municipal, pris comme otage à Clairvaux, Romagon, qui était conseiller municipal également et qui était le responsable politique et militaire de l’organisation clandestine des prisonniers politiques de Clairvaux. Pierre Kaldor (1). Ci-contre, l'arbre des fusillés.
Ci-après un lien avec le bouleversant témoignage du R.P. Raymond-Léopold Bruckberger : La Marseillaise à la maison centrale de Clairvaux.

D’autres anciens internés de Clairvaux sont fusillés dans d’autres camps.
Tous avaient été internés à la suite des rafles organisées à partir du 5 octobre 1940 - avec l’accord de l’occupant - par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la Seine et de la Seine-et-Oise (élus, cadres du parti et de la CGT) avec la remise en vigueur du décret du 18 novembre 1939 sur l’éloignement des suspects et indésirables.
Maurice Guy, Maurice Ténine et Jean Pierre Timbaud (1)
Ils ont nom :
Pierre Rigaud, secrétaire de Maurice Thorez, transféré de Clairvaux à Châteaubriant, il est fusillé à Compiègne le 7 mars 1942.
"Ceux de Châteaubriant", qui sont fusillés à la carrière de la Sablière, le 22 octobre 1941 : Guy Môquet, transféré de Clairvaux au camp de Choisel-Châteaubriant, Désiré Granet, jeune militant communiste et syndicaliste de Vitry, Charles Michels, ouvrier communiste, responsable de la fédération CGT des cuirs et peaux, Maurice Gardette, membre du comité régional du Parti communiste, Henri Pourchassesecrétaire adjoint du syndicat CGT des machines à la Ville de Paris, secrétaire de la cellule de l’usine des Eaux et membre du bureau de la section communiste d’Ivry; Jean-Marie Poulmarch, secrétaire général du syndicat CGT des industries chimiques de la région parisienne, Jean-Pierre Timbaud, secrétaire de la Fédération des Métaux CGT de la Région parisienne, Maurice Ténine, conseiller municipal communiste de Fresnes, Victor Renelle, ingénieur-chimiste, chef de laboratoire, syndicaliste sans-parti. A Châteaubriant il refuse une libération qui aurait comme condition de devoir travailler pour les allemands. Cette liste n’est pas exhaustive.

  • Note 1 : Photo collection famille Guy. Maurice Guy a également envoyé à son épouse des photos du camp de Choisel à Châteaubriant. Sur l'une d'elle il a légendé les noms de ses camarades fusillés dans la clairière, le 22 octobre 1941.
  • Note 2 : Pierre Kaldor, fut un des avocats français au procès de Dimitrov. Militant du Parti communiste français, il est arrêté le 30 octobre 1939 et condamné à 5 ans de prison. De la Santé, il est interné au moment de la débâcle à la prison de Bourges. Le 28 juin 1941 il est transféré à Clairvaux. Puis à la prison de Châlons-sur-Marne dont il s'évade en novembre 1943. En juin 1944, avec Marcel Willard, Joe Nordmann et Solange Bouvier-Ajam, il arrête, les armes à la main, le ministre de la Justice de Pétain, Gabolde. Il est co-fondateur et secrétaire général du Secours populaire de 1945 à 1947, défenseur des nationalistes et communistes algériens (colloque CGT Pierre Semard).
Sources
  • © Photo séance de punition à Clairvaux, collection Henri Manuel, Musée national des Prisons, ministère de la Justice.
  • © Monument de Ville-sous-la-Ferté, in servir-et-defendre.com/viewtopic
  • © Sabots confectionnés par Pierre Rigaud : Fonds Maurice Thorez, Ivry.
  • © Christian Lambart, Les centres d'hébergement de l'Aube et Clairvaux CRDP Reims.
  • Denis Peschanski Les camps français d’internement (1938-1946). Thèse de doctorat.
  • Archives de la Police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Photo de Clairvaux, collection familiale Olivier Guy.
Claudine Cardon-Hamet et Pierre Cardon (2016).

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