L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DELORME Raymond


                        

Matricule "45446" à Auschwitz

Raymond Delorme est né le 14 mai 1900 à Fontenay-sous-Bois (Seine / Val-de-Marne). Il est le fils de Marie (1) Arnaud, 26 ans, sans profession et d’Amédée, Emile Delorme, 33 ans, employé de chemin de fer, habitant le 8 rue de Neuilly à Fontenay.
Raymond Delorme est maçon. Il habite d’abord au 25 rue Clémenceau à Sannois (Val d'Oise), puis à Montreuil, au 254, boulevard Théophile-Sueur (adresse inscrite lors de son internement au camp de Voves).
Raymond Delorme est arrêté le 6 juillet 1941 et écroué à la prison de la Santé pour  «distribution de tracts». Le 7 juillet, la 12ème chambre correctionnelle de Paris le condamne à 6 mois de prison pour infraction au décret du 26 septembre 1939, interdisant le Parti communiste. Il est transféré à Fresnes le 19 juillet 1941.  Au jour  d’expiration de sa peine, sur décision du préfet de police de Paris (2), François Bard, et après un temps passé au Dépôt de la Préfecture de Paris, il est interné administrativement au «Camp de séjour surveillé» de Voves (Eure-et-Loir) ouvert le 5 janvier 1942. Il y arrive le 16 avril 1942 avec 60 autres prisonniers du Dépôt, dont 36 d’entre eux seront déportés avec lui à Auschwitz.
Le 10 mai 1942 (3), Raymond Delorme est transféré avec 80 autres internés de Voves au camp allemand (Frontstalag 122) de Royallieu à Compiègne à la demande du MBF  (Militärbefehlshaber in Frankreich), commandement militaire en France jusqu’en juin 1942. Cinquante-six d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Raymond Delorme est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
L'entrée du camp / Musée d'Etat Auschwitz-Birkenau
Raymond Delorme est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45446» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Cette liste porte également mention de son décès à Auschwitz, le 19 décembre 1942. Il ne semble pas qu’il y ait eu des démarches effectuées par sa famille dans les années d’après guerre. Ce qui explique sans doute que la mention «Mort en déportation» n’ait toujours pas été apposée sur son acte de décès.
  • Note 1 : L’état déclaratif du registre d’Etat civil de Fontenay-sous-Bois concernant la naissance de Raymond Delorme ne mentionne pas le prénom de sa mère. Toutefois une mention manuscrite – d’une autre écriture - qui figure dans la marge semble avoir corrigé cet oubli.
  • Note 2 : Classée «secret», la circulaire n°12 du 14 décembre 1939, signée Albert Sarraut, ministre de l’Intérieur, fixe les conditions d’application du décret du 18 novembre 1939 (décret Daladier) qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique. Pendant l’Occupation, le gouvernement du maréchal Pétain poursuit la lutte anticommuniste dans le cadre du décret Daladier. La circulaire de Peyrouton, ministre de l’Intérieur, le 19 novembre 1940 permet d’élargir l’internement administratif : la découverte de tracts extrémistes sur le territoire d’une commune entraînera l’internement administratif des militants communistes notoirement connus, à moins qu’ils ne soient déjà poursuivis judiciairement en vertu d’une procédure dument engagée. (AN FIA-3678). Lire l’article très documenté et illustré sur le blog de Jacky Tronel (Histoire pénitentiaire et justice militaire) : Circulaire d'application du décret-loi du 18 novembre 1939 |et le chapitre VII (les chasseurs) de l’ouvrage de Jean Marc Berlière et Franck Liaigre Le sang des communistes, Fayard.
  • Note 3 : Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du commandement militaire en France. Raymond Delorme figure sur la première liste. Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés, 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite «afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation». La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit : « Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux ». Il indique également «ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises». Les 10 et 20 mai 1942, 109 internés de Voves sont transférés sur réquisition des autorités allemandes au camp allemand (Frontstalag 122) de Compiègne (Oise). 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi dit des 45000 du 6 juillet 1942.
Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai  1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • © Archives en ligne du Val de Marne
Biographie installée et complétée en mai 2012 (rédigée en 2003), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942, Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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