L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


COULIN Maurice, Joseph


Maurice Coulin est né le 1er décembre 1901 à Charenton-le-Pont (Seine / Val-de-Marne). Il est le fils de Marie Derre, 26 ans, ménagère et d’Eugène, Joseph Coulin, 29 ans, livreur, son époux.
Maurice Coulin habite au 25 rue Talma à Vitry-sur-Seine-(Seine / Val-de-Marne)  au moment de son arrestation.
Conscrit de la classe 1921, il est recensé pour son conseil de révision dans le département de la Seine, matricule militaire n° 4283.
Il épouse à Ivry-sur-Seine, Aimée, Julie, Chambon, le 17 mai 1924. Le couple a deux enfants. 
Maurice Coulin est employé municipal comme chauffeur-mécanicien, puis il est concierge à l’annexe de la mairie.
En 1933, il est gérant de la revue communiste en langue polonaise "Novezycie" (La vie nouvelle), information figurant dans un rapport des Renseignements généraux de la Préfecture de police, qui mentionne un également une note en date du 27 août 1934 où il est mentionné comme membre de la section communiste d'Ivry (AC 76. 665).
Il est membre du Parti communiste à la cellule du Centre d'Ivry. 
Maurice et Marie Coulin sont «renvoyés» en décembre 1939 par la Délégation spéciale pour «propagande communiste» (la municipalité communiste élue est remplacée par une délégation spéciale  chargée d'appliquer la politique de collaboration avec l'occupant).
Maurice Coulin participe à des actions anti-allemandes. 
Reproduction de la demande pour
 l’obtention de la carte de «Déporté politique»
 (MRN Champigny).
La police française l'arrête à son domicile le 17 septembre 1941, pour diffusion de matériel communiste (son adresse a été trouvée sur un militant arrêté précédemment, ce qui a conduit la police à perquisitionner chez lui). Il est écroué au Dépôt de la Préfecture, puis incarcéré à la Santé.
Il bénéficie d'une mesure de "main levée" (non-lieu) le 6 février 1942, mais son internement administratif aux Tourelles est prononcé pour infraction au décret du 18 novembre 1939 (1). 
A la Santé, selon son fils, il partage un temps la cellule de Maurice Gunsbourg, maire-adjoint de Vitry, chargé par Arthur Dalidet des cadres militaires du Parti communiste (Arthur Dalidet est fusillé le 7 mars 1942).
Dossier archives Préfecture de police (enquête 1955)
Le 16 avril 1942, il est transféré de la Santé au camp de Voves (Eure-et-Loire). Ce camp, Frontstalag n°202 (camp de prisonniers de guerre institué par l’armée allemande en 1940) devient le 5 janvier 1942 un camp d’internement français sous le nom de «Centre de séjour surveillé» n 15. 
Maurice Coulin remis  le 10 mai 1942, aux autorités allemandes à leur demande est transféré au sein d’un groupe de 81 internés de Voves (2) au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à la déportation de 14 vitriots, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Maurice Coulin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
L'entrée du camp d'Auschwitz
Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro "45404?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Maurice Coulin meurt à Auschwitz le 21 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 186). Ce certificat porte comme cause du décès «Gastroenteritis». L’historienne polonaise Héléna Kubica explique comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz. Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18, 19, 20 ou 21 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp été enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Il est homologué Déporté politique le 9 mars 1966 (n° 1701 20046). Il est déclaré Mort pour la France. La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 18 novembre 1987 paru au Journal Officiel du 29 janvier 1988).
Son nom est également honoré sur la plaque située place des martyrs de la Déportation à Vitry, inaugurée à l’occasion du 50ème anniversaire de la déportation : 6 juillet 1942, premier convoi de déportés résistants pour Auschwitz - 1175 déportés dont 1000 otages communistes - Parmi eux 14 Vitriots et sur le monument situé place des Martyrs de la Déportation à Vitry : A la mémoire des Vitriotes et des Vitriots exterminés dans les camps nazis.
Fiche de police du commissariat de Vitry
Son fils, Maurice Coulin, dit «Loulou» est membre des Jeunesses communistes de Vitry (il est responsable à l’organisation). En octobre 1940 le commissariat de Vitry établit sur ses activités une fiche de police (ci-contre) lire l’article du blog Le rôle de la police française dans les arrestations des «45000» de Vitry. 
Sa fiche est «réactualisée» le 1er mai 1941, le jour de son arrestation (dans la nuit du 30 avril au premier mai). Il est arrêté en même temps que plusieurs autres jeunes communistes d’Ivry dont deux seront déportés dans le convoi des «45000» (Jean Hernando et Julien Massé). «Loulou» Coulin est déporté le 12 mai 1944 à Buchenwald au Kommando Usine Schönebeck. Il est libéré par les Soviétiques le 11 avril 1945 (site de la FMD et archives Prefecture de police / BS1).
  • Note 1 : Le gouvernement du Maréchal Pétain a repris à son compte l’arsenal judiciaire répressif édicté à l’encontre du Parti communiste par le gouvernement Daladier. Classée «secret», la circulaire n°12 du 14 décembre 1939, signée Albert Sarraut, ministre de l’Intérieur, fixe les conditions d’application du décret du 18 novembre 1939 qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, des «individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique». Lire l’article très documenté et illustré sur le blog de Jacky Tronel (Histoire pénitentiaire et justice militaire) : Circulaire d'application du décret-loi du 18 novembre 1939 |
  • Note 2 : Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du Commandant militaire en France. Cinquante-six d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Le nom de Maurice Coulin est inscrit sur la première liste de 50 noms, en compagnie de deux autres ivryots, Julien Massé et Jean Hernando. Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite «afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation». La «prise en charge» par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit : «Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’il conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux». Il indique également «ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises».
Sources
  • © Archives en ligne du Val-de-Marne.
  • «La Résistance à Vitry», brochure éditée par la municipalité au lendemain de la Libération, sans date.
  • De l’occupation à la Libération, témoignages et documents, brochure éditée par la Ville de Vitry-sur-Seine, pour le 50ème anniversaire de la Libération, Paillard éd. 1994. 
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès destinés à l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en juin 1992 et  décembre 1992.
  • Biographie de Maurice Gunsbourg in Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). "Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948", établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste Auch 1/7. Liste V : n°32135 , Liste S : n° 73 
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai  1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb».
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • © Fiches de police et registre de Maurice Coulin, père et fils, commissariat de Vitry. Musée de la Résistance Nationale : mes remerciements à Céline Heytens.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, dossier Brigades spéciales.
Biographie installée et complétée en 2012 et 2017 (rédigée en 2003), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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