L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


RAUNIER Pierre, Joseph



 46034

Pierre Raunier est né le 7 novembre 1920 à Pouru-Saint-Rémy (Ardennes). Il est célibataire, et habite chez ses parents (sa mère, Louise Métanis et Joseph Raunier son époux), au 3 rue Jean Dormoy à Ivry-sur-Seine (Seine - Val-de-Marne), puis au 173 route Stratégique. L’ensemble des HBM construites sur cette voie par la Société des logements économiques et familiaux à partir de 1928 compte 1032 habitants en 1938. 

Les jeunes du 173 ont constitué une équipe de football, au sein de laquelle figurent des membres des jeunesses communistes (photo collection Claude Bézard, frère de Roger Bézard).
Pierre Raunier est mécanicien-automobile avec son frère Jules, lui aussi mécanicien au garage Citroën d’Ivry. Il participe aux manifestations du Front populaire avec la Jeunesse communiste.

Son nom est mentionné sur sa fiche de police établie par le commissariat d’Ivry avec les deux croix rouges attribuées aux «militants notoires et propagandistes». Registres et fiche de police : lire l’article du blog Le rôle de la police française dans les arrestations des «45000».


Pendant l’Occupation, il est de ceux qui reconstituent clandestinement la cellule du Fort du Parti communiste, dont Jean Le Galleu est le responsable. Ils se réunissent chaque jeudi soir "à 21 h 30" dans les fossés du fort. Sans doute à la suite d’une dénonciation, Pierre Raunier est arrêté le 3 septembre 1941 avec 7 autres de ses camarades - dont Guy Gratiot, et Roger Bézard (2) - pour infraction au décret du 26 septembre 1939 interdisant les organisations communistes. 




Son frère, Jules Raunier, qui est aussi membre des Jeunesses communistes est arrêté le lendemain pour les mêmes motifs (il a lui aussi les deux croix rouges attribuées aux «militants notoires et propagandistes»).
Ecroués, vraisemblablement à la Santé, ils bénéficient d'un non-lieu le 15 et sont relâchés le 16 novembre 1941 : de nombreux habitants des immeubles HBM du «173» ont pétitionné pour obtenir leur libération qui intervient quelques jours plus tard.  
Pierre Raunier est arrêté de nouveau - comme otage - le 28 avril 1942 par la police allemande, aidée de la police française, lors d’une rafle organisée par l’occupant dans tout le département de la Seine, à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff). Les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages et procèdent à une rafle en région parisienne (387 arrestations) qui touche pour l’essentiel des militants arrêtés une première fois par la police française pour activité communiste depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Ils sont vraisemblablement destinés à la déportation.
Pierre Raunier est arrêté en même temps que les frères Blais, François Le Bris et Omer Proust, tous d’Ivry, et ils sont tous internés le même jour – le 28 avril 1942 - au camp de détention allemande de Royallieu à Compiègne, gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122). Un mois après son arrestation, Pierre Raunier écrit à sa famille pour qu’on lui envoie des vêtements chauds pour aller travailler dans un camp. Lorsque son père peut venir les lui apporter, le convoi est déjà parti. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Pierre Raunier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. 
Pierre Raunier est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46034» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
On ignore la date exacte de son décès à Auschwitz : on sait seulement par un des registres d’Auschwitz qu’il a été admis dans un des Blocks d’infirmerie en 1942 (liste T3).
Après la guerre, l’état civil français n’ayant pas connaissance de sa déportation fixe son décès au 6 juillet 1942 à Compiègne (date du départ du convoi). La mention «Mort en déportation» est apposée depuis sur son acte de décès (arrêté du 2 décembre 1996 paru au Journal Officiel n°42 du 19 février 1997) avec la correction réglementaire de 5 jours reconnaissant sa déportation «décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz (Pologne) et non le 6 juillet 1942 à Compiègne (Oise)».
Il est homologué au grade d'adjudant FFI au titre de la Résistance Intérieure Française. Il est homologué «Déporté politique» en 1950. Son nom (orthographié Raumier) est inscrit sur le livre d’or de la Mairie (Déportés, internés, fusillés et morts aux combats).
  • Note : Son nom a été orthographié de manière différente selon les sources : il est orthographié Raumier dans la brochure d’Ivry et certaines listes de la FNDIRP, Rannier selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz, ou Raunier  orthographe qui correspond à son véritable état civil et à l’ordre alphabétique des immatriculations enregistrées par les Allemands à Auschwitz le 8 juillet 1942, ainsi qu’au registre de l’infirmerie d’Auschwitz (Raunier Peter).
  • Note 2 : Guy Gratiot et Raymond Blais, arrêtés eux aussi le 28 avril 1942, seront  déportés à Auschwitz. Roger Bézard sera torturé en 1944 et mourra des suites de celles-ci.
Sources
  • Bulletin municipal : Ivry Ma Ville n° 422,  juin 2011, p.33 et n° 431, avril 2012, p 7.
  • Ivry fidèle à la classe ouvrière et à la France, supplément au numéro 1319 du Travailleur d’Ivry brochure, 120 pages, Ivry, 1970 : photo p. 95.
  • Correspondance avec Mme Jeannine Zaidner, maire-adjointe (7-12-1992).
  • Mme Michèle Rault (archives municipales 1988, 1992, 2007).
  • Archives de Caen du ministère de la Défense (archives du ministère des Anciens combattants et victimes de guerre
  • Liste - incomplète - par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau) et liste des détenus ayant été soignés à l’infirmerie d’Auschwitz).
  • © «Ardenne tiens-ferme», les ardennais du convoi des «45000».
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès destinés à l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Photo des barbelés d'Auschwitz : Claudine Cardon-Hamet.
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb».
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • © Ivry94.fr, le portail citoyen de la ville d’Ivry-sur-Seine.
  • © Photo HBM route Stratégique et infos : Bulletin municipal n° 427.
  • Service des Archives municipales, esplanade Georges Marrane. 
Biographie installée et complétée en février 2012 (rédigée en 2003), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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