L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CHAUFFARD Pierre



Matricule "45359" à Auschwitz

Pierre Chauffard est né le 22 juillet 1909 à Vitry-sur-Seine (Seine / Val-de-Marne), où il habite chez sa mère, Marie Chauffard, domiciliée au 7 rue Alfred de Musset au moment de son arrestation. Il appartient à une vieille famille de militants syndicaux à Vitry.
Il est célibataire et travaille comme menuisier à Vitry. Souffrant d’une pathologie pulmonaire, il doit bénéficier d’un pneumothorax thérapeutique en 1929. Et par la suite il effectue en 1936 un séjour au sanatorium de Champrosay-Mimoret (hameau de Champrosay à Draveil). Il est passionné de photographie.
Membre du Parti communiste, Pierre Chauffard est secrétaire de la cellule du Parti communiste du Port à l'Anglais à  Vitry. 
Début 1940, il participe en même temps aux activités de la cellule clandestine Maurice Thorez à l'usine de Roulements SKF d’Ivry, où sa tante travaillait. 
Pierre Chauffard à gauche
Pendant l'Occupation, contacté par Jean Armangot, il participe à l’organisation d’un groupe qui, plus tard sera homologué sous le nom de 2ème groupe FTP de Vitry (sur son certificat d’appartenance à la Résistance Intérieure Française on lit qu’il fait des actions contre l'ennemi).
Le 26 juin 1941, il est arrêté à 5 heures du matin à son domicile par la police française. Cette arrestation a lieu dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. En effet, le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (ici l’Hôtel Matignon), ils sont envoyés en vue de leur déportation comme otages, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), le Frontstalag 122 administré par la Wehrmacht.
La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 26 juin 1941, mentionne pour Pierre Chauffard : « Meneur particulièrement actif ».
Extrait de la liste des RG du 26 juin 1941, montage à partir du début de la liste
Marius Hoehn, militant chez Brié, Jacques Lambolez (déporté à Sachsenhausen dans le convoi du 24 janvier 1943) et Léo Souque-Laforgue (déporté lui aussi à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942), sont arrêtés le même jour.
Plaque sur son domicile
Sa famille et ses amis ont pensé qu’il avait été dénoncé par un policier qui habitait sa maison, et sur une plaque funéraire commémorative on peut lire : 
A la mémoire de Pierre Chauffard, sergent FTPF assassiné par les Nazis au camp d’Auschwitz, août 1942, victime d’un policier français. Cher Pierrot, nous ne t’oublierons jamais. Ce que nous savons désormais grâce aux relevés du Musée de la Résistance Nationale de Champigny de l’utilisation par les autorités allemandes, via la préfecture de police, d’informations consignées dans les fiches et registres des commissariats de police d’Ivry et Vitry, nous amènent à penser qu’une dénonciation n’était pas nécessaire pour expliquer son arrestation (bien que toujours possible). Les responsables du Parti et des Jeunesses communistes étaient bien connus et fichés !
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à la déportation de 14 vitriots voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Pierre Chauffard est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45359» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Pierre Chauffard meurt à Auschwitz le 17 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 165). Il convient de souligner que vingt-six autres «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz ce même jour (c’est le début d’une grande épidémie de typhus au camp principal, qui entraîne la désinfection des blocks, s’accompagnant d’importantes sélections et du transfert du camp des femmes). Lire 80 % des 45000 meurent dans les 6 premiers mois, pages 126 à 129 in Triangles rouges à Auschwitz.
Il est homologué sergent  à titre posthume, au titre de la Résistance intérieure Française. Une rue de Vitry porte son nom, qui est également honoré sur la plaque située place des martyrs de la Déportation à Vitry, inaugurée à l’occasion du 50ème anniversaire de la déportation : 6 juillet 1942, premier convoi de déportés résistants pour Auschwitz - 1175 déportés dont 1000 otages communistes - Parmi eux 14 Vitriots
Son nom et son portrait apparaissent avec ceux de Daniel Germa dans le petit film tourné par des techniciens communistes en 1947 intitulé Vitry, cité Laborieuse Ciné-Archives - Ciné archives cinémathèque et fonds audiovisuelSa sœur Jeanne, sera conseillère municipale communiste après la guerre.

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Photographies confiés à José Martin, frère d’Angel Martin, par la tante de Pierre Chauffard, Mme Lasuie, en mars 1973, et remis à Roger Arnould.
  • La Résistance à Vitry, brochure édité peu de temps après la Libération par la municipalité, sans date. 
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès destinés à l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb».
  • © Photo d'identité et photo de la fiche de police du commissariat de Vitry (Musée de la Résistance Nationale à Champigny : mes remerciements à Céline Heyten.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
Biographie installée et complétée en mars 2012 (rédigée en 2003), complétée en 2016, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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