L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


AMAROT André


45168

André Amarot est né le 23 mars 1902 au hameau des Valettes à Sornac (Corrèze). 
Au moment de son arrestation, il habite au  37 avenue  du Rocher, devenue à la Libération rue Pierre Brossolette à Vitry-sur-Seine (Seine / Val-de-Marne), 
Il est issu d’une fratrie de 11 enfants (dont deux filles, Laurence et Marie). Sa mère Marie, Françoise Lecade., 41 ans, est cultivatrice, son père Pierre Amarot, 48 ans est colon (métayer). La famille vit à la ferme.
Celle-ci est très éprouvée par la guerre 1914-1918 (deux de ses frères sont tués pendant le conflit, deux autres grièvement blessés). 
Au conseil de révision
André Amarot effectue son service militaire en 1922 - 3ème brigade (photos ci-contre et ci-dessous, au conseil de révision en 1922, et au service militaire, entre deux autres soldats).  Il épouse Simone Chafournel le 25 août 1934, à Ivry dont il se sépare et vit maritalement avec Marthe Merlot, 29 ans, en attendant le divorce.
Il est membre du Parti communiste. Il est responsable du Comité de Défense de l'Humanité d'Ivry, et membre de la direction de section au secteur propagande.
Il travaille chez Ferrand-Renaut (Ets Chalumeau), puis Ferrand, entreprise de blanchiment de tissus par le chlore, où il est très actif pendant les grèves de 1936.  Il travaille ensuite sur un chantier comme paveur, au salaire de 7 francs 50.
Au service militaire
A partir de ce moment, il est surveillé par la police. André Amarot est membre de «l’ex groupement des «Amis de l’URSS» (en octobre 1940 le commissariat de Vitry a établi sur ses activités et sa vie privée une fiche de police (ci-dessous) lire l’article du blog Le rôle de la police française dans les arrestations des «45000» de Vitry. 
On y lit ses activités pendant les grèves de 36, qu’il vit avec son amie Marthe Merlot, née Fargeix, qualifiée de «militante fervente». "Militant, son nom figurait sur une liste de la permanence 11 place de l’Eglise"Cette fiche est réactualisée le 27 avril 1941.
Les Renseignements généraux ayant constaté une recrudescence des activités communistes clandestines dans la région sud de Paris mettent sous surveillance et filature un certain nombre de militants connus, dont André Amarot. C'est ainsi que le 10 mai 1941 deux inspecteurs de la BS1 perquisitionnent à son domicile en son absence (à 15 h 30), mais en présence de Marthe Merlot. En fouillant dans un vêtement de cuir, ils trouvent trois brochures dont "les Cahiers du Bolchevisme". Ils vont alors l'arrêter sur le chantier où il travaille.
Fiche de police du commissariat de Vitry
Inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (interdisant le Parti communiste), il est écroué le 10 mai à la maison d’arrêt de la Santé. Il est condamné à 3 mois de prison. A la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, il est élargi. 
Il est arrêté à son domicile une deuxième fois, à 6 heures du matin, par la police française le 19 septembre 1941. Il est interné au camp de Séjour surveillé de Rouillé (1), où sa compagne pourra le visiter, comme en a témoigné Roger Mauger, un des autres Vitriots internés à Rouillé : Quand la femme à Amarot viendra, je lui donnerai ma grosse couverture, car avec les 3 de l’administration de Compiègne, j’en ai assez, vu que les froids sont passés. Je lui donnerai mon pardessus qui maintenant m’embarrasse plutôt et mon chandail bleu où il y a autant de trous que de laine (lettre du 1er avril 1942).
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé (1)  une liste d’internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne. Le nom d’André Amarot (n°20) y figure. C’est avec un groupe d’environ 160 internés (2) qu’il arrive à Compiègne le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à la déportation de 14 Vitriots, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
André Amarot est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Immatriculation à Auschwitz
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45168» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
André Amarot meurt à Auschwitz le 17 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 24). Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 17, 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée dans les blocks d’infirmerie.
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 6 avril 1987 paru au Journal Officiel du 28 mai 1987). Cet arrêté porte la mention décédé en 1942 à Auschwitz : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).
André Amarot est homologué «Déporté politique» (la carte est au nom de sa sœur, Marie Legathe). Le 8 mai 1956 une plaque a été apposée solennellement par le secrétaire de la section de la FNDIRP de Vitry, L. Arnouil, sur son ancien domicile au 37 rue du Rocher, en présence de sa sœur Laurence et de son frère Emile. Une rue de Vitry porte son nom, qui est également honoré sur la plaque  située place des Martyrs de la Déportation à Vitry, inaugurée  à l’occasion du 50ème anniversaire de la déportation : 6 juillet 1942, premier convoi de déportés résistants pour Auschwitz - 1175 déportés dont 1000 otages communistes - Parmi eux 14 Vitriots.
Comme en 1914 -1918, la famille Amarot est très éprouvée par la guerre et l’Occupation : le neveu d’André est fusillé en Allemagne où il était prisonnier, son frère Emile passe trois ans en Stalag, et deux autres de ses neveux sont requis au STO.
  • Note 1 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. Il a été fermé en juin 1944. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 2 : Dix-neuf internés de cette liste de 187 noms ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps, ou sont hospitalisés. Trois se sont évadés. Cinq d’entre eux ont été fusillés.
Sources
  • Témoignages de sa sœur, Mme Laurence Vinatier et de son frère Emile Amarot.
  • Lettre de la FNDIRP locale (2 mai 1956). 
  • Rouillé, liste du 22 mai 1942, transfert vers Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • La Résistance à Vitry, brochure édité peu de temps après la Libération par la municipalité, sans date. 
  • Carton Brigades Spéciales (BS1), Préfecture de police de Paris.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès destinés à l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb».
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • © Photo d'identité et photo de la fiche de police du commissariat de Vitry (Musée de la Résistance Nationale à Champigny : mes remerciements à Céline Heyten).
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
  • © Archives en ligne de Corrèze.
Biographie installée et complétée en avril 2012 (rédigée en 2003), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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