L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


VALLET Albert, René


Albert Vallet
Albert Vallet est né le 24 avril 1902 au 53 rue de l’Orangerie à Versailles (Seine-et-Oise / Yvelines). 
Il est le fils de Joséphine, Amélie Vallet, 23 ans, sans profession. Albert Vallet habite au hameau des Vatis à Saint-Jean-du-Cardonnay (Seine-Inférieure / Seine- Maritime) au moment de son arrestation. Il est ouvrier peintre. 
Albert et Hélène Vallet et leurs enfants 
Le  27 mars 1926, à Béthune, il épouse Cécile, Hélène Nawrocka.
Albert Vallet est membre du Parti communiste. 
Son dossier au DAVCC indique qu'il était gérant de «l’Avenir normand» et du «Prolétaire normand» (la source étant la Sûreté française). Il s'avère que cette source était erronée, le policier à l'origine de l'information ayant confondu Albert Vallet et Lucien Vallée (1) (recherches de Jean-Paul Nicolas en 2017). 
Témoignage de Germaine Pican

Albert Vallet est engagé dans la Résitance, comme en a témoigné Germaine Pican, institutrice, résistante, déportée à Auschwitz, Ravensbruck et Mauthausen. épouse d'André Pican, fusillé au Mont Valérien, dirigeant clandestin régional du PCF.

"Il (Albert Vallet) fut un courageux résistant dans la région de Maromme. Il avait été désigné pour assurer la liaison avec le groupe du Havre, auquel il transmettait des renseignements et le matériel de propagande qui lui étaient confiés par mon mari André Pican, dirigeant départemental de l'action clandestine en Seine Inférieure et qui fut exécuté le 23 mai 1942 au Mont Valérien (...)" (Germaine Pican).
"En effet le cadre clandestin André Pican a travaillé à Rouen en 1940 et 41 en binôme régional avec Lucien Vallée, lui aussi"illégal". Parallèlement André Pican, dans cette période, était en contact avec les militants clandestins "légaux" de la Vallée du Cailly, dont faisait partie Albert Vallet. André Pican a donc travaillé avec les deux hommes mais pas au mêmes niveau, ni aux mêmes tâches" (Jean-Paul Nicolas).
Albert Vallet est arrêté le 21 octobre 1941 par les polices française et allemande. Son arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly) Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre. 
Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. La moitié d’entre eux d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Menu d'Albert Vallet Noël 1941
Albert Vallet est affecté au bâtiment A2, chambre 8. Il reçoit le matricule "1883". Plusieurs internés de cette chambrée seront déportés à Auschwitz avec lui. 
Menu : Noms et signatures
Sur son "menu" de Noël 1941, repas fraternel organisé avec les pauvres colis reçus, on reconnait les noms ou signatures d'Emile Billoquet, Jean Binard, Emile Bouchacourt, Marcel Le Dret, tous déportés dans le convoi du 6 juillet 1942. 
Ursin Scheid est fusillé le 10 mai 1942 à Compiègne.  
Selon le témoignage de Lucien Ducastel, rescapé du convoi, Albert Vallet participe à Compiègne au creusement du tunnel qui permet l’évasion de ce camp de 19 dirigeants politiques et syndicaux, le 22 juin 1942. 
Depuis ce camp, il est déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Albert Vallet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Les barbelés d'Auschwitz 1
Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro "46168 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».
Albert Vallet meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1272). 
Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée dans les blocks d’infirmerie.
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 23 juin 2001, acte qui porte toujours la date erronée de «novembre 1942» qui y a été inscrite le 18 mars 1947 : il serait souhaitable que le Ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).
Il est homologué «Déporté Politique». Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune.
Inauguration le 5 septembre 2015
Un hommage a été rendu à Albert Vallet le 5 septembre 2015 dans le village de Saint-Jean du Cardonnay à l’initiative de l’association "Mémoire vive" et de la municipalité. Son nom a été donné à une résidence construite sur le hameau où il habitait. Un panneau explicatif avec sa photo a été inauguré.
La cérémonie a eu lieu en présence du maire de Saint-Jean du Cardonnay, Jacques Niel, de Guillaume Coutey et Agnès Largillet, conseillers départementaux (majorité départementale),
du fils d’Albert Vallet, du fils de Louis Jouvin (Pierre Jouvin) et de sa petite fille Catherine Voranger, d’Alain Alexandre (historien local) et Jean Paul Nicolas (collaborateur du Maitron).
Lucien Vallée

Note 1
: Le document en question est une enquête de la Sûreté générale en date du 7 novembre 1951 concernant la recherche d'éléments constitutifs de preuves de Résistance pour l'attribution du titre de  Déporté résistant. "L'enquête" de l'Inspecteur G. commence par une erreur sur la date de son mariage : 1939 alors qu'il s'agit de 1926, continuant par des éléments "d'appréciation", comme "peu courageux, il ne travaillait qu'irrégulièrement" et soulignant que sa femme ne peut citer aucun fait de Résistance. Il le confond également avec 
Lucien Vallée. Celui-ci , cadre du PCF, était gérant de «l’Avenir normand» et du «Prolétaire normand». Il entre dans la clandestinité dès l'interdiction du PCF par Daladier  en septembre 1939. Il est à la tête des fédérations clandestines de Seine-Inférieure et Eure. A ses côtés, André Pican. Emprisonné politique à Caen au printemps 1940, Lucien Vallée a disparu le 21 juin 1940. On n'a jamais retrouvé son corps. Lire sa biographie dans Le Maitron (notice Jean-Paul Nicolas).

Sources
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Marie-Paule Dhaille-Hervieu, «Communistes au Havre: histoire sociale, culturelle et politique, 1930-1983». Page 84 et fac-simile du Prolétaire Normand.
  • "30 ans de luttes au service des Travailleurs Normands et de la Paix", page 53 (brochure édité par la Fédération de Seine Maritime du Parti communiste en 1964).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – des certificats de décès destinés à l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb»
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • © Archives en ligne du département des Yvelines
  • Hélène Vallet et ses enfants
  • © Photos de famille : courriel de son arrière petit-fils, Didier Rivière (19/12/2012).
  • Photo de la résidence © Jean Paul Nicolas.
  • Courriel de Jean-Paul Nicolas, février 2017.
  • Photo de Lucien Vallée  / campagne électorale de 1937 / archives du Komintern / publiée par Le Maitron
Biographie rédigée en 2000 (modifiée en 2017) pour l’exposition de l’association «Mémoire Vive» au CRDP de Rouen, et complétée en septembre  2015 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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