L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


VALLEE Marius, Charlemagne


Matricule "46167" à Auschwitz

Marius Vallée est né le 5 avril 1898 au Torcy-le-Grand (/Seine-Inférieure / Seine-Maritime). Il habite rue Edison à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Inférieure/Seine-Maritime) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie, Honorine Pochon, 41 ans et de Louis, Isidore Vallée, 42 ans son époux. Ses parents sont journaliers et habitent Saint-Crespin, canton de Longueville-sur-Scie.
Ouvrier boulanger au moment de sa mobilisation (conscrit de la classe 1918, matricule 2434), Marius Vallée est incorporé par anticipation le 17 avril 1917.
Il est mobilisé au 130ème Régiment d’Infanterie pendant la campagne de Reims. 
1918, combats de Moronvilliers
Puis il « passe » au 142ème en avril 1918 : son nom est inscrit parmi les 23 blessés de la 9ème compagnie lors des combats pour la conquête du mont Moronvilliers. Il est cité à l’ordre du Régiment. Le 14 juin 1919 il est affecté à la deuxième section du 22ème COA chargé de l'approvisionnement des armées depuis la capitale.
Il est démobilisé le 23 mai 1920, avec un certificat de « bonne conduite ». Il est alors embauché permanent à la Compagnie des chemins de fer de l’Etat en qualité d’aide chaudronnier à Sotteville (matricule SNCF n° 44462). Il est alors versé dans la Réserve militaire au titre « d’affecté spécial » à la 4ème section des Chemins de fer de campagne, à compter du 18 octobre 1920, affectations confirmées en 1935 et 1936.
Il habite au 8 rue Blanqui à Sotteville en février 1921.
Le 17 mars 1923, à Sotteville, Marius Vallée épouse Marie Thérèse Hache. En 1927, ils emménagent au 159 rue de Paris, toujours à Sotteville.
Il est particulièrement investi dans la Maison du peuple de Sotteville-lès-Rouen, entièrement construite par les ouvriers, principalement cheminots(1). Il en serait le secrétaire de 1926 à 1931, comme le fut avant lui André Poirier. 
En 1933, Pierre Sémard prononce un important discours dans cette maison du peuple. Trois membres du conseil d’administration de la maison du Peuple élu en 1938, tous cheminots à Buddicom et à Quatre-Mares, seront déportés : André Poirier, Antoine Bruneau, et Auguste Bérault (étude de Guy Descamps).
Selon les fiches de police, il serait adhérent à la cellule de Saint-Étienne-du-Rouvray-Madrillet en 1938 et 1939 (pour louis Eudier,
l’atelier de chaudronnerie en fer à Quatre Mares
il est membre du Parti communiste et adhérent à la CGT. 
En 1940, le commissaire de police de Sotteville-les-Rouen, considérant que Marius Vallée est un des principaux meneurs au sein des Ateliers SNCF des Quatre-Mares, avec Jodet et Roger Grelet, secrétaire des cheminots de Sotteville, il préconise son internement administratif.
Le 15 novembre 1940, une perquisition à son domicile amène la découverte des paroles de L’Avant-Garde et de L’Internationale, ainsi qu’un portrait encadré de Paul Vaillant-Couturier sur le buffet.
Marius Vallée est arrêté le 25 octobre 1941. Son arrestation s’inscrit vraisemblablement dans le cadre de la rafle ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly) Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen. Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. Trente neuf d’entre eux d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».sur le buffet.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marius Vallée est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Marius Vallée est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46167» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Marius Vallée meurt à Auschwitz le 26 septembre 1943 (liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz).
Un arrêté ministériel du 29 mars 2001 paru au Journal Officiel du 23 juin 2001 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais il comporte une date erronée : « décédé en septembre 1943 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultable sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» (Sterbebücher von Auschwitz )et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Marius Vallée a été déclaré « Mort pour la France»
Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué (carte délivrée à Marie-Thérèse Vallée).
Sur proposition du Maire Roland Taffereau, une rue de Sotteville-Lès-Rouen porte son nom. Il est aussi inscrit sur le monument aux morts de la commune. 
Marius Vallée est cité sur le site Internet du Groupe Archives Quatre Mares comme étant inscrit sur les monuments aux fusillés ou victimes de la déportation des établissements S.N.C.F. de Sotteville-lès-Rouen (stèle de la fédération du Parti communiste de Seine-Maritime). Son nom est également gravé sur la plaque commémorative SNCF de la gare d’Argentan (Orne).
  • Note 1 : «A la fin de la guerre de 1914-1918, il y eut une prise de conscience des travailleurs sur la nécessité de s’occuper eux-mêmes, de leur devenir citoyen et social. Ils étaient organisés au sein de partis, syndicats, associations. Un terrain a été acheté rue de la République. Les cheminots principalement, et les autres travailleurs ont fait tomber leur veste. Je me souviens que mon père, après sa journée de travail et ses 4 tonnes de charbon, allait remuer le béton à l’aide de crocs, car la bétonnière n’existait pas. Ils ont monté les murs avec des parpaings. Je n’ai, hélas, pas de photos de cette aventure, le monde ouvrier était courageux, mais pauvre (il n’avait pas d’appareil photo). L’idée était de créer un endroit où se réunir. D’autres ont travaillé à la menuiserie. Je peux dire que la Maison du Peuple a été construite, de bas en haut, par les travailleurs, avec des imperfections évidemment». Léon Leroy, cheminot retraité, président de l’association «Mémoire de la ville», auteur de deux livres sur sa ville natale. 
Sources
  • Liste de déportés de Seine-Maritime établies à son retour de déportation par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Photo ateliers Quatre-Mares in Site Internet du Groupe Archives Quatre Mares, L'Histoire des Ateliers de Quatre Mares
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb». Relevé Sotteville-lès-Rouen, Jean Mamez. Relévé Argentan, Laurent Corbin.
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • Photo barbelés d'Auschwitz, Claudine Cardon-Hamet
  • © Archives en ligne de Seine Maritime. Etat civil et Registre matricule militaire.
  • Historique de la Maison du Peuple de Sotteville - Le fil rouge Historique, par Guy Décamps. In © Site internet «Le Fil rouge», Institut CGT d’Histoire sociale de Seine Maritime.
  • Liste de militants de la CGT fusillés ou déportés pour leur action dans la Résistance établie par la CGT de Seine Maritime.
  • Ministère de la défense, © Mémoire des hommes, journal de marche et d’opération du 142 R.I.
Biographie rédigée en 2000 pour l’exposition de l’association «Mémoire Vive» au CRDP de Rouen, complétée en 2011 et 2015 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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