L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


TALBOT René, Pierre


Matricule "46125" à Auschwitz

René Talbot est né le 5 novembre 1905 à Maulevrier-Sainte-Gertrude (Seine-Inférieure/Seine-Maritime).  
Il habite rue «Petites-Nantes» au Trait, au moment de son arrestation.
Il est marié avec Léone et a deux enfants. Il est ajusteur au chantier naval du Trait "Chantiers et Ateliers de la Seine Maritime", qui est le nom du chantier naval du Trait (CASM). Les fondateurs du chantier l'ont appelé ainsi par allusion au fleuve navigable. C'est pourquoi il l'ont écrit sans trait d'union entre Seine et Maritime. 
René Talbot est membre du Parti communiste et de la CGT. Mobilisé en 1939, il est fait prisonnier et libéré, selon sa fille Renée, à la demande du chantier naval.
Sous la direction de Louis Lecoq, il fait partie d’un groupe de résistance au Petit-Quevilly, avec Roger Girod, Louis Debord, Maurice Leclerc, Thomasini, René Demerseman, Adam Lefranc : «Comme il existait un dépôt de munitions de l’armée allemande sur la commune de Sainte-Marguerite-sur-Duclair, j’avais décidé de la faire sauter avec mes collègues. Je ne sais pas si nous avons été vendus, toujours est-il que le 21 octobre 1941, les gendarmes de Duclair sont venus nous arrêter à nos domiciles» (Louis Lecoq).
Il est arrêté à son domicile par la gendarmerie de Duclair dans la nuit du 21 au 22 octobre 1941. «Mon père est arrêté en pleine nuit, très brutalement, avec des paroles cruelles envers ma mère qui pleurait, je ne l’oublierais jamais», écrit sa fille. En réalité son arrestation comme otage est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly) Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre. Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. La moitié d’entre eux d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
René Talbot est interné à Compiègne le 25 octobre 1941 : il y reçoit le numéro matricule 2014. Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
René Talbot est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46125» selon la liste dite N°3 (DAVCC). 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Il est affecté au camp principal d’Auschwitz.
Dessin de Franz Reisz, 1946
René Talbot meurt le 4 août 1942 d’après la liste établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau. Il aurait été atteint de dysenterie infectieuse et achevé à coups de crosse dans un caniveau, selon le témoignage de son camarade Louis Lecoq.
René Talbot est déclaré «Mort pour la France» en 1963. 
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel n° 251 du 28 octobre 1999, acte de décès qui porte la  mention : décédé le 31 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne).
Il est homologué «Déporté politique» (Rouen le 30 avril 1949). Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune.

Sources 
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles et rempli par sa fille, Mme Renée Sauzereau, le 6 juin 1992
  • Décédés du convoi de Compiègne en date du 6/7/1942. Classeur Ausch. 1/19, liste N°3 (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen).
  • Liste de déportés de Seine-Maritime établies à son retour de déportation par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Liste de militants de la CGT fusillés ou déportés pour leur action dans la Résistance établie par la CGT de Seine Maritime.
  • Témoignage de René Demerseman et Lucien Ducastel
  • Témoignage de son épouse le 3 mai 1992.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946). 
    Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.                                                 
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau. 
  • Renseignement de la Mairie du Trait le 26 mai 1992.
  • © Photo des barbelés d'Auschwitz : Claudine Cardon-Hamet.
  • Courriel de M. Laurent Quevilly (juin 2016), que je remercie pour ses précisions sur le CASM.
Biographie (mise à jour 2016) rédigée en 2000 pour l’exposition de l’association «Mémoire Vive» CRDP de Rouen, et modifiée en décembre 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.*Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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