L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


RANDOU Marcel, Louis


Marcel Randou est né le 7 avril 1902 au Havre (Seine-Inférieure/Seine Maritime). 
est le fils de Victoria Schuft et de Marius Randou son époux. Il habite Le Havre au 95 rue Victor Hugo au moment de son arrestation.
Marcel Randou est docker sur le port du Havre, syndiqué à la CGT selon Louis Eudier. 
Il est divorcé d’Andréa Argentin et s’est remarié avec Lucienne Portier, âgée de 40 ans. Marcel Randou est père de trois enfants.
On sait par l’enquête demandée par Brinon (Délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés) au préfet de Seine-Inférieure le 12 octobre 1942, qu’il a eu maille à partir avec la police et subi plusieurs condamnations. Pendant l’Occupation, en 1940, il se réfugie à Rouen, puis revient au Havre un mois après. Il s’inscrit à l’Office Régional du Travail à Rouen en 1941. Cet organisme l’envoie un mois plus tard travailler en Allemagne (le 20 octobre 1941 il signe un contrat de 6 mois de travailleur volontaire en Allemagne). Etant devenu «inapte au travail», il revient en France au début de février 1942 et retourne au Havre.
Extrait du livre de Marie Paule Dhaille-Hervieu. "Communistes au Havre"
Il est arrêté le 24 février au Havre par des gendarmes allemands après l’attentat de la place de l’Arsenal  du 23 février. Les Allemands ont opéré immédiatement une rafle, notamment dans les cafés de la place. Annonce est faite que 30 otages seront fusillés si les coupables ne sont pas découverts (20 otages juifs et communistes internés à Compiègne seront fusillés). La rafle se poursuit le lendemain au Pont de La Barre en direction des milieux communistes et syndicalistes. Lire dans le blog Le Havre, sabotages et attentats : avril 1941-février 1942. Il est alors interné à la prison du Havre pendant deux mois. Il est remis en avril 1942 aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Son épouse effectue des démarches pour sa libération auprès de Brinon (une première lettre en septembre 1942 qui est suivie d’une demande de renseignements par Brinon auprès du préfet et une deuxième lettre le 13 janvier 1943 (fichier Brinon BR 59).
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marcel Randou est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». 
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Entrée du camp principal à Auschwitz
Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro "46033 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Marcel Randou meurt à Auschwitz le 7 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 985).
Son nom est inscrit sur le monument commémoratif de la Résistance et de la Déportation du Havre «Le 29 avril 1990, l'urne contenant des cendres de nos héros et de nos martyrs morts en déportation a été transférée dans ce monument».

Sources 
  • Deux rescapés du Havre, Louis Eudier et Jules Le Troadec ont témoigné de son incarcération au Havre, à Compiègne et de sa déportation à Auschwitz.
  • Liste de déportés de Seine-Maritime établies à son retour de déportation par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen, dossier individuel consulté.
  • Death Books from Auschwitz (Registres des décès d’Auschwitz), ouvrage publié par le Musée d’Etat d’Auschwitz en 1995.
  • Renseignements fournis par Mme Sylvie Barot, conservateur des Archives du Havre  (18 juin 1992, acte de décès).
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb» Le Havre (relevé Thierry Prunier).
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • "Communistes au Havre" Histoire sociale, culturelle et politique, 1922-1983, par Marie Paule Dhaille-Hervieu. Publications de l'Université de Rouen et du Havre (11 janvier 2010). Thèse de doctorat.
Biographie rédigée en 2000 pour l’exposition de l’association «Mémoire Vive» au CRDP de Rouen, et modifiée en 2012 et 2017 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: