L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MIGDAL Henri, Hermann


Henri Migdal est né le 26 novembre 1920 à Paris (14ème), dans une famille de 11 enfants (leur mère Sophie-Berthe est allemande et leur père, Joseph, est polonais. Ils ont émigré en France pour fuir les pogroms en Pologne). 
Henri Migdal habite au 95 rue Claude Decaen à Paris (12ème) au moment de son arrestation.
Il est célibataire et travaille comme magasinier aux Usines Citroën à Levallois. 
@ Parisienne de Photographie
Henri Migdal est membre des Jeunesses communistes.
Pendant l’Occupation, il fait partie, avec ses deux frères Robert et André, de l'un des premiers groupes armés de l'OS (Organisation Spéciale du Parti communiste) à Paris.
Henri Migdal est arrêté le 24 janvier 1941 par le Service de police (française) anticommuniste (SPAC-1) au domicile de ses parents, 72 rue Claude Decaen, pour infraction au décret du 26 septembre 1939 interdisant le Parti communiste. 
Selon son frère André (2), qui est arrêté en même temps que lui (avec Roland Pannetrat et Robert Poing), leur réseau de 36 personnes aurait été dénoncé par "un père et son fils qui ne résistèrent pas aux interrogatoires". Ce fut une véritable rafle : 36 personnes" dont la moitié étaient des jeunes" écrit André Migdal.
En consultant les archives des Brigades Spéciales on apprend que ces arrestations en nombre sont le résultat d’une série de filatures opérées par les inspecteurs des Brigades spéciales, qui conduisent dans un premier temps à l’arrestation de 16 militants.
PV d'inculpation du 27 janvier 1942
Extrait du procès-verbal du 27 janvier 1941 : « Au terme d’une enquête ouverte à la suite de la constatation d’une certaine recrudescence de la propagande communiste clandestine dans le 12ème arrondissement et dans les communes de la banlieue est et sud de Paris, les services de la Préfecture de police viennent de mettre la main sur un important « centre clandestin » dont les éléments s’étaient donné pour tâche de répartir et de diffuser dans cette région  le matériel de propagande (tracts, papillons, placards, instructions et directives) ».
Le PV désigne comme principal responsable « chargé de la répartition du matériel » L. G., assisté de son fils R. et de Pierre Pannetrat. Ils sont tous trois accusés en outre « d‘avoir tenté de regrouper, sous le couvert d’un « comité populaire de chômeurs », des militants de l’ex Parti communiste actuellement sans travail ». 
L’action de R. G. « s’exerçait plus particulièrement en direction des éléments ayant appartenu à l’ex « Fédération des Jeunesses communistes de France » et tendait à leur regroupement en vue de les faire participer à la propagande révolutionnaire clandestine ». « Des perquisitions aux domiciles des inculpés ont permis de saisir plusieurs milliers de tracts imprimés et ronéotypés, brochures et instructions, prêts à être distribués ».
Le PV poursuit : « treize autres militants qui avaient pris une part active au fonctionnement du centre clandestin ont été appréhendés » et il en dresse la liste (1).
Les 16 militant(e)s sont tous inculpés d’infraction au décret du 26 septembre 1939 et conduits au Dépôt à disposition du Procureur de la République. Les suites de ces arrestations seront dramatiques : outre des peines de prison, 4 d’entre eux seront déportés et 2 fusillés.
Henri Migdal est incarcéré à la Santé jusqu'au 31 mai 1941, jour du  jugement du groupe. Leur avocat est Michel Rolnikas, avocat du Parti communiste qui sera arrêté le 23 juin 1941, interné à Compiègne et fusillé comme otage communiste le 20 septembre 1941.
Henri Migdal est condamné, comme André, à 6 mois de prison cellulaire. Leur avocat a fait appel du jugement mais toutes les peines sont augmentées par la Cour spéciale (elles iront jusqu’à 20 ans de travaux forcés). Henri Migdal purge sa peine à Fresnes à partir du 30 mai 1941.
Hospitalisation des deux frères Migdal
Il doit être interné administrativement au camp de Choisel (Chateaubriant), mais il est libéré par arrêté préfectoral le 9 juin, pour raison de santé ("contagieux", gale infectée).  
Il reprend alors ses activités de résistance et participe à l'attaque d'un dépôt d'essence boulevard Diderot. Le 1er novembre 1941, il est à nouveau arrêté au cimetière du Père-Lachaise, où il participe avec une quinzaine de militants à une manifestation patriotique le jour des Morts sur la tombe de Paul Vaillant-Couturier. 
Le 10 novembre 1941, Henri Migdal, après un temps passé au Dépôt de la préfecture de police est interné - sur décision en date du 2 novembre de François Bard, préfet de Paris - au camp de Rouillé (4) avec un groupe de 57 autres militants communistes parisiens.
Après quatre mois d’internement, le 18 mars 1942, le 18 mars 1942, il fait partie du petit groupe de 14 jeunes communistes (5) du camp de Rouillé qui - à la demande des autorités allemandes - sont transférés au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) en vue de leur déportation comme otage.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Henri Migdal est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro "45880 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».
On ignore également la date exacte de son décès à Auschwitz. Selon le témoignage d’un des rescapés (Aimé Oboeuf), il aurait été pris dans une sélection comme inapte au travail, à la fin du mois de novembre ou au début de décembre 1942 : «En partant pour la chambre en gaz, il chantait la Marseillaise». La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 18 septembre 1995 paru au Journal Officiel du 21 décembre 1995, «décédé en janvier 1943 à Auschwitz (Pologne)».
Henri Migdal est homologué comme «Déporté Résistant», déclaré «Mort pour la France». 
Tract UJRF de 1947
Le 10 octobre 1947, les cercles du 12ème arrondissement de l'Union de la Jeunesse Républicaine de France (UJRF) organisent une cérémonie pour apposer sur l’immeuble situé 72 rue Claude Decaen une plaque commémorant le souvenir d'Henri et de Robert Migdal «et des 46 familles de cet immeuble victimes de la barbarie nazie» : Le propriétaire, une société immobilière, s'y opposa. 
Une cellule du PCF du 12° arrondissement honore après-guerre le nom des 2 frères.

Note 1 : Le SPAC, Service de police anticommuniste (SPAC), une des polices spéciales créée par Vichy en avril 1941avec la Police aux questions juives (PQJ).

André Migdal
Note 2 : André Migdal, né le 21 juin 1924, est incarcéré à Fresnes dans le quartier des mineurs après son arrestation le 24 janvier 1941. Libéré à l’expiration des 6 mois de sa condamnation, il est arrêté à nouveau en septembre 1942, incarcéré à Pithiviers et Voves. Il est déporté depuis Compiègne le 21 mai 1944 à Buchenwald, puis Weimar et Hambourg, avant d’être immatriculé sous le N° 30655 à Neuengamme : il est affecté aux Kommandos de Brême-Farge et Brême Kriegsmarine. Il est embarqué le 30 avril 1945 sur le Cap Arcona. Rescapé des bombardements de la baie de Lübeck, il rentre à Paris en juin 1945. Citoyen d’honneur de la ville de Brême, président de la section de la FNDIRP du 10ème arrondissement de Paris, président du Comité du Souvenir du Camp de Voves, André Migdal a témoigné de la déportation par ses livres : Poésies d’un autre monde (1975), J’ai vécu les camps de concentration, Sable rouge (2001, où il parle de la tragédie du Cap Arcona) et Chronique de la Base (2006, sur le kommando de Bremen-Farge). André Migdal est décédé le 19 février 2007.
Note 3 : Il s’agit de L. G. et de son fils R. G., Pierre Pannetrat et ses fils Gilbert et Roland, son épouse Marguerite, Henri Migdal et André Migdal, Robert Poing (fusillé au Mont Valérien), Armand Feldmann (fusillé à Nantes, le 7 mars 1942), Jean Feldmann (déporté à Auschwitz le 5 juin 1942, mort le 2 juillet 1942, matricule « 38418 »), Joseph Le Lagadec, Jean Canard, Roger Stéphan, Marcel Lozet, Louis Vadxerti (déporté à Sachsenhausen par le convoi du 24 janvier 1943. Libéré à Augsburg en 1945). Les trois premiers militants nommés sont considérés par les RG comme les principaux animateurs du « centre occulte » clandestin du 12ème.
Robert Migdal, né le 30 mai 1922, habite au n°72 de la rue Decaen au moment de son arrestation. Arrêté comme ses frères le 24 janvier 1941, condamné à une peine cellulaire de 6 mois, il est lui aussi écroué à Fresnes et libéré pour contagion. Arrêté de nouveau en mai 1942, il est déporté dans le convoi d’otages juifs du 5 juin 1942 : il meurt à Auschwitz (matricule n° 38789) le 9 août 1942. Leurs parents, Joseph et Sophie-Berthe Migdal meurent à Birkenau, tous deux déportés dans le convoi du 13 février 1943.  
Note 4: «Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. Il a été fermé en juin 1944 ». In site de l’Amicale de Chateaubriant-Voves-Rouillé.

Note 5 : Marcel Algret, Maurice Alexis, Henri André, Jean Bach, Roger Desjameau, Louis Faure, René Faure, Georges Guinchan, Faustin Jouy, Henri Migdal, Roger Tessier, Jean Valentin vont tous être déportés à Auschwitz. André Giraudon, sera fusillé à Compiègne  le 10 mai 1942.

Sources  
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli le 3 décembre 1991 par André Migdal (auteur d'articles et de poèmes, qui a transmis des documents.
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), aux Archives de la Préfecture de police de Paris. Procès-verbaux des interrogatoires.
  • Témoignage d'Aimé Oboeuf qui connaissait André Migdal depuis le Congrès de Royan de l’amicale d’Oranienburg/Sachsenhausen.
  • Camp de Rouillé : archives départementales de la Vienne.
  • © Témoignage vidéo d’André Migdal, sur le site de l’ADIRP.
  • © ARMR Eure-et-Loir : hommage à André Migdal.
  • www.ac-orleans-tours.fr/fileadmin/.../annexe1-Resistantsfusilles.pdf
  • © Photo d’André Migdal : www.geschichtslehrpfad.de/mitglieder/migdal.htm 
Biographie provisoire rédigée en 2003 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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