L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MARTI Gérard


Matricule "45843" à Auschwitz

Gérard Marti est né le 25 août 1891 à Perpignan (Pyrénées-Orientales), chez ses parents au 38 rue Dagobert. Il habite au 10 rue Edouard Vaillant à Oissel (certificat de décès d’Auschwitz). Il est le fils de Catherine Depère, 35 ans, sans profession et de Jacques Marti, 44 ans, cultivateur, son époux.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Perpignan au moment du conseil de révision et travaille comme chaudronnier en cuivre. Il mesure 1m 69, a les cheveux noirs et les yeux châtain, le front moyen, le nez petit, le visage rond. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1911, Gérard Marti, devance l’appel et s’engage à 19 ans pour cinq ans le 3 mai 1910, à la mairie de Toulon. Il est incorporé au 5ème dépôt des équipages de la Flotte le lendemain (matelot mécanicien chaudronnier en cuivre de 2ème classe). 
D’abord affecté à  l’arsenal maritime de Sidi Abdallah (Tunisie) du 5 août 1910 au 1er juillet 1911, il est affecté ensuite au D.F. à Bizerte (Tunisie), jusqu’au 1er septembre 1912. Il effectue ses « services à la mer » sur le « Henri IV »,  un garde-côtes cuirassé, du 1er septembre 1912 au 5 septembre 1913 (revenu en partie à Bizerte, car le « Henri IV » y est radoubé à partir de février). Il est ensuite embarqué sur le  « Rhône » du 5 au 12 septembre, un pétrolier acheté par la Marine française pour l’importation des produits pétroliers en provenance de la Mer Noire. 
Le "Châteaurenault" Wikipédia
Le décret de mobilisation générale du 1er août 1914, maintiendra Gérard Marti sous les drapeaux une fois son engagement volontaire terminé. Il va effectuer sa « campagne de guerre » sur deux navires : du 15 septembre 1915 au 30 octobre 1915 sur le contre-torpilleur « Renaudin » 30 octobre 1915 au 15 décembre 1917 sur le « croiseur protégé » (ou croiseur corsaire) « Châteaurenault », un  ancien navire école qui sert de « transport de troupes pour l’armée d’Orient entre Tarente et Itéa ». Le 5 octobre 1917 le « Châteaurenault » recueille les 1200 hommes du Gallia, torpillé par un sous marin allemand. Il est lui-même victime d'un torpillage avant d’entrer dans le canal de Corinthe le 14 décembre 1917, par le sous-marin UC 38 au large (38° 15′ N 20° 22′ E) de l’île grecque de Kéfalonia (le UC 38 fut coulé par les torpilleurs d’escorte). Lire le récit sur Wikipédia ou le forum « pages 14-18 ». Gérard Marti fait partie des 1162 rescapés sauvés par les torpilleurs d'escorte "Mameluk" et "Lansquenet".
Gérard Marti épouse Françoise Llerès le 26 novembre 1918, à Perpignan.
Gérard Marti est mis en « congé illimité de démobilisation » par le 5ème dépôt des équipages de la Flotte à Toulon,  le 30 juillet 1919 et « se retire » au 1 rue des Dragons à Perpignan, « certificat de bonne conduite accordé ».
Le 11 novembre 1919, Gérard Marti est embauché comme chaudronnier en cuivre à la Compagnie des chemins de fer de l’État.
Le jeune couple Marti a un enfant qui naît le 12 février 1920.
Du 5 juillet 1921 au 3 août 1927 Gérard Marti travaille comme employé permanent (chaudronnier) aux ateliers des Chemins de fer de l’Etat à Dreux. Il est à ce titre « affecté spécial » en tant que réserviste de l’armée de Terre (en cas de conflit armé, il serait mobilisé à son poste de travail). A cette date d’août 1927 il habite au 44 rue Saint-Martin à Dreux.
Le 31 janvier 1933 et en mars 1936 il est domicilié au 10 rue Édouard-Vaillant, à Oissel (Seine Inférieure / Seine-Maritime). Chaudronnier en cuivre de métier, Gérard Marti est agent des Chemins de fer de l’Etat (matricule SNCF n° 44.458) aux ateliers de Quatre-Mares à Sotteville-lès-Rouen (installations d'entretien, de réparation et de construction ferroviaire). 
La chaudronnerie en cuivre de "QM"
Le 3 mai 1938 son registre matricule militaire le signale comme domicilié à Perpignan. Il revient ensuite au 10 rue Édouard-Vaillant, à Oissel.
Le 8 octobre 1939, s’il est inscrit dans la réserve de l’armée territoriale, il ne sera pas mobilisé.
Gérard Marti est arrêté le 21 octobre 1941. Son arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly). Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre. Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. Près de la moitié d’entre eux seront déportés à Auschwitz. 
Gérard Marti est interné à Compiègne le 30 octobre 1941. Il y reçoit le numéro matricule 2092. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Gérard Marti est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Gérard Marti est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45843» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Robert Gaillard, rescapé, a témoigné de sa présence à Auschwitz.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. 
Gérard Marti est mort le 17 août 1942 à Auschwitz d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 784). La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (parution au Journal Officiel n°9 du 11 janvier 1995). 
Son épouse habitera après la Libération au 4 rue Sadi-Carnot à Oissel (fiche au DAVCC).
Une rue d'Oissel, qui mène à la gare SNCF,  honore sa mémoire : «Dès l'occupation nazie, des groupes de résistants s'organisent à Oissel et à Saint-Etienne-du-Rouvray, comme dans beaucoup de communes de France. La répression est sévère. Elle touche en premier les militants communistes. Les arrestations sont nombreuses. Elles ne tarderont pas à toucher le groupe de résistants qui luttait pour la liberté. Ainsi Emile Billoquet, Maurice Revert, Gérard Marti, cheminots, Henri Pinot, Charles Drouet, Gustave Lecomte, ouvriers aux établissements Commentry, Maurice Leverger, Gustave Fouache, Victor Malo, M. Vadelorge comme René Serian, comme Mme Lebourg qui faisait partie des "amis de France-URSS" et qui fut internée à Drancy. Presque tous seront dénoncés, arrêtés et déportés. (in site http://www.ville-oissel.fr/pages/histoire_rues.htm) ». 
Le nom de Gérard Marti est cité sur le site Internet du "Groupe Archives Quatre Mares" comme étant inscrit sur les monuments aux fusillés ou victimes de la déportation des établissements S.N.C.F. de Sotteville-lès-Rouen (stèle de la fédération du Parti communiste de Seine-Maritime), et dans le hall de la gare de Rouen «A la mémoire des cheminots du centre de Rouen morts par faits de guerre, fusillés ou morts en déportation - 1939-1945».

Sources
  • Mairie d’Oissel, 1er juin 1992.
  • © Photo in Site Internet du Groupe Archives Quatre MaresL'Histoire des Ateliers de Quatre Mares
  • Liste de déportés de Seine-Maritime établies à son retour de déportation par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Liste de militants de la CGT fusillés ou déportés pour leur action dans la Résistance établie par la CGT de Seine Maritime.
  • Liste «de noms de camarades du camp de Compiègne», collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb», Rouen (relevé Danièle Robbe).
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr».
  • Le « Châtelrenault » : photo de Marius Bar. © Wikimedia Commons.
  • © Registres matricules militaires des Pyrénées Orientales.
Biographie rédigée en 2000 pour l’exposition de l’association «Mémoire Vive» CRDP de Rouen, et complétée en 2012 et 2016 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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