L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MACE Ange, Marie


Ange-Marie Macé est né le 15 janvier 1894 au lieu-dit Le Feuil, commune de Montauban-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine). Ange Macé habite au 112 bis Route de Louviers à Saint-Pierre-lès-Elbeuf (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie, Louise Ramel, 31 ans, et de Pierre, Gustave, Macé, 40 ans, cultivateur.
Au moment du conseil de révision, Ange-Marie Macé habite Les Loges, dans le bocage Virois, en Basse Normandie. Il y travaille comme cantonnier.
Son registre matricule militaire
Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 67, a les cheveux châtain, les yeux gris, le front ordinaire, nez moyen et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1914, Ange-Marie Macé signe un engagement volontaire de 3 ans le 5 février 1912 à la Mairie de Fécamp. Il est incorporé au 7ème régiment de chasseurs à cheval le 8 février. Le 12 juillet 1913, il se réengage pour un an à Rouen pour le 24ème régiment de dragons, à Dinan. Le décret de mobilisation générale est publié le 2 août 1914 : son régiment part « aux armées » le même jour. Il est engagé à Revigny (combat de Marville), puis aux combats de l’Yser, Ypres. Puis c’est l’Oise et l’Alsace, la Lorraine. La 9ème division cuirassée ayant été dissoute en mai 1916, Ange Macé passe au 7ème régiment d’artillerie le 25 juin 1916 qui est engagé dans le secteur du Mort-Homme (bataille de tranchées). Souffrant d’inflammations des ganglions lymphatiques (adénites cervicales, qui seront reconnues « imputable au service »), il est évacué sur l’hôpital de Rennes le 27 juin. Il en ressort le 16 août. Il est à nouveau hospitalisé le 25 septembre à l’hôpital 114 de Rennes. Il en sort le 20 novembre, avec une convalescence de 30 jours. Le 6 décembre 1916, il est affecté au 38ème régiment d’artillerie. 
Le 16 décembre 1916 Ange-Marie Macé embarque à destination de Salonique (Macédoine) (1). Le 4 janvier 1917, il est affecté au 115ème régiment d’artillerie (82ème batterie). Il est évacué, malade, le 30 mars 1917 vers l’hôpital n° 9 de Salonique, au moment de l’extension des combats vers l’Albanie. Le 4 mai, il rejoint le 115ème. Le 27 mai, il est affecté au 19ème régiment d’artillerie, mais doit nouveau être évacué le 28 mai (hôpital n° 13 de Salonique).
Ange-Marie Macé est rapatrié le 8 juillet et soigné à l’hôpital militaire n° 34 d’Avignon. Le 1er septembre, il en sort avec une convalescence de vingt jours. Le 22 novembre 1917, Ange-Marie Macé est affecté au 252ème régiment d’artillerie de campagne. Le 14 août 1918, il « passe » au 53ème régiment d’artillerie. Le 30 août 1918, il doit être à nouveau évacué vers un hôpital. Le 9 octobre 1918, il est affecté au 57ème régiment d’artillerie. Le 23 mai 1919, la commission de réforme du Havre propose de le classer « réforme temporaire n° 1 » pour « polyadénopathie cervicale bilatérale », imputable au service et le démobilise, « certificat de bonne conduite accordé ».
En juin 1928, il vient habiter Sente de la cour d’Enfer, rue de Louviers, à Saint-Pierre-lès-Elbeuf.
Le 24 mai 1929, Ange-Marie Macé épouse Marthe, Delphine Lassort aux Loges, village où il habitait déjà avant-guerre. Le couple aura quatre enfants.
Ange-Marie Macé est cheminot (cantonnier) à Graville-Sainte-Honorine (1927) puis à Saint-Pierre-lès-Elbeuf. En 1926, il est classé « affecté spécial » pour la réserve de l’armée, au titre d’employé des chemins de fer de l’Etat.
Il est membre du Parti communiste et de la CGT.
En février 1928 la commission de réforme militaire de Rouen (qui en 1921 ne l’avait classé que « service auxiliaire » sans pension d’invalidité), lui attribue une pension définitive d’invalidité de 30 % pour « adénopathie chronique cervicale et axillaire ; sclérose pulmonaire droite
En décembre 1930 la famille Macé déménage au 112 bis Route de Louviers à Saint-Pierre-lès-Elbeuf.
Ange-Marie Macé est arrêté le 21 octobre 1941 par la police française à son domicile, comme «membre du Parti communiste». Son arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly) Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre. Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. La moitié d’entre eux d’entre eux. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Ange-Marie Macé est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Les barbelés d'Auschwitz © Claudine Cardon-Hamet
Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro "45809 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».
Ange-Marie Macé meurt à Auschwitz le 22 septembre 1942. On ignore comment il est mort. En effet, son certificat de décès, établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 755) indique une cause fictive «Schwäche des Herzmuskels» (faiblesse du muscle cardiaque). Il faut savoir que les détenus chargés de remplir les certificats de décès à Auschwitz avaient ordre d’indiquer une cause naturelle choisie au hasard sur une liste de maladies.
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès, arrêté du 1er juin 1994 (parution au Journal Officiel du 16 juillet 1994). Ange-Marie Macé est homologué «Déporté Politique».

  • Note 1 : L’armée française d’Orient est engagée aux côté des alliés et de la « triple entente » (France, Grande-Bretagne, Russie, Grèce, Monténégro, Serbie, Japon) sur le front de Macédoine pour soutenir l’armée serbe, après l’invasion de la Serbie par les troupes de la « tripe alliance » (Allemagne, Empire ottoman, Autriche-Hongrie, Bulgarie).
Sources
  • Liste de déportés de Seine-Maritime établies à son retour de déportation par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Liste de militants de la CGT fusillés ou déportés pour leur action dans la Résistance établie par la CGT de Seine Maritime.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle relevée par André Montagne en février 1992.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). "Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948", établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste Auch 1/7. n°32326, n°223
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • © Archives en ligne d’Ille et Vilaine, registres matricule militaire de Seine-Maritime
Biographie rédigée en 2000 pour l’exposition de l’association «Mémoire Vive» au CRDP de Rouen, et complétée en 2011 et 2016) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: