L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


NOYER Paul, Pierre, Casimir



Matricule "45931" à Auschwitz

Paul Noyer est né le 25 janvier 1894 à Paris XXème (Seine). Il est le fils de Cécile Jarrousse et de Pierre Noyer, âgé de 47 ans, son époux.
Paul Noyer habite au 5 avenue des Ormes (La villa) à Draveil lors de sa première arrestation. Il est boucher sur les marchés avec sa femme, jusqu’à la crise. Puis chauffeur à la Shell à Ivry, puis terrassier pendant l’Occupation.
Il est mobilisé pendant la guerre 1914/1918.
Il épouse Emilie Mathis (née le 29 juillet 1901 à Paris XIème), dite Lily (1), le 4 mars 1922 à la mairie du XIXème arrondissement de Paris. Le couple aura deux enfants (Marcel et Paulette).
Paul Noyer adhère au Parti communiste en 1937.
Il est arrêté le 7 décembre 1939 "pour reconstitution de ligue dissoute" avec Fernand Julian et Maurice Bruneteau. Ce soir de l’hiver 39, des communistes se réunissent à Paris-Jardins à Draveil. «Fernand Julian a été arrêté, dans une réunion qu’il tenait à Paris-Jardins, allée des Deux-Cèdres, avec des camarades comme Noyer, sa femme, un jeune, Maurice Le Berre qu’on retrouvera plus tard. Cette soirée, qui a reçu cette visite inopportune des flics, était consacrée à une réunion pour le «Sou du soldat». C’est une organisation qui s’était créée pour aider les militaires et qui permettait en fait aux communistes de se réunir. Les autres n’étaient pas fous, ils voyaient bien (…) Maurice Le Berre s’est échappé en sautant du premier étage vers les sablières de la Seine (…). Nos copains Noyer, Fernand Julian ont été arrêtés et emprisonnés à la Santé. Je suis allé les voir à la Santé. Je n’ai pas été arrêté. Duclos le pensait, et moi aussi, j’étais persuadé qu’on ne risquait pas grand-chose, ils n’avaient pas encore établi de listes complètes. L'objet était de leur remonter le moral, autant que faire se pouvait (Roger Payen. Biographie de Maurice Le Berre, in "caractères draveillois / Résistance et création").

Dessin de Roger Payen
Paul Noyer est alors écroué à La Santé. 
Le 10 juin 1940, il est évacué de la Santé avec 2000 autres prisonniers et dirigé sur le camp de Gurs, via Orléans, Cépoy, Avord. 
Il est interné à Gurs le 21 juin 1940.
Les étapes de repli.
Dessin de René Blanchet (FNDIRP 75)

Extrait du camp de Gurs en septembre 1940, Paul Noyer est jugé à Perrigueux, lieu de repli des tribunaux militaires de Paris. Il est libéré, sa peine ayant été couverte par l'incarcération. Fernand Julian est également libéré.
Paul Noyer revient sur Paris : il est décidé à continuer de militer et reprend contact avec le Parti. La famille Noyer est alors hébergée chez un militant communiste d'Ivry, au 23 rue Pasteur (il s’agit peut être de l’ancien chauffeur de Georges Maranne, d’après son fils Marcel). Paul Noyer retrouve du travail comme terrassier chez Campenon-Bernard et Compagnie, entreprise de travaux publics construisant le grand collecteur sur Achères. Au sein du Parti communiste clandestin, il s’occupe du regroupement des cadres militants.
Le 26 mai 1941 d’après son fils (le 28 mai selon les registres de la Préfecture) il est arrêté par le commissariat de police d'Asnières, dans le cadre des arrestations qui suivent celles de Mounette Dutilleul (2). Il est écroué le premier juin 1941 à la prison de la Santé, sous l'inculpation d'infraction au décret du 26 septembre 1939. Jugé le 21 septembre 1941, avec ses camarades arrêtés dans le cadre du procès Jean Catelas, Paul Noyer est le seul acquitté, faute de preuves. Mais il est aussitôt frappé d’un arrêté d’internement administratif le 23 septembre 1941, en application du décret du 18 novembre 1939.
Le 9 octobre il est transféré au «Camp de séjour surveillé» de Rouillé, ouvert le 6 septembre 1941. Le 9 février 1942, il est transféré à la demande des autorités allemandes au camp allemand de Compiègne-Royalieu (Frontstallag 122), avec 52 autres internés, dont 37 seront déportés à Auschwitz avec lui.


Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Paul Noyer est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Paul Noyer est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45931» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.


Paul Noyer meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 874). Comme cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942 et qu’un nombre important d’autres détenus du camp ont été enregistrés à ces mêmes dates, il est vraisemblable qu’ils soient tous morts gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée sans doute dans les blocks d’infirmerie.

Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué. La mention « mort en déportation» a été apposée sur son acte de décès (JO du 18 août 1995). Son nom est inscrit sur le monument aux morts du cimetière de Sénart à Draveil. Paul Noyer a été homologué au grade de Sergent dans la Résistance Intérieure Française. Photo : A la libération, la vitrine du local du PCF rend hommage aux résistants draveillois morts pour la France (collection Lucienne Trioullier).

  • Note 1 : Emilie Noyer née Mathis le 29 juillet 1901 à Paris XIème. Dite "Lili". Militante communiste, Résistante "Front National" de mai 1941 à mai 1945. Travaille dès juin 1940 sous les directives de Roger Payen. Arrêtée le 31 août 1943 à Alfortville par la Brigade Spéciale, pour impression et diffusion de tracts appelant à la lutte contre l'envahisseur. Internée à La Roquette, Rennes, Romainville. Jugée par la Section Spéciale, condamnée à 18 mois de prison et 1200 F d'amende. Responsable politique des détenues de La Roquette. Déportée (transport parti de Paris (gare de l'Est, arrivé à Sarrebruck (camp de Neue Bremm) le 30 mai 1944). Déportée ensuite à Ravensbruck. Matricule au KL Ravensbruck : 42206. Puis affectée au kommando de travail forcé de Leipzig, kommando de Buchenwald. Rapatriée le 21 mai 1945. Biographie in site internet «caractères draveillois / Résistance et création». Elle est décédée le 5 juin 1992 à Bombon (77). Photo Collection Marcel Noyer. Après l'arrestation d'Émilie, leurs deux enfants restent seuls. Leur fils Marcel, 18 ans, peut se débrouiller seul. Leur fille Paule, âgée de 8 ans, est recueillie par Fernand et Margot Julian, puis par France Hamelin qui a pu s'évader de prison avec son bébé grâce à Marcel Noyer (voir le livre de France Hamelin, Femmes dans la nuit, Éd. Renaudot). Ibidem.
  • Note 2 : Mounette Dutilleul «est arrêtée le 16 mai 1941 à la gare d’Auteuil, suite à la découverte le matin même au domicile de Jean Catelas d’un pli indiquant un rendez-vous entre eux deux à cet endroit. Elle se débat, tente de provoquer une émeute (elle aurait crié « on arrête une patriote ! », blesse des policiers, cherche à détruire des papiers et est finalement conduite au commissariat d’Asnières, puis au dépôt, après un interrogatoire où elle refuse de répondre à la plupart des questions. Elle ne reconnaît que son identité, telle que figurant sur ses papiers, celle de Jeanne Dessart. La police saisit sur elle 27 biographies de militants sélectionnés par la section des cadres, avec des commentaires d’Émile (Arthur Dallidet) et de Léo (Jacques Duclos). Ces militants sont tous interpellés dans les heures suivantes par la police d’Asnières. Bien entendu, Jeanne Dessart affirme qu’une personne inconnue lui a remis ce sac les minutes précédant son arrestation. Au vu de son contenu, la police comprend que Jeanne Dessart est un agent de liaison communiste. D’ailleurs les vérifications concernant son état-civil (sa carte indique qu’elle serait née dans le Nord) permettent rapidement à la police de conclure au caractère falsifié du document. Elle sera condamnée - sans avoir avoué - à quatre ans de prison par le Tribunal d’Etat, sur le simple flagrant délit de transport de documents du PCF. Malgré sa condamnation et son incarcération, l’enquête sur ses activités se poursuit. Le 30 janvier 1942, l’Inspecteur principal adjoint Picard mentionne dans un courrier à sa hiérarchie que, d’après ses informations, Jeanne Dessart serait en fait Mounette Dutilleul. Les procès verbaux de ses interrogatoires sont formels (AN, 4 W3, affaire Catelas) elle ne donnera aucun élément aussi minime soit-il sur ces fiches. Ni la police, ni la Gestapo ne parvinrent à lui faire admettre qu’elle avait connaissance de leur contenu». Philippe Mezzasalma. De la défense du parti à la Résistance : itinéraires de jeunes militantes communistes. Les cahiers du Germe, n°25, juin 2005, en ligne.
  • Une relation similaire de cette arrestation est faite par Stéphane Courtois dans « Le Parti communiste français, archive et objet d’histoire», page 237. «Jacques m'avait également remis une lettre pour Cadras. Elle était manuscrite et signé "Frédéric", son pseudonyme du moment. Elle mentionnait les grandes lignes de l'Appel. Je devais remettre la lettre personnellement à Cadras, combiner une rencontre entre lui et Jacques, et aussi mettre Cadras en rapport direct avec Catelas. C'était le 15 mai. Dans l'après-midi, lettre de Jacques en poche, j'étais arrêtée». Mounette Dutilleul, in trcamps.free.fr/Mounette%201939.html
Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par son fils Marcel (11/04/1990).
  • Témoignage oral de Marcel Noyer : enregistrement d’une cassette audio, 1993.
  • Biographies de Maurice Le Berre, Paul Noyer et Lily Noyer in site internet «caractères draveillois / Résistance et création». Martine Garcin.
  • Fusillés, Déportés, Internés, Résistants de Draveil 1939-1945
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site "Légifrance"
  • © Archives en ligne, Paris
Biographie rédigée en septembre 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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