L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


VALENTIN Jean Augustin



Jean Valentin Collection Max Valentin
En mars 2016, Alain Alexandre (1) a rencontré Max Valentin, né en 1926, frère cadet de Jean Valentin. Rencontre « chaleureuse et positive » à  Anneville-Ambourville. Outre des souvenirs au sujet de son frère, Max Valentin lui a prêté plusieurs photos sur plaque de verre de « 45000 » de la vallée du Cailly, dont celle de son frère. 

Les textes en sépia sont les notes d’Alain Alexandre.Jean Valentin est né le 10 septembre 1907 à Notre-Dame de Bondeville (Seine-Inférieure / Seine-Maritime). Il est l’aîné d’une famille de 9 enfants.
Il habite au 68 rue des Prévoyants au Grand-Quevilly (Seine-Inférieure/Seine-Maritime).
Selon Louis Eudier , Louis Jouvin et son fils Pierre Jouvin, Jean Valentin est ouvrier à l'usine chimique à la SCGP (Société Chimique de la Grande Paroisse) dépendant de St- Gobain, au Grand-Quevilly.
Jean Valentin épouse Yvonne Bachelet, au Houlme le 9 novembre 1929 (le couple est sans enfant - mention indiquée sur sa fiche d’otage). 
Jean Valentin est membre du Parti communiste et syndicaliste à la CGT.
En septembre 1939, la police française perquisitionne à son domicile et trouve des tracts et des brochures de propagande communiste.
Pendant l’Occupation, en juin ou juillet 1940 selon le témoignage de Louis Jouvin(1990), il distribue des tracts sur le marché de Bourg-Achard avec Maurice Guillot, qui travaille comme lui à la SCGP.
A la fin de l’année 1940 et au début de 1941, Jean Valentin  est agent de liaison dans la région rouennaise ; il est chargé du transport et de la diffusion des tracts, principalement dans le département de l’Eure. A plusieurs reprises, il se rend au domicile de Arthur et Marie-Louise Lefebvre, à Montigny (commune rurale située près de Maromme) pour prendre possession du journal clandestin « La Vérité » imprimée sur la Ronéo cachée dans la maison du couple Lefebvre (Arthur Lefebvre, arrêté, a été fusillé en 1942 dans la forêt de Compiègne).

« Je me souviens du jour où j'ai appris avec consternation l'arrestation de Jean Valentin. Il avait été arrêté parce qu'il distribuait des tracts sur le marché avec Maurice Guyot. Ça aussi, c'était interdit. Les tracts dénonçaient la pénurie alimentaire qui trouvait son origine dans les réquisitions opérées par les troupes allemandes à leur profit exclusif. Sous Vichy, la vérité n'était pas bonne à dire. Je revois Jean, avec ses culottes de golf à la dernière mode, pédalant à l'avant d'un tandem tandis qu'à l'arrière une jolie jeune fille pédalait à l'unisson. Jean travaillait à Saint-Gobain, toute la semaine il respirait les acides et les fumées, alors le dimanche, pour se refaire une santé, il partait pédaler en forêt ou à la campagne. Il a écopé de 2 ans de prison ferme, mais en fait ce fut une condamnation à mort puisque lui et Maurice ont été ensuite conduits à Compiègne puis à Auschwitz où ils sont morts de faim et d'épuisement. Sa fiancée en est morte de chagrin ». Pierre Jouvin, résistant, fils de Louis Jouvin , déporté à Auschwitz (4 septembre 2015).
Jean Valentin est arrêté le 15 mars 1941 (la fiche d'otage - document ci-dessus - indique le 6 février, mais dans le motif indiqué c'est bien mars qui est précisé : «distribution de tracts communistes en mars 1941». 
La fiche d'otage de Jean Valentin
Cette fiche reprend les éléments d’appréciation fournis par la police française : «communiste très actif. En septembre 1939, on trouve chez lui des tracts et des brochures communistes. Mauvaise réputation». 
Le 31 mars, l’inspecteur principal X… adresse au commissaire divisionnaire de police spéciale de Rouen un rapport concernant l’ « Activité communiste dans le canton de Grand-Couronne », selon lequel l’ex Parti communiste « un des plus importants et des mieux organisés, n’a de cesse, malgré sa dissolution, de maintenir son activité clandestine dans les localités de Petit-Quevilly, Grand-Quevilly, Petit-Couronne et Grand-Couronne ». 
Parmi les éléments communistes désignés, un paragraphe est consacré à Jean Valentin et Maurice Guillot « arrêté ces jours derniers ».
Jean Valentin est arrêté en même temps que Maurice Guillot, le 15 mars 1941 à Grand-Couronne (banlieue sud de Rouen) par les gendarmes de la brigade de Bourgtheroulde (Eure) ; Ils sont tous les deux en tandem.
Il est incarcéré à la prison Bonne-Nouvelle de Rouen le 17 mars 1941.
Le 18 avril 1941, en audience publique de police correctionnelle du tribunal de première instance de Rouen, Jean Valentin et Maurice Guillot sont condamnés à un an d’emprisonnement et 100 francs d’amende, coupables «d’avoir distribué des écrits tendant à propager les mots d’ordre de la Troisième Internationale ou des organismes qui s’y rattachent faisant application des articles 1 et 2 du décret - loi du 26 septembre 1939 dont lecture à été donnée à l’audience».
Le 17 mars 1942 Jean Valentin est remis aux autorités allemandes à leur demande. 
Le 18 mars 1942, il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent ce même jour au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation 
Jean Valentin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942

Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu.
Le numéro "46166 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».
Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date de son décès à Auschwitz. Le 21 septembre 1946, le ministère des Anciens combattants a fixé fictivement celle-ci au 15 octobre 1942 sur la base du témoignage de ses compagnons de déportation. Il est déclaré «Mort pour la France» le 30 janvier 1947. Jean Valentin est homologué comme «Déporté Politique» le 10 avril 1963 (n°11760865). 
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 23 juin 2001.
  • Note 1 : Alain Alexandre et Stéphane Cauchois « Résistance(s) : Rouen et sa région, la vallée du Cailly, entre histoire et mémoire (1940-1944) ». Editeur : L'écho des Vagues. 
Sources
  • Listes de déportés de Seine-Maritime établies à leur retour de déportation par Louis Jouvin et par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Liste de militants de la CGT fusillés ou déportés pour leur action dans la Résistance établie par la CGT de Seine Maritime.
  • Fiche d’otage : Centre de Documentation Juive Contemporaine - XLV-42, n° 226.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en décembre 1992.
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Etat civil de Notre-Dame-de-Bondeville et de Le Houlme, Greffe du tribunal de Grande Instance de Rouen du 18 avril 1941.
  • Site du PCF-Front de gauche, 2015
Biographie rédigée en novembre 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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