L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PANEL René, Louis


René Panel est né le 24 avril 1922 au Havre (Seine-Inférieure / Seine Maritime). 
Il y habite au 10 rue Mogador, au moment de son arrestation.

Il est modeleur (le terme de «monteur de sable» employé par la «liste Boisard» en 1968 correspond à ce métier de modeleur : les blocs-moteurs de bateau sont produits à partir de moules de sable. Dans l'automobile le terme évoluera en "modeleur métal").

René Panel est adhérent à la CGT, délégué syndical des modeleurs. Après la dissolution du syndicat CGT des métaux, il reconstitue le syndicat - avec Louis Eudier - en utilisant le syndicat "légal " comme couverture (note 1). Louis Eudier écrit : «A la suite de la drôle de guerre, les soldats (…) rendraient chez eux. Tous ces camarades n’avaient pas droit au chômage. Avec eux nous avons organisé une manifestation pour obtenir des allocations d’attente. (…) C’est vers le mois d’août 1940 que nous avons enfin été reçus par le sous-préfet du Havre, un nommé Perrier (…) Il nous annonça qu’une allocation d’attente serait versée aux démobilisés. Notre délégation était composée Richard, ancien délégué du TLH, Panel, ancien délégué des modeleurs et moi-même ancien secrétaire du syndicat des métaux». Louis Eudier «Notre combat de classe et de patriotes. 1934-1945». Page 70).

René Panel est arrêté le 24 février 1942 à la suite de l’attentat de la place de l’Arsenal du 23 février. Les Allemands ont opéré immédiatement une rafle, notamment dans les cafés de la place. Annonce est faite que 30 otages seront fusillés si les coupables ne sont pas découverts (20 otages juifs et communistes internés à Compiègne seront fusillés). La rafle se poursuit le lendemain au Pont de La Barre en direction des milieux communistes et syndicalistes. 
Extrait du livre de Marie Paule Dhaille-Hervieu. "Communistes au Havre"
Lire dans le blog : Le Havre, sabotages et attentats : avril 1941-février 1942. Il est emprisonné à Rouen. Les autorités allemandes au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
René Panel est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Entrée du camp d'Auschwitz
Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est n’est pas connu. Le numéro "45945 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks
René Panel meurt à Auschwitz le 4 novembre 1942, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 902).
  • Note 1 : Après l’exclusion des militants qui refusent de condamner le Pacte germano-soviétique par la direction confédérale de la CGT (18 septembre 1939), ce qui a pour effet d'exclure les communistes de la CGT, 620 syndicats dits «communistes» sont dissous par le gouvernement (9 novembre 1939). Le 9 novembre 1940, le gouvernement de Vichy dissout les centrales syndicales ouvrières et patronales.
Sources
  • «Liste Boisard» des «Habitants du Havre morts dans les camps de concentration et dont il a été possible de retrouver les noms», établie en 1968 et fournie en 1973 par Louis Eudier à Roger Arnould, documentaliste à la FNDIRP.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté).
  • "Communistes au Havre" Histoire sociale, culturelle et politique, 1922-1983, par Marie Paule Dhaille-Hervieu. Publications de l'Université de Rouen et du Havre (11 janvier 2010). Thèse de doctorat.
Biographie rédigée en 2000 pour l’exposition de l’association «Mémoire Vive» au CRDP de Rouen, et modifiée en novembre 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.*Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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