L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


THIAULT Ferdinand, Marcel



Ferdinand Thiault
Matricule "46138" à Auschwitz

Ferdinand Thiault est né le 12 janvier 1888 à Rueil-Malmaison (Seine / Hauts-de-Seine).
Il est le fils de Marie, Alexandrine Tisay, 31 ans, cuisinière et d'Urbain Thiault, 23 ans, jardinier, son époux. Ses parents habitent au 5 boulevard des Ormes à Rueil.
Il habite au 5 avenue Fauquet (un industriel du textile de Déville) à Déville-lès-Rouen (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) au moment de son arrestation.
Selon sa fiche matricule militaire Ferdinand Thiault mesure 1m 70, a les cheveux et sourcils châtains, les yeux noirs, le front haut, nez droit et bouche petite, menton rond et visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire et écrire et compter, instruction primaire élevée).
Au moment du conseil de révision, il travaille comme cuisinier pâtissier à Sartrouville où il habite. Il sera wattman par la suite (conducteur de motrice électrique).
Conscrit de la classe 1908, Ferdinand Thiault devance l’appel et signe un engagement volontaire de 5 ans au titre des Equipages de la Flotte le 28 février 1906 à la Mairie de Rochefort-sur-Mer. Il est incorporé au 4ème Dépôt des Equipage de la Flotte de Rochefort le même jour, comme apprenti marin. Le 14 avril 1907, il est nommé matelot de 3ème classe. Le 13 décembre il est transféré au 11ème régiment d’Infanterie coloniale à Saïgon.
A partir de ce changement d’affectation en Indochine, il passera à plusieurs reprises devant le conseil de guerre pour des faits de rébellion, outrages envers supérieurs, qui lui vaudront plusieurs très lourdes condamnations (qui seront graciées ou amnistiées) et des affectations à des sections disciplinaires (au 123ème RI à la 6ème section spéciale de répression de l’Ile madame (section disciplinaire de Rochefort), au 173ème RI (Sections spéciales de Calvi et Saint Florent, au 6ème RI (Section spéciale d’Alger).
Son registre matricule militaire mentionne qu’il est « en campagne militaire dans les théâtres extérieurs » du 4 juillet  au 17 septembre 1915 et du 18  mars 1916 au 2 juin 1921. Le 2 juin 1921, il est mis en congé illimité de démobilisation et « se retire » au 4 rue des Grandes Bordes, à Corbeil (Seine-et-Oise / Essonne).
Le 22 juillet 1922, Ferdinand Thiault épouse Laure Taitu à Sotteville-les-Rouen (Seine-Maritime). Le couple habite le 25 juillet au 7 rue des Fossés Louis VIII, chez M. Moutier. Ils auront cinq enfants.
Le 14 janvier 1924, la famille habite à Rouen-Saint Sever au 117 rue Lafayette.
Fin juillet 1925, ils déménagent au 646 rue de Dieppe, à Déville-les-Rouen.
La CFM
Ferdinand Thiault est embauché comme wattmann (il s’agit d’un emploi « réservé » aux militaires de carrière) le 1er septembre 1925 à la Compagnie Française des Métaux à Déville-lès-Rouen (Roger Bonnifet de Déville habite au 658 rue de Dieppe et André Bardel de Maromme qui seront déportés en même temps que lui à Auschwitz y travaillent également).
Pour l’armée, cet emploi le fait alors « passer » - administrativement - dans la réserve de l’armée active, en tant qu’« affecté spécial » (il serait mobilisé à son poste de travail en cas de conflit) au titre de la Compagnie Française des Métaux, 12 rue de la gare à St Denis, Seine, comme watman.
Le 5 rue Fauquet à Déville
Fin janvier 1928, les Thiault habitent les cités de la CFM, au 5 avenue Fauquet à Déville et y seront domiciliés jusqu’à l’arrestation de Ferdinand Thiault.
Sa fiche au DAVCC indique que Ferdinand Thiault est «chauffeur» au moment de son arrestation.
Il est sympathisant communiste selon sa veuve. Ferdinand Thiault dirige le syndicat CGT des Métaux de Rouen. Selon la mémoire familiale, il parle sept langues et en écrit cinq.
On sait qu’il ne travaille plus à la CFM au début d’août 1940. Le 4 août 1941, le commissaire principal de police spéciale de Rouen transmet au Préfet (en réponse à une note de celui-ci en date du 22 juillet) une liste nominative de 159 militants et militantes communistes de son secteur dont il préconise de prononcer l’internement administratif dans un camp de séjour surveillé, tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et « par tous les moyens ». Ferdinand Thiault y est inscrit comme bûcheron (comme Roger Bonnifet).
Le 21 octobre 1941 des gendarmes français et allemands l'arrêtent à son domicile, à 5 heures du matin "Sur ordre des Allemands". Roger Bonnifet, également de Déville, est arrêté le lendemain. Il sera comme lui déporté à Auschwitz. Ferdinand Thiault est signalé comme communiste aux gendarmes qui doivent l’arrêter. Il est conduit à la tour Jeanne-d’Arc de Rouen où la Gestapo a installé bureaux et cellules.
Ces arrestations ont été ordonnées par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly) Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre les 21 et 23 octobre. Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen (Ferdinand Thiault y passe huit jours), tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. 
Immatriculation à Auschwitz le 8 juillet 1942

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Ferdinand Thiault est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 46138. Ce numéro d’abord présumé lors de la reconstitution de la liste de départ du convoi a pu être validé par comparaison entre la photo d’immatriculation correspondant à ce numéro et la plus récente de ses photos d’avant guerre.
Ferdinand Thiault meurt à Auschwitz le 17 septembre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1245). Cependant l’arrêté ministériel portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur son acte de décès (Journal Officiel du 2 septembre 2000), porte encore la mention «décédé le 29 juillet 1942, à Auschwitz (Pologne)». Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte les dates des archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 (certificats de décès de l’état civil d’Auschwitz, documents allemands signés officiellement par les médecins du camp d'Auschwitz, à la mort d'un détenu).
Ferdinand Thiault a été déclaré « Mort pour la France». Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué (n° 1176.0527).
Son nom a été donné à une rue de Déville-lès-Rouen le 2 avril 1947 lors d’une délibération du Conseil municipal, qui baptisait le même jour 13 autres rues de la commune du nom de résistants dévillois. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative «1939-45» située dans le cimetière ancien de Rueil-Malmaison.

Sources
  • Courrier de Philippe Ruc auteur de «Les déportés politiques, les résistants, les prisonniers et les requis» 1999. 94 pages. Edité par l'Association Déville d'Hier-Déville d'Aujourd'hui. Sa lettre du 23 avril 1992 contient des informations biographiques.
  • Documents de sa petite fille, Catherine Thiaud-Kruger (2006).
  • Listes CGT (p 10) et Louis Eudier.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1992.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Maitron : Tome 42, page 131, notice : Marcel Boivin.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb. Relevé Laetitia Filippi.
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Photo CFM www.culture.gouv.fr/public/
  • Registres matricules militaires.
Biographie rédigée en 2011, et modifiée en 2015 et 2017 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: