L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MALLARD Gaston, Marcel, Ernest




45820
Gaston Mallard est né le 5 janvier 1909 à Bolbec (Seine Inférieure / Seine-Maritime) où il habite au 174 rue Pierre Fouquet Lemaître au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Marie Ernestine Vatinet et de Paul Alexandre Mallard son époux. Tous deux sont journaliers.
Il a reçu une instruction primaire. 
L'usine TLH en 1938 © Le fil Rouge 76
Il est ouvrier métallurgiste à l'usine des Tréfileries et Laminoirs du Havre (T.L.H.) couramment appelée "les Tréfils". Il en est délégué syndical.
Gaston et Marguerite Mallard et leurs 4 enfants
Gaston Mallard a épousé Marguerite, Jeanne Belhache le 13 septembre 1929 à Bolbec. Le couple a quatre enfants (photo ci-contres). 
Gaston Mallard effectue son service militaire (matricule 696) comme deuxième classe.
Il est membre du Parti communiste depuis 1928, "un pilier de la section de Bolbec", gérant de la «Voix bolbécaise», et dirigeant CGT du syndicat des Métaux du Havre (l’Avenir du Havre). « Militant communiste et CGTU de Bolbec (Seine-Inférieure), avec son frère Lucien Mallard (1), il fit adhérer au Parti communiste Paul Belhache en 1933» (2) (Le Maitron).
l'Avenir du Havre
Pendant l'Occupation, "il assure la liaison de la section de Bolbec avec les responsables régionaux du Parti communiste clandestin. Toutes les nuits, il est dehors, risquant à chaque instant d’être arrêté" © L’Avenir du Havre.
Le 12 juillet 1941, il est arrêté. Sa fille aînée, qui a assisté à l’arrestation, en a fait le récit aux élèves du collège de Bolbec réalisant un travail collectif (PAE). 
Marie-Jeanne Piednoël, fille de Louis Daëns, déporté à Auschwitz, en a rapporté la teneur. «Gaston Mallard a été arrêté quelques jours avant mon père. Les gendarmes sont venus le chercher à son domicile. Il est allé prendre ses affaires qui se trouvaient à l’étage. Et là, il y avait une fenêtre qui donnait sur les bois, et par laquelle il aurait pu se sauver. C’était sans compter sur les gendarmes qui l’attendaient dans la cuisine et qui connaissaient bien ce chemin. Ils lui ont crié «ne fais pas le c.., pense à tes enfants». Alors Gaston a demandé à sa fille aînée de monter le voir. Il l’a embrassée et lui a dit tout bas « file chez M. Daëns, ils vont l’arrêter ». Elle est donc venue chez nous, mais ne trouvant personne et après avoir attendu un quart d’heure, elle est repartie. En arrivant place de la mairie, elle a vu son père entre deux gendarmes, les menottes aux poignets. Elle a écrit « C’est la dernière vision que j’ai de mon père, emmené comme un vulgaire bandit ».
D'autres responsables du syndicat CGT des Métaux, dont Louis Eudier, Eugène Thépot et Louis Richard, sont arrêtés le même jour.
Gaston Mallard est emprisonné à la prison Bonne Nouvelle de Rouen. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le 24 octobre 1941 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Sa fiche au BAVCC mentionne «sur le point d’être fusillé en 1942». 
A Compiègne, Gaston Mallard fait partie du nouveau petit groupe des cuisiniers, avec Louis Eudier, Legal, Georges Terrier, Louis Morel, Louis Richard, Jean Tarnus, Louis Richard), groupe de militants de Seine-Inférieure désigné par Georges Cogniot (le «doyen» du camp pour les allemands, mais qui est également responsable de l’organisation communiste clandestine). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».


Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.


Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45820 selon la liste par matricule du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Auschwitz. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.
Gaston Mallard meurt à Auschwitz le 10 août 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 770, et liste officielle ACVG).
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 29 septembre 1994.
Son nom figure sur le monument "Souviens-toi", rue des Martyrs de la Résistance à Bolbec.
  • Note 1 : Lucien Mallard : Son frère cadet de deux ans. "Secrétaire de l’union locale CGTU puis CGT de Bolbec jusqu’en en 1936. Il mourut en 1939 d’un accident de moto" (Maitron). Il est également membre du bureau de la cellule du Parti communiste de Bolbec, qui compte une trentaine d'adhérents (fiche n° 211 de la Sûreté du Havre au sous-préfet. 25 janvier 1938).
  • Note 2 : Paul Belhache : Ouvrier du textile. Secrétaire de l’union locale CGTU puis CGT de Bolbec en 1936, puis de la Libération à 1977. Conseiller municipal de Bolbec de 1947 à 1959,  puis à partir de 1971, conseiller général communiste de 1976 à 1982, il conquit la municipalité de Bolbec en 1977 à la tête d’une liste d’union de la gauche et fut réélu maire en 1983. Il fit réaliser, en 1980, le monument des martyrs de la Résistance de Bolbec (Le Maitron). Cadet d'une famille de 5 enfants, Gaston Mallard, marié à Marguerite Belhache, soeur de Paul Belhache était son beau-frère (mél de Dominique Belhache son petit-fils, mai 2014).
Sources
  • "30 ans de luttes", brochure éditée par la Fédération de Seine-Maritime du PCF, en 1964, page 59.
  • Témoignage de Mme Marie-Jeanne Piednöel, fille de Louis Daens (8 février 1992).
  • Listes CGT et Louis Eudier page 125.
  • "L'Avenir du Havre" (article «Nos martyrs»
  • Photos de famille.
  • ACVG juin 1992. Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en juin 1992.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Recherches et courriels de Jean Paul Nicolas, syndicaliste, collaborateur du Maitron (Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français) : fiche de renseignement de la Sûreté du Havre au sous-préfet. 25 janvier 1938.
  • © Photo de wagon à Auschwitz, in Bulletin de l’Amicale des déportés tatoués du convoi du 27 avril 1944.
  • © Musée d'Auschwitz Birkenau. L'entrée du camp d'Auschwitz 1.
Biographie rédigée en octobre 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. P*our compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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