L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


TAILLADE Auguste, Pierre





Pierre Taillade vers 1937 lors d'une quête pour le peuple espagnol. Photo Collection Images Mémoire draveilloise.




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Auguste (dit Pierre) Taillade est né le 17 janvier 1905 à Tassin-la-Demi-Lune (Rhône). Il habite au 74 rue Eugène Delacroix à Draveil (Seine et Oise / Essonne) au moment de son arrestation. Il est le fils d’Elizabeth Charlat et de Pierre Taillade, terrassier, son époux.
Il se marie le 24 mai 1924 à Vitry-sur-Seine avec Philomène, Fanchon Péjoux.
Pierre Taillade, métallurgiste de formation (serrurerie, ferronnerie), devient cantonnier municipal après son installation à Draveil.
Secrétaire de la cellule "Danton" du Parti communiste, il est secrétaire adjoint de la section communiste à la fin des années 1930.
Pierre Taillade est arrêté le 30 décembre 1939 « pour reconstitution de ligue dissoute» (le Parti communiste). Il s'évade au cours d'un transfert.

Certificat d'appartenance à la Résistance (collection Pierrette Brunet-Taillade, in «Caractères draveillois - Résistance et création» :http://draveil-resistance.com
Il est de nouveau arrêté à Draveil le 6 décembre 1940 par la police française (commissariat de Montgeron). Il est interné le 8 décembre 1940 au camp d’Aincourt, en Seine-et-Oise, ouvert spécialement, le 5 octobre 1940 pour y enfermer les militants arrêtés (Lire dans le blog Le camp d’Aincourt).
«Il est transféré à Compiègne en juin 1941 pour avoir participé aux incidents contre les partisans de Gitton» (Maitron), (note 1) comme Léon Tartasse, de Paray-Vieille-Poste. En effet, il fait partie du groupe de 88 internés d’Aincourt qui est transféré, à la demande des autorités allemandes, 27 juin 1941 au camp allemand de Royallieu de Compiègne (Frontstallag 122).

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Pierre Taillade est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 46124.
A Auschwitz, il est affecté à la «Schlosserei». «Taillade travaillait à la serrurerie d’art et avait magistralement forgé un éléphant. Pour ce chef d’œuvre, il eut la protection de l’Oberkapo ; par rapport à nous il mangeait bien, mais interné depuis 1939, ayant traîné dans les cellules et les prisons de la IIIe République, il était atteint de tuberculose (…) le moral fut atteint et la maladie l’emporta" (Raymond Montégut).

Pierre Taillade meurt à Auschwitz le 27 avril 1943, d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page page 1235). Son certificat d'état civil établi en France après la Libération porte toujours la mention «vers le 15 avril 1943 à Auschwitz (Pologne)». Il est dommage que le ministère n'ait pas corrigé cette date imprécise à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 28 octobre 1999). Ceci était pourtant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Pierre Taillade a été homologué «Déporté politique» en 1955. Il est homologué Sergent dans la Résistance Intérieure Française au titre du Front National (de Lutte pour la Libération et l'Indépendance de la France), ses services dans la Résistance étant reconnus à partir de 1940.
  • Note 1 : Gitton secrétaire à l’organisation rompt avec le Parti communiste à la signature du Pacte germano soviétique. Il crée le POPF, proche de la «Révolution nationale». «Il voulait rassembler les dissidents communistes autour de lui et se fixa comme une priorité absolue la libération d'un maximum d'internés après, s'entend, les avoir récupérés. (…) Quant au directeur du camp d'Aincourt il comprit le parti qu'il pouvait en tirer. En février 1941 il recevait dans son bureau les amis (internés) de «Gitton, Clamamus, Doriot» et entretint des contacts réguliers avec Gitton et Capron. Avant juin 1941, il fut relayé par la presse parisienne visant la clientèle anciennement communiste, ainsi de La France au travail et du Cri du peuple qui lancèrent une campagne pour la libération des internés. Le POPF suscita ainsi, avec le soutien du chef de camp, une véritable dissidence parmi les internés d'Aincourt. Effectivement, les tensions furent très importantes au sein du camp et les nombreux indicateurs permirent de démanteler trois directions communistes clandestines.(…) Le résultat était là : selon un rapport en forme de bilan, le chef d'Aincourt estimait, en février 1942, à quelque 150 le nombre de membres du POPF, soit 13 % des internés passés par le camp. En outre, la moitié des signataires de la première «Lettre ouverte aux ouvriers communistes» du POPF et le cinquième de la seconde étaient des anciens du camp. On mesure l'ampleur de la fracture, même si les déclarations de reniement méritent d'être nuancées à l'aune du marché implicite. En fait, la libération obtenue au prix d'un reniement officiel et du soutien des gittonistes ne déboucha que pour une petite minorité sur un engagement au sein du POPF". (Denis Peschanski, in La France des camps, p. 515 à 517).
Sources
  • M. Plouger, ADIRP Essonne (octobre 1991).
  • Raymond Montégut, «Arbeit Macht Frei» page 233.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition papier, Tome 42, p. 17.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. «Premier camp d'internement des communistes en zone occupée», Dir. C. Delporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités
  • Echange de courriels avec Martine Garcin (septembre 2005) animatrice du site Caractères draveillois - Résistance et création.
  • Biographie et photo d’Auguste Taillade in site Internet «Caractères draveillois - Résistance et création» :http://draveil-resistance.com
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site  Légifrance
  • © Site Memorial and Museum Auschwitz-Bikenau www.auschwitz.org.pl
  • © Site Archives en ligne, Paris, état civil.
Biographie rédigée en septembre 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
*Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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