L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PAILLOLE René



Matricule 46254 à Auschwitz

René Paillole est né le 3 septembre 1897 à Aiguillon (Lot-et-Garonne). Fils de Jeanne Fallières, sans profession, et de Baptiste Paillole, charpentier. René Paillole habite à Orsay (Seine-et-Oise / Yvelines), au 16 rue du Buisson en 1920, puis au 11 rue de Libernon au moment de son arrestation.
Il est ajusteur. 
Membre du Parti communiste. Il est inscrit sur les listes électorales d’Orsay en 1920, 1930 et 1939.
On ignore sa date d'arrestation. Il est très certainement condamné à une lourde peine d'emprisonnement, car il est interné à la Maison centrale de Claivaux. Lire dans le blog : La Maison centrale de Clairvaux
Sur ordre des autorités d’Occupation (13 février 1942), le Préfet de l’Aube le fait transférer avec d’autres détenus de Clairvaux – dont Roger Le Bras, Frédéric Ginolin, Charles Véron - au camp allemand de Royallieu à Compiègne, le Frontstalag 122. Il est transféré avec ses camarades à Compiègne le 23 février 1942. Il y est un "otage fusillable".
Le 20 avril 1942, son nom est inscrit sur une des 2 listes de 36 et 20 otages envoyés par les services des districts militaires d’Angers et Dijon au Militärbefehlshaber in Frankreich (MbF), à la suite de l’attentat contre le train militaire 906 à Caen (lire dans l blog) Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942), et suite au télégramme du MBF daté du 18/04/1942. Le Lieutenant-Général à Angers suggère de fusiller les otages dans l’ordre indiqué (extraits XLV-33 / C.D.J.C). Les noms de cinq militants qui seront déportés avec René Paillole à Auschwitz figurent également sur ces 2 listes (Alfonse Braud, Jacques Hirtz, André Flageolet, Alain Le Lay, René Paillole, André Seigneur). Il est transféré après cette date au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122) à la demande des autorités allemandes.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
René Paillole est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46254", selon la liste par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz.
© Dessin de Franz Reisz, 1946
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

René Paillole meurt à Auschwitz le 16 septembre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 898). Cent quarante huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz entre les 16 et 19 septembre, ainsi qu’un nombre important de détenus d’autres nationalités : il est probable qu’ils sont tous morts gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée sans doute dans les blocks d’infirmerie. Les SS indiquaient des causes naturelles fictives sur les registres des infirmeries pour masquer ces assassinats collectifs. Jean Thomas, jeune cheminot de Boulogne-Billancourt, se souvenait de lui à son retour de déportation.
Une voie d'Orsay porte le nom de René Paillole, qui est inscrit sur le monument aux morts du cimetière communal. Il est mentionné sur le site «Vivre à Orsay» de la municipalité, en ces termes : «Pendant la guerre de 1939-1945, Orsay connaît l’exode puis l’occupation allemande. La commune saura honorer la mémoire de ses héros, René Paillole, mort en déportation, et Louis Scocard, tué à la ferme du Moulon lors d’un combat contre les Allemands». Une cellule du PCF d’Orsay (cellule Croc-Paillole) portait encore son nom en 2011.

Sources
  • Courrier de M. Olivier Gorse (archives départementales de l'Essonne, 13 novembre 1991) : listes électorales 1920 /1930/1939, recensement de 1921, matrice cadastrale des actes de propriété, acte de concession du cimetière d'Orsay.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1991.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie rédigée en septembre 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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