L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LEVACHE Roger, Arnould


45791

Roger Levaché est né le 5 septembre 1908 à Marcoussis (Seine-et-Oise / Essonne), où il réside, 12 rue Emile Zola au moment de son arrestation. Son père et sa mère ont une petite exploitation agricole où ils cultivent des légumes. Son père meurt en 1917 dans le déraillement d'un train de retour du front italien. Sa mère continue l'exploitation agricole. Roger Levaché devient agriculteur à son tour.
Il se marie avec Hélène Petit, cultivatrice, le 20 décembre 1930. Le couple a deux garçons (Jean né en 1934 et Jim né en 1938). Propriétaire exploitant, il emploie des ouvriers agricoles. Il leur applique le régime spécial pour les agriculteurs de la Loi du 30 avril 1928. Son fils Jean, écrit : "il leur a donné la sécurité sociale, il ne les faisait pas travailler le dimanche".
Roger Levaché est membre du Parti communiste et milite au Conseil Paysan Français, qui est l'organisation paysanne du Parti communiste, fondée en 1925, et au sein des organisations paysannes de la CGTU. Il diffuse «La Voix Paysanne» (organe du Conseil paysan Français) et «La Terre» (dont le premier numéro paraît le 30 janvier 1937), anime des réunions publiques. Sa mère adhère également au Parti communiste.
Pendant l'Occupation, il poursuit une activité militante, dont sa femme et sa mère ont connaissance.
Roger Levaché est arrêté à Marcoussis, le 18 janvier 1941, au retour d'un enterrement à Orly. "3 Km à pied, dans la neige, encadré par deux gendarmes français à vélo (…) Il aurait pu s'enfuir, mais il a craint des représailles contre sa famille".
Deux rapports le dénonçant, découverts dans les archives de la mairie de Marcoussis par sa mère, nommée au conseil municipal provisoire à la Libération, confirment ce que pensait la famille : Roger Levaché a été dénoncé par deux personnalités de la commune dont un gendarme en retraite, qui écrit : "Très adroit, ne peut être pris en défaut".
Roger levaché est détenu à la prison de Limours 2 ou 3 jours. Puis il est interné au camp d'Aincourt le 14 janvier 1941, ouvert spécialement le 5 octobre 1940 pour y enfermer les militants arrêtés. (Lire dans le blog Le camp d’Aincourt).
Le 27 juin 1941, il est remis au sein d'un groupe de 88 internés de Seine-et-Oise, aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne ouvert ce jour-là en tant que de détention camp allemande (Frontstalag 122).

A Compiègne, il participe aux travaux de creusement du tunnel qui permet l’évasion de 19 responsables communistes, dont Georges Cogniot, André Tollet, Louis Thorez, ainsi que plusieurs anciens brigadistes. Dans leurs livres, Georges Cogniot et André Tollet ont rapporté que parmi les 14 «planques» préparées pour assurer les suites de l’évasion, deux des évadés sont hébergés dans la propriété de Marcoussis de Roger levaché : André Tollet lui-même et Maurice Léonard, ancien conseiller général de la Courneuve.
A Compiègne la femme de Roger Levaché obtient deux permis de visite. Jean voit son père à l'automne 1941.

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Roger Levaché est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45791, selon la liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau.

Roger Levaché meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 715). Cent quarante huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz entre les 16 et 19 septembre, ainsi qu’un nombre important de détenus d’autres nationalités : il est probable qu’ils sont tous morts gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée sans doute dans les blocks d’infirmerie. Les SS indiquaient des causes naturelles fictives sur les registres des infirmeries pour masquer ces assassinats collectifs.
Il est déclaré "Mort pour la France". Son fils a été exempté de service militaire en Algérie (intervention de la députée communiste Rose Guérin, elle-même déportée à Ravensbruck et Mauthausen, le 11 février 1958, en faveur des fils et orphelins de parents ayant été déportés pour les faire bénéficier d'une dispense au service en Afrique du Nord).
Roger Levaché est homologué "Déporté Politique". En 1993, son nom, orthographié Levacher, associé à celui de Gilbert Cintrat est donné à une rue nouvelle de la commune. La Cellule «Roger Levacher - Gilbert Cintrat du PCF rend hommage aux Marcoussissiens communistes dénoncés et déportés par les nazis». Son nom figure sur le monument aux déportés morts pour la France.
On lira sur le site de l’association «Mémoire vive des 45000 et 31000 d’Auschwitz Birkenau» d’autres témoignages de Jean Levaché, recueillis en 2007 : http://www.memoire-vive.net/biographies/45791.html

Sources
  • Documents et renseignements fournis par son fils aîné, Jean Levaché (octobre 1990).
  • Témoignage de Georges Gourdon, 21 janvier 1972.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. «Premier camp d'internement des communistes en zone occupée», Dir. C. Delporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités
  • Georges Cogniot, Parti pris, Éd. Sociales, Paris 1976, page 489 et «L’évasion», Ed. Raisons d’être, page 84 à 88.
  • André Tollet, Le souterrain, Ed. Sociales, pages 154 à 157 et «La classe ouvrière dans la résistance», Ed. Sociales, pages 108 et 109.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
Biographie rédigée en septembre 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: