L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


OUVRIER, Marcel, Eugène



Marcel Ouvrier est né le 2 août 1899 à Paris (VIème). Fils de Marie Martin, couturière, et de Joseph Ouvrier, 25 ans, fabricant d’instruments de précision son époux. Il habite au 72, route de Morangis à Paray-Vieille-Poste (Seine-et-Oise / Essonne) au moment de son arrestation.
Ancien combattant de la guerre 1914/1918, il préside la Section locale de l'ARAC.
Il se marie le 31 mai 1924 à Athis-Mons (Seine et Oise / Essonne) avec Yvonne Napliste. Le couple a un fils, Jean.
Marcel Ouvrier est artisan. Il est élu conseiller municipal communiste de Paray-Vieille-Poste et 2ème adjoint de cette ville en 1935.
Il est affecté spécial chez Hispano-Suiza (Bois-Colombes) au début de la 2ème guerre mondiale.
Le 5 octobre 1939 le maire de Paray, Léon Bertrand, et tout le conseil municipal sont suspendus : à partir du 20 novembre 1939 et pendant toute l’Occupation, la commune est «administrée» (délégation spéciale présidée par M. Chrétien, puis par Marcel Souillat jusqu’à la Libération de Paray, le 24 août 1945).
Le maire est arrêté le 24 octobre 1940, par la police française, en même temps que l'ensemble du Conseil municipal (cinq d’entre eux seront déportés à Auschwitz : François Malard, Henri Dugrès, Marcel Ouvrier, Eugène Tartasse et Marcel Vaisse. Ces arrestations ont lieu dans le cadre des rafles organisées à partir du 5 octobre 1940 (avec l’accord de l’occupant) par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la Seine et de la Seine-et-Oise (élus, cadres du parti et de la CGT) avec la remise en vigueur du décret du 18 novembre 1939 sur «l’éloignement des suspects et indésirables».
Marcel Ouvrier est interné le 24 novembre 1940 au camp d’Aincourt, en Seine-et-Oise, ouvert spécialement, le 5 octobre 1940 pour y enfermer les militants arrêtés. Le maire Léon Bertand est déporté en Algérie. (Lire dans le blog Le camp d’Aincourt). A Aincourt, Marcel Ouvrier dessine un croquis du camp, sur une écorce de bouleau précieusement gardée par son fils (sa reproduction photographique figure dans l’ouvrage «Paray d'hier et d'aujourd'hui»). Le 27 juin 1941 Marcel Ouvrier est remis aux autorités allemandes à leur demande. Elles le transfèrent avec 87 autres internés, dont ses quatre camarades de Paray, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages.

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marcel Ouvrier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro «459943 ?» », figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Et la photo du matricule «459943» est manquante. Il était donc hasardeux de maintenir ce numéro, qui ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».
Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date de son décès à Auschwitz. Dans les années d’après-guerre, l’état civil français a fixé arbitrairement celle-ci «en janvier 1943» ce qui semble très improbable.
Le nom de Marcel Ouvrier figure sur le monument aux morts du cimetière de Paray, ainsi que sur le monument «Aux Héros de la Résistance 1940-1945», place Maxime Védy, avec celui de 12 autres de ses camarades, fusillés ou mort(e)s en déportation. A l’initiative du maire Léon Bertrand revenu de déportation en Algérie, une rue, l’avenue Marcel Ouvrier, honore son nom depuis octobre 1944.

Sources
  • Correspondance avec Mme Janine Henin professeur d'Histoire : courriers et envoi d’une partie de la maquette du livre «Paray d'hier et d'aujourd'hui» / Collectif, Henin (J.), coord. Ville de Paray-Vieille-Poste, 1988.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997 notice rédigée par Nadia Tenine-Michel.
  • Liste du Mouvement de Libération Nationale: dossier AU2.
  • Mairie de Pary (1989).
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. "Premier camp d'internement des communistes en zone occupée", Dir. C Delporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines /
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © Archives en ligne de Paris.
Biographie rédigée en août 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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