L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


NICOLAZZO Arduino, Valentino





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Arduino Nicolazzo est le 22 juin 1900 à Schio (Italie, province de Vicence en Vénétie). Il habite 31 rue Serpente à Argenteuil au moment de son arrestation.
Il est le fils de Silvia Chilese et de Francesco Nicolazzo, maçon. Il a une sœur, Elvira (devenue Mme Socal) née en 1897, et un frère, Amaro, né en 1904.
Son père au chômage s’exile en Suisse en tant que maçon. Arduino apprend l’allemand à l’école de Saint Gall (Sankt Gallen), ces années et cet apprentissage lui ont été très bénéfiques selon sa famille. A l’entrée en guerre de l’Italie (24 mai 1915), le gouvernement suisse exige le retour de la famille Nicolazzo en Italie. En 1922, son père et sa sœur quittent l'Italie après la « marche de Mussolini sur Rome » (27 octobre 1922) et s'installent à Argenteuil (Seine, Val d'Oise). En 1923 la famille Nicolazzo et la famille Socal viennent les rejoindre : ils habitent tous au 28 route de Sannois à Argenteuil.


Le 14 novembre 1925 à Argenteuil, Arduino épouse Olimpia Lupano, née en Italie à Casale. Agée de vingt ans, elle est caoutchoutière. Elle sera une militante communiste et syndicaliste, puis résistante. Le couple a une fille, Elvira, qui naît en février 1927. Arduino et son épouse ont demandé - et obtenu par décret - la nationalité française.

Les parents d’Arduino sont de conviction socialiste avant 1920.
C’est une famille instruite, cultivée. Ils ont donné à leurs enfants le goût du travail bien fait et les joies que procure la culture en général, et la musique en particulier.

La maman aime chanter les airs d’opéra italiens, et Amaro - manœuvre chez Gardy - joue du violoncelle au Casino d'Enghien. Arduino ne fait pas exception : il maîtrise parfaitement l'italien, le français, l'allemand, et s’est mis à l’apprentissage du russe.
Arduino Nicolazzo travaille comme magasinier à l'usine Gardy d'Argenteuil (fabrication de matériel électrique en porcelaine), qui emploie environ 1000 ouvriers. Il a su y gagner l’estime de ses compagnons de travail.
Dans ce quartier d’Orgemont où vit un fort pourcentage de population immigrée antifasciste italienne, Arduino est militant communiste et syndicaliste. Il participe activement aux grèves de 1936. Avec l’élection de Gabriel Péri comme député d’Argenteuil, les renseignements généraux assistent à toutes les réunions électorales du Parti communiste et repèrent les militants les plus actifs : il semble que ce soit l’un des membres de ce service qui l’arrête en 1940.
Les premiers congés payés sont pour le ménage Nicolazzo source de bonheur : ils passent leurs premières vacances à St Aubin sur mer. Arduino Nicolazzo fait partie de l'association des «Amis de l'URSS», fait de la musique et de la photographie (il installe chez lui un labo photo).
Arduino Nicolazzo est arrêté par la police française (sa famille cite Q… du commissariat d'Argenteuil), en novembre 1940 avec Pierre Darracq (déporté, mort en 1945 à Johanngeorgenstadt) et Emile Saloy, qui sera déporté avec lui à Auschwitz. Arduino Nicolazzo est interné avec Emile Saloy au camp d'Aincourt et transféré à Compiègne le 17 janvier 1941.
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Arduino Nicolazzo est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « Judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45924. Selon le témoignage de rescapés il aurait demandé en allemand, dès son arrivée au camp, les moyens de se laver, de passer à la douche.
Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date de son décès à Auschwitz. Son acte de décès sur lequel figure la mention « Mort pour la France », daté du 23 février 1950, indiquait une date manifestement erronée « le 6 juillet 1942 », date du départ de Compiègne. Elle a été corrigée par un arrêté du 15 juin 1995 (paru au J.O. du 28 juillet 1995) en « décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz » « et non le 6 juillet 1942 » c'est-à-dire la correction habituelle en cas d’ignorance de la date de décès, soient 5 jours après le départ du convoi (lire dans le blog Les dates de décès des "45000" à Auschwitz).
Son frère, Amaro, fut lui aussi arrêté et interné au camp de Voves. Il est mort en 1980.
Son épouse, Olimpia, eut une grande activité dans la clandestinité : «son action concernait plusieurs arrondissements de Paris». Elle est décédée en 1968.
19 habitants du quartier d’Orgemont à Argenteuil ont été déportés, dont 3 dans la même rue Serpente (Pierre Darracq, Arduino Nicolazzo et Emile Saloy). Le nom d’Arduino Nicolazzo figure sur le monument aux morts du cimetière d’Argenteuil rue de Calais.
Pendant 45 ans, une cellule du Parti communiste d'Argenteuil porte le nom de "Nicolazzo-Darracq".

Sources
  • Témoignage d’Hélène Socal, nièce d'Arduino Nicolazzo.
  • Témoignages de Lucienne Etienne et de Jeannette Hulin (sœur de Pierre Darracq).
  • Acte de mariage (14 novembre 1925).
  • Avis de décès (ACVG avril 1992).
  • 3 photos de la famille Nicolazzo, avant guerre, remises à Maguy Cardon-Krivopissko par Hélène Socal.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
Biographie rédigée en février 1991 par Maguy Cardon-Krivopissko, conseillère générale honoraire d'Argenteuil (lettre du 6 frévier 1991), complétée en août 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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