L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


TRUFFERT Léon, Clément, Louis


Léon Truffert au camp de Gaillon
Matricule "46161" à Auschwitz

Léon Truffert est né le 21 mai 1901 à Vandreville (Manche). Il habite Tourlaville (Manche), au hameau Saint-Jean au moment de son arrestation. Il est le fils de Marie, Françoise Mahier et de Jean, Alexandre Truffert, son mari qui est forgeron. 
Au moment de son conseil de révision, Léon Truffert travaille comme domestique agricole. Il sera ensuite ouvrier à l'Arsenal de Cherbourg.
Selon sa fiche matricule militaire Léon Truffert mesure 1m 61, a les cheveux châtains et les yeux marrons, le front moyen, le nez moyen et le visage long. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1921, il est incorporé au 136ème régiment d’Infanterie à compter du 1er avril 1921. Il arrive au corps le 9 du mois. Le 31 mars 1923, il "passe" au 171ème régiment d’Infanterie. Le 1er avril alors qu'il aurait du être "renvoyé dans ses foyers" après ses deux ans de service militaire, il est maintenu provisoirement sous les drapeaux : en effet son régiment est affecté à l’occupation des payx rhénans (la Ruhr) : pour hâter l’application du traité de Versailles (versement des dommages de guerre, en particulier le charbon), la première occupation militaire de la Ruhr par l’armée française va avoir lieu dès le mois de mai 1921 (les effectifs de l’armée du Rhin d’occupation passent de 100.000 à 210.000 hommes) : le gouvernement rappelle les réservistes et maintient les hommes comme Léon Truffert sous les drapeaux (article 33, loi 8 mars 1905). Le 29 mai 1923, il est renvoyé dans ses foyers, « certificat de bonne conduite accordé ». Il « se retire » à Tourlaville.
Il est patron de chaloupe à l'Arsenal de Cherbourg. Il habite au village Saint-Jean, à Tourlaville.
Le 8 août 1925, à Tourlaville, il épouse Marie-Gabrielle Lefèvre, née le 27 février 1902 à Sainte-Geneviève (Manche), qui décédera en 1978.
En octobre 1930, le jeune couple habite au 15 rue Louis-Philippe, à Cherbourg.  Ils ont une fille, Léone, Marie qui naît 22 juin 1926.
Léon Truffert est un militant actif du Parti communiste, connu des services de police (il vend l’Humanité).
Lors de la mobilisation générale, Léon Truffert est classé « affecté spécial » au titre des constructions navales du port de Cherbourg.
Selon les renseignements généraux, Léon Truffert est en contact avec des militants clandestins communistes après la dissolution du Parti communiste le 27 septembre 1939.
Le 10 mars 1940, il est rayé de l’affectation spéciale par mesure disciplinaire, comme la plupart des militants communistes ou syndicalistes. Il est alors affecté au dépôt d’Infanterie n° 32, à Rouen. Il y arrive le 18 mars et part « aux armées » le 22 mai. Le 31 juillet 1940, il est démobilisé par le centre du canton de Marmande (Lot-et-Garonne) et revient à Tourlaville.
Sous l’Occupation, il est employé à l’Atelier des réparations au service des bassins de l’Arsenal. 
Léon Truffert entre dans la lutte clandestine contre l’occupant dès octobre 1940 : il milite au sein du Front national à partir de mai 1941. L’attestation d’André Defrance, capitaine F.F.I.-F.T.P.F., représentant le Front national dans le département de la Manche, stipule «Son activité résistante consiste en groupement de patriotes, organisation de réunions clandestines de son Comité de Front national, dont certaines à son domicile du Village de l’Eglise, répartition et diffusion (notamment à l’intérieur de l’Arsenal de Cherbourg) de publications patriotiques (…)».
À la mi-juillet 1941, Léon Truffert est filé par la police, qui note qu’il rencontre plusieurs personnes dans un débit de boissons place Gambetta à Tourlaville. Il s’agit de Pierre Rouxel, Auguste Daniel et Juliette Defrance.
Lorsqu’à la fin du mois des tracts communistes sont trouvés à l’Arsenal, Léon Truffert est « fortement soupçonné de les avoir jetés ou distribués ».
Après intervention des autorités allemandes, le 18 septembre 1941, le préfet de la Manche ordonne son internement administratif au camp de Gaillon.
Léon Truffert est arrêté par la police française sur son lieu de travail à l'Arsenal pendant une alerte, le 19 septembre 1941, au cours d’opérations policières consécutives à des diffusions de tracts sur le territoire de Tourlaville.
Il est détenu à la Prison nationale de Cherbourg, puis au camp de Gaillon du 20 septembre 1941 au 3 mai 1942. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. 
Celles-ci l'internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) en vue de sa déportation comme otage. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Léon Truffert est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.

Léon Truffert est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46161".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
 Registre des morts d’Auschwitz, liste du 17 août 1942
Léon Truffert meurt à Auschwitz le 16 août 1942 d’après les registres du camp. 
Son décès est porté sur le "Totenbuch" le livre des morts du camp.
Dans les années d’après-guerre, le ministère des ACVG n’ayant pas eu accès aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques avait fixé le décès au 15 septembre 1942, sur la base du témoignage d’Eugène Garnier, certifiant le 13 mai 1946 qu’il est décédé «en septembre 1942 après avoir contracté le typhus».
Il est homologué R.I.F. le 25 avril 1951, au grade de soldat de 2ème classe.
La demande d’attribution du titre de déporté résistant lui est refusée le 12 décembre 1949 (C.f. article du blog la carte de déporté résistant).

Le titre de «Déporté politique» lui est attribué le 15 décembre 1953.

Sources

  • Informations communiquées par M. Frédéric Durand, petit cousin de Léon Truffert (le 1er août 2010) suite à la publication de la biographie sur le blog.
  • Recherches de Mme R. Siouville (veuve de Lucien Siouville (46106), rencontrée par Roger Arnould au pèlerinage d'Auschwitz de 1971) effectuées auprès des Associations locales et des archives municipales et départementales, qui ont permis de dresser une première liste et éléments biographiques de 16 des 18 "45000" de la Manche.
  • Archives municipales de Tourlaville (acte de mariage).
  • "La Résistance dans la Manche" (Marcel Leclerc) Ed. La Dépêche. Page 41.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Reproduction de la page 93 du T 1 du Death Books. Ed. 1995
  • Archives départementales de l'Eure, camp de Gaillon. Dossier de Léon Truffert.
  • Registres matricules militaires de la Manche. Remerciements au service de l'accueil des archives.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • "Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz" (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 15.7.1943.
Biographie rédigée en avril 2001, complétée en 2010 et 2017, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), pour le livre "De Caen à Auschwitz" (Collège Paul Verlaine d'Evrecy, Lycée Malherbe de Caen et Association Mémoire vive) juin 2001, Ed. Cahiers du temps. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 




Aucun commentaire: