L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


POIRET Georges, Eugène, Paul








Georges Poiret est né le 31 mai 1905 à Neslette (Somme). Au moment de son arrestation, il habite au 74 rue sire Bernard à Amiens (Somme), à quelques numéros de son camarade cheminot Fernand Charlot.
Il est marié avec Lydie. Le couple a deux enfants. Georges Poiret est cheminot, conducteur d'autorail au dépôt SNCF d'Amiens.
Il est membre du Parti communiste et syndicaliste. Pendant l’Occupation, il rejoint le Front national dès sa création. Selon sa fille, il est membre des FTPF, et il participe à la préparation du sabotage qui immobilise la grue de relevage de 32 tonnes au dépôt d’Amiens.
Dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1942, une grue de relevage de 32 tonnes est sabotée au dépôt d’Amiens. La plaque tournante du dépôt d'Amiens saute le 11 mai 1942, ce qui paralyse pour longtemps le trafic. (Témoignage de Noël Baheu, membre de l'OS, responsable des FUJP).
A titre de représailles, les Allemands arrêteront au total 37 cheminots du dépôt d’Amiens pour ces deux sabotages.

Des policiers allemands (Gestapo) arrêtent Georges Poiret le 3 mai 1942 (8 autres cheminots du dépôt d’Amiens-Longueau sont arrêtés entre le 3 et le 20 mai et seront également déportés à Auschwitz avec lui : Roger Allou, Fernand Charlot, Clovis Dehorter, Paul Baheu, Fernand Boulanger, Albert Morin, Emile Poyen, Francois Viaud. Lire l’article du blog : Des cheminots d'Amiens -Longueau dans la Résistance. Georges Poiret est transféré sans jugement fin mai 1942 de la maison d'arrêt d'Amiens au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Il écrit quelques lettres à sa famille depuis ce camp. Son épouse reçoit un avis du camp daté du 16 juillet 1942, qui indique le transfert de son mari "vers un autre camp, destination à ce jour inconnue". Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Georges Poiret est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro "45995 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il était donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves. Il ne figure plus dans mon ouvrage « Triangles rouges à Auschwitz».

Georges Poiret meurt à Auschwitz le 27 septembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 3 page 948). François Viaud, cheminot d’Amiens rescapé du convoi, avait à la Libération témoigné de sa mort «en septembre 1942».
Son acte de décès transcrit à l'Etat-civil d'Amiens le 16/09/1946 porte cependant toujours la mention «décédé le 30 décembre 1942 à Birkenau (Pologne)». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 27 janvier 1998). Ceci était pourtant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Georges Poiret a été déclaré «Mort pour la France» et homologué «Déporté politique»
Son nom est inscrit sur la stèle commémorative située dans l'enceinte de l'Etablissement de Maintenance et Traction Haute Picardie au 39 rue Riolan à Amiens, ainsi qu’au cimetière Saint Acheul d'Amiens.

Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par Mme Christiane Vasseur, sa fille (10 octobre 1990), qui m’a envoyé l’avis du Frontstalag 122 (Compiègne), daté du 16 juillet 1942.
  • Mme Jacqueline Jovelin, la fille de Clovis Dehorter qui m’a envoyé en octobre 1990 la photocopie d’une carte postale (manifestation du souvenir, après la guerre : sur la pancarte «Camarades livrés par les traîtres, 1er mai 1942, disparus au camp d’Auschwitz, Poyens, Poiret, Baheu, Dehorter, Charlot, Boulanger, Morin, Allou»). «Death Books from Auschwitz», Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Paris 1995 (basés essentiellement sur les certificats de décès, datés du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, relatifs aux détenus immatriculés au camp d'Auschwitz. Ces registres sont malheureusement fragmentaires.
  • M. Griffon, adjoint délégué, Mairie d'Amiens (22 août 1990).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en juillet 1992.
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
Biographie rédigée en juillet 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: