L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PIGNET Ernest René


Ernest Pignet est né le 16 décembre 1897 à Bezenet (Allier). Il est le fils de Léonie Rignal, cabaretière, et de François Pignet, ouvrier mineur, son époux. Il habite 1 rue Lamarck à Albert (Somme) au moment de son arrestation.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Carvin (Pas-de-Calais) au moment du conseil de révision et travaille comme mécanicien ajusteur. Il sera par la suite mineur, puis coiffeur. Il mesure 1m 76, a les cheveux châtains, les yeux bleus, le front et le nez rectilignes, le visage ovale.
Conscrit de la classe 1916, il aurait du être mobilisé par anticipation en avril 1915, comme tous les jeunes hommes de sa classe. Mais « resté en pays envahi » il n’est pas recruté « cas de force majeure ». Carvin Libéré, Ernest Pignet est classé « service armé » par la commission de réforme de St Paul de Termoise les 15 et 16 mai 1919. Mécanicien ajusteur, il est incorporé à compter du 22 mai 1919 au 2ème groupe d’aviation. Il est démobilisé le 7 septembre 1919 par le dépôt démobilisateur aéronautique de Lille, « certificat de bonne conduite accordé ». La Médaille commémorative de la grande guerre lui est attribuée. Il « se retire » rue de Lille à Carvin.
Ernest Pignet épouse Flora Célina Mercier, ménagère, le 2 octobre 1920 à Carvin (Pas-de-Calais). Le couple a deux enfants (Marie-Louise, décédée quelques mois après sa naissance et René, qui naît le 18 mai 1922 à Carvin). Ernest Pignet exerce alors le métier d'ajusteur électricien.
Le 31 mai 1921, il est possible qu’il travaille à la mine de Wingles (Pas-de-Calais) : en effet le jeune couple habite rue du Marais à Wingles, un alignement de maisons de mineurs.
On ignore les raisons de son changement de métier et de localité : on sait seulement qu'en 1922 le couple vient habiter à Albert, juste au dessus d'un salon de coiffure où Ernest exerce alors le métier de coiffeur (son fils y travaillera également).
En janvier 1923, ils habitent Carvin au 107 rue Basse (aujourd’hui rue des Fusillés).
En 1929, Ernest Pignet est domicilié en région parisienne, au 63 rue Danjou à Billancourt, rue voisine des usines Renault.

En février 1932, le couple a déménagé à Beaune (Côte d’Or) au 2 place Carnot. Il y demeure au moins jusqu’en janvier 1936.
Il est présumé communiste. 
Pendant l'Occupation, Ernest Pignet est arrêté avec son fils René Pignet le 18 mai 1942 (le jour des vingt ans de celui-ci selon sa petite nièce) ou le 20 mai 1942 (date sur sa fiche au DVACC) Leur domicile est perquisitionné. 
La famille pense qu’il s’agit d’une dénonciation où il est fait mention de l'usage d'une grenade (la mention "dénonciation" est portée sur sa fiche au DAVCC).
Le père et le fils sont internés sans jugement au camp allemand de Royallieu à Compiègne, le 23 mai, où ils reçoivent les numéros matricules 5819 pour Ernest et 5820 pour René (Fletcher Jean, d'Albert arrêté à la même période reçoit le numéro matricule 5821). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Ernest Pignet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro «45988 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Il est certes plausible mais pas confirmé Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules.
Ernest Pignet meurt à Birkenau. Son acte de décès (ministère des Anciens combattants et Victimes de guerre N°116/23/16.261) porte la date du 15 décembre 1942, mais il s'agit sans doute d'une date fictive, apposée afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz). Car les témoignages de plusieurs survivants ne confirment pas celle-ci. Pour André Faudry, qui écrit à Flora Pignet le 12 juin 1945, Ernest Pignet est mort du typhus au Block 7 fin août 1942. Pour Henri Peiffer, qui écrit à Flora Pignet le 12 mars 1946, son mari est mort des suites de dysenterie vers la fin septembre 1942 et que son fils était très affaibli des suites d'une bronchopneumonie, décédé fin octobre, début novembre 1942.
Georges Hanse, qui a partagé la même chambrée qu'Ernest et René Pignet à Compiègne, écrit à Flora Pignet le 4 mars 1946 qu'il rencontrait quelquefois Ernest Pignet à Auschwitz qui lui parlait de son fils entré à l'infirmerie en octobre 1942 et n'en est pas ressorti. Pour Marius Zanzi pour qui Ernest Pignet était son chef de chantier, il est mort du typhus et a été gazé au début 1943.
En tout état de cause, il est certain qu'il était à Birkenau avec son fils : malade, il est entré au block 7 où les SS entassent les prisonniers gravement malades du camp.
Seul fait certain : sa mort survient avant mars 1943, puisqu'il ne fait pas partie des 17 survivants de Birkenau qui réintègrent le camp principal à cette date.
Ernest Pignet est homologué "Déporté politique". La mention "Mort pour la France" est portée sur son acte de décès (24 mars 1948). La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (JO du 14-12-1997)
Sources
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en juillet 1992.
  • M. Aubert, Maire adjoint délégué d'Albert (lettre du 14 juin 1991)
  • Archives des ACVG (Fichier national).
  • Acte de décès.
  • M. Lalou, ADIRP d'Amiens (lettre du 26 mars 1991).
  • Courriels de Mme Françoise Toméno, sa petite nièce (20 au 29 janvier 2006).
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Registres matricules militaires.
Biographie rédigée en juin 2011 (commplétée en mai 2016) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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