L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


ROUSSEAU Alphonse, Maximin



Alphonse Rousseau est né le 15 février 1889 au domicile de ses parents au lieu-dit Furigny, à Neuville-de-Poitou (Vienne). Il habite au 16 rue de la Tranchée à Châtellerault (Vienne). 
Il est le fils d’Honorine Sornin, 39 ans et de Jean, Baptiste Rousseau 49 ans, cultivateur, son époux.
Conscrit de la classe 1909, Alphonse Rousseau est appelé au service militaire le 5 octobre 1910 .
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Neuville-de-Poitou où il travaille comme cultivateur au moment du conseil de révision. Puis il sera conducteur de machines outil , puis décolleteur (le décolleteur en série des pièces de précision) et enfin marchand de charbon.
Il mesure 1m 64, a les cheveux et les sourcils châtains foncé, les yeux gris, le front ordinaire, le nez et la bouche moyens, le menton rond et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Le 5 octobre 1910, il est dirigé sur le 23ème régiment d’infanterie à  Châtellerault. Il est nommé caporal le 25 septembre 1911 et « renvoyé dans ses foyers », « certificat de bonne conduite accordé » le 27 septembre 1912, en attendant son passage effectif dans la réserve de l’armée active (1er octobre 1912).
Le 4 octobre 1913 à Neuville, Alphonse Rousseau épouse Marie, Mathilde Fouqueteau. Elle est fille de cultivateur, née le 30 mai 1890 à Furigny / décédée le 6 mars 1979 à Châtellerault. 
Alphonse Rousseau et Madeleine © VRID
Le couple a une fille, Madeleine, qui naît le 16 novembre 1914.
Alphonse Rousseau est « rappelé à l’activité » par le décret de mobilisation générale du 1er août 1914. Il est dirigé sur le régiment d’infanterie de Châtellerault (le 32ème) qu’il rejoint le 3 août. Son régiment est engagé en Lorraine, puis par Troyes et Euvry, il se retrouve le 7 septembre en bivouac à La Fère-Champenoise, en réserve des régiments du 11ème corps d’armé. 
Combat de La Fère-Champenoise

Alphonse Rousseau est blessé par balle (plaie perforante à la cuisse gauche) à La Fère-Champenoise, le 8 septembre 1914, au cours d’une attaque éclair allemande : 15 officiers et 620 hommes sont tués ou blessés : « Le 8 septembre, vers 3 heures, inattendue, une fusillade violente éclatait à notre gauche. Dix minutes après, elle s'étendait a tout le front, et au bout d'une demi-heure, sans qu'on ait eu le temps de prendre aucune disposition en vue du combat, nous nous trouvions en contact avec I’ennemi, d'une façon inexplicable pour nous. Les balles claquaient de toutes parts, éprouvant particulièrement les cadres » (in historique du 32ème RI). Après son hospitalisation, Alphonse Rousseau est détaché à la Manufacture d’armes de Châtellerault (n° 219), le 18 juin 1915. Il est classé « service auxiliaire » par la commission de réforme de Châtellerault, le 17 septembre 1915, pour « raccourcissement de la cuisse gauche, suite de brûlure ». Il est maintenu au corps  « service auxiliaire » (8 janvier 1916).
Il est envoyé en congé illimité de démobilisation le 21 mars 1919 par le 125ème RI. Il se retire à Poitiers au 7 rue du cuvier.
En décembre 1919, il est proposé par la commission de réforme de Poitiers pour une pension permanente d’invalidité de 15 % pour « séquelle de fracture ouverte du fémur gauche au tiers inférieur consolidé avec pied en bonne position, raccourcissement de 3 cm, cal gros et irrégulier, liberté des articulations (suite de blessure par balle)… ». Il est admis à une pension de 365 F en septembre 1920.
En juillet 1919, il habite rue du Sanital à Châtellerault.
Militant syndical : « Alphonse Rousseau était en 1922 secrétaire de l'Union locale des syndicats de Châtellerault (Le Maîtron) et militant communiste : «Très ferme dans ses convictions» écrit Emile Lecointre, il est secrétaire de la section du PCF de Châtellerault.
En mai 1938, il est mentionné comme réserviste à la Manufacture nationale d’armes de Châtellerault, ce qui signifie qu’il y est encore employé. Sans doute licencié après la  grève nationale du 30 novembre 1938 (lancée par la CGT contre les décrets-lois du gouvernement Daladier qui remettent en cause les 40 heures, elle est très minoritaire. Des milliers de licenciements de militants sont prononcés). On sait qu’alors il tient un commerce de bois et de charbon. Il devient responsable du syndicat CGT des commerçants et artisans de la ville.
A l'interdiction du Parti communiste (décret du 26 septembre 1939), il continue à militer dans l'illégalité. Pendant l'Occupation, il fait partie (avec André Perrin et Auguste Picard) du groupe qui deviendra le "groupe Blanzat" des FTP de la Vienne. Il est "un des artisans de la lutte contre l'envahisseur" écrit le journal local lors de l'inauguration de la rue qui porte son nom.
C'est à Auschwitz que Charles Limousin a raconté à Maurice Rideau une anecdote de leur clandestinité à l'hiver 1940 : contacté en urgence par Alphonse Rousseau qui lui a donné rendez-vous chez lui "à 19 heures précises", Charles Limousin se croit victime d'un guet-apens car il se sent suivi rue de Thurée… Après une série de manœuvres destinées à en avoir le cœur net, il se rend compte que son suiveur - qui se croit lui aussi suivi -, est en réalité comme le lui présente Alphonse Rousseau "un camarade venu exprès de Paris pour savoir quelles sont les possibilités d'actions à Châtellerault contre les Allemands (…) Je ne sais pas si Limousin l'a revu par la suite et s'il a su qui il était, mais il ne me l'a pas dit… et par discrétion, je ne lui ai pas demandé". Peut-être s'agissait-t-il d'Octave Rabaté (Octave, son épouse Maria et René Amand assuraient la direction clandestine communiste dans la Vienne), ou de Boisseau, le représentant du Comité central du Parti communiste à Niort avec lequel les Rabate avaient repris contact).
Alphonse Rousseau est arrêté le 23 juin 1941 à son domicile par des Feldgendarmen et des inspecteurs français, dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich». Lire dans le blog l’article « L'Aktion Theoderich dans la Vienne », sur l’arrestation des 33 militant-e-s communistes et syndicalistes de la Vienne. Liste et récits des internements à Poitiers et à Compiègne.
Il est transféré au camp allemand de la Chauvinerie-Poitiers, puis au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 11 juillet 1941. Il y reçoit le matricule n° 1189.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Alphonse Rousseau est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942(1).
Il est affecté à Birkenau selon le témoignage de Raymond Montégut. "Il était notre doyen. Pour moi, il était "papa Rousseau"(2).
Alphonse Rousseau meurt à Auschwitz-Birkenau le 21 août 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1031). Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération porte toujours la mention «décédé le 15 septembre 1942 à Birkenau (Pologne)». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 27 janvier 1999), ceci étant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.

Une rue de Châtellerault rappelle sa mémoire (ci-contre, l'inauguration de la plaque de la rue Alphonse Rousseau. Photo coupure de journal). Emile Lecointre, arrêté en même temps que lui, interné à Compiègne, prononça l'allocution.
Son nom et celui des 3 autres Chatelraudais du convoi du 6 juillet 1942 morts à Auschwitz est inscrit sur la plaque apposée dans le hall de la mairie en « Hommage aux victimes de la guerre 1939-1945 de la commune de Châtellerault ».
  • Note 1. Le numéro matricule "46077 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il était donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves. Il ne figure plus dans mon ouvrage « triangles rouges à Auschwitz».
  • Note 2. Si Alphonse Rousseau est bien le doyen des Viennois, le doyen du convoi est Henri Berton, âgé de 56 ans (il est né le 20 juillet 1886).
Sources
  • Témoignages, de Maurice Rideau "46056" (20 oct. 1971) et de Raymond Montégut "45892" (27 novembre 1972.
  • Recherches de Raymond Jamain, de l’ADIRP de la Vienne, arrêté le 23 juin 1941 à Nantes, déporté à Sachsenhausen, (1973).
  • Recherches de Michel Bloch. Historien, professeur honoraire à l’université de Poitiers.
  • Lettre d’Emile Lecointe (23 février 1989) : souvenirs concernant 15 de ses camarades arrêtés avec lui le 23 juin 1941.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Tome 40, p. 376.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © André Gadioux et Maurice Pouron « ce que nous avons fait », historique du 32ème RI pendant la campagne 1914-1919 (Tours). P. 8.
  • Site « Vienne Résistance Internements Déportation » (http://www.vrid-memorial.com/), lire les nombreux articles consacrés à cette répression à l’encontre des résistants et maquis de la Vienne jusqu’à fin août 1944.
Biographie rédigée à l’occasion de l’exposition organisée en octobre 2001 par l’AFMD de la Vienne à Châtellerault, complétée en 2011 et 2016  par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com . Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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