L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PICARD Auguste




Auguste Picard est né le 8 juillet 1896 au domicile de ses parents à Saint-Léger, lieu-dit de la commune de Marigny-Brizay (Vienne). Il habite à Saint Ustres, commune d'Ingrandes-sur-Vienne (Vienne) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Alexandrine Couturier, 35 ans, sans profession et de Benjamin Picard, 43 ans, cultivateur, son époux. Il a deux frères (Roger, né en 1889, et Henri, né en 1894)  et une sœur, Germaine, née en 1900). Lors du recensement de 1901, la famille Picard habite au Châtelet, autre lieu-dit de Marigny-Brizay
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Marigny-Brizay, où il travaille comme cultivateur. Il a le permis de conduite moto.
Il mesure 1m 68, a les cheveux châtains foncé, les yeux bleus, le front moyen, le nez rectiligne et le visage rond. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1916, Auguste Picard n’est pas mobilisé par anticipation en 1915, comme la plupart des jeunes gens de sa classe, depuis la déclaration de guerre, car il a été classé dans la 5ème partie de la liste de 1915 et dans la première partie de celle de 1916. C’est donc le 6 septembre 1916 qu’Auguste Picard est incorporé au 169ème régiment d’infanterie. Le 12 février 1917, il « passe » au 82ème R.I. Le 11 août suivant, il est affecté au 147ème R.I. de ligne de Sedan. Le mardi 2 octobre 1918 il est intoxiqué par les gaz de combat lors de la prise de Marvaux-Vieux (Ardennes). Il est évacué vers l’arrière le 3 octobre. Ses services « aux armées » (au front) sont comptabilisés du 2 mars 1917 au 3 octobre 1918.
Le 2 septembre 1919, il est « envoyé en congé illimité de démobilisation », « certificat de bonne conduite accordé » par le dépôt du 32ème R.I. Il « se retire » à Marigny-Brisay le 20 septembre 1919.
Auguste Picard épouse Blanche, Marie Bussereau, le 25 septembre 1920 à Châtellerault (Vienne). Le couple aura six enfants.
Auguste Picard est embauché comme cantonnier par la Compagnie des chemins de fer d’Orléans (Paris-Orléans /P.O.) le 11 octobre 1920.
En septembre 1927, il est affecté à la 23ème section / 2ème subdivision du P.O, à la gare de La Tricherie, commune de Beaumont (Vienne), où il habite. Le 27 novembre 1930 il est nommé à la gare d’Ingrandes-sur-Vienne, où il habite. Il est le responsable du Parti communiste d’Ingrandes. 
La gare d'Ingrandes-sur-Vienne © Wikipédia
Il est dégagé de toute obligation militaire le 4 août 1934 (comme père de 6 enfants vivants / article 58 loi du 31 mars 1922). La carte du combattant lui est accordée le 13 août 1934. Il habite à Saint Ustres, commune d'Ingrandes-sur-Vienne, une petite maison de garde barrière. Auguste Picard est alors sous-chef de canton à Ingrandes pour la SNCF.
Pendant l'Occupation, il fait partie (avec Alphonse Rousseau et André Perrin) du groupe qui deviendra le "groupe Blanzat" des FTP de la Vienne. Il est homologué dans la Résistance à la date du 1er mars 1941.
Auguste Picard est arrêté le 23 juin 1941 à son domicile par des policiers français, dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich». Lire dans le blog l’article « L'Aktion Theoderich dans la Vienne », sur l’arrestation des 33 militant-e-s communistes et syndicalistes de la Vienne. Liste et récits des internements à Poitiers et à Compiègne.
Comme ses camarades, il est conduit au camp allemand de la Chauvinerie-Poitiers, et transféré le 11 juillet 1941 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Auguste Picard est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 (1). Il est affecté à Birkenau, selon le témoignage de Raymond Montégut. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
© Dessin de Franz Reisz, 1946
Auguste Picard meurt à Auschwitz-Birkenau le 2 septembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 926). Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération porte toujours la mention «décédé en 1942 (mois inconnu) à Auschwitz (Pologne)». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel 14 décembre 1997). Ceci était pourtant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts, sur la place à côté du cimetière d'Ingrandes.
  • Note 1. Le numéro "45982 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il était donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves. Il ne figure plus dans mon ouvrage « Triangles rouges à Auschwitz».
Sources
  • Recherches de Raymond Jamain, de l’ADIRP de la Vienne.
  • Témoignages de Maurice Rideau, 46.056, (2 octobre 1971).
  • Raymond Montégut (novembre 1972).
  • Recherches de Michel Bloch, historien, professeur honoraire à l’université de Poitiers.
  • Lettre d’Emile Lecointre (23 février 1989) : souvenirs concernant 15 de ses camarades arrêtés avec lui le 23 juin 1941.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © Site "VRID" Vienne Résistance, Internement, Déportation.
  • © Etat civil et Registres matricules militaires de la Vienne.
Biographie rédigée à l’occasion de l’exposition organisée en octobre 2001 par l’AFMD de la Vienne à Châtellerault, complétée en 2011 et 2016 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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