L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MORON Jacques Raymond


45901

Jacques Moron est né le 1er décembre 1920 à Châtellerault (Vienne), où il habite jusqu’à son arrestation. Il est tourneur sur métaux (usineur).
Jacques Moron est membre du secrétariat des Jeunesses communistes de Châtellerault. Le 2 février 1941 il se marie avec Suzanne Destouches de Naintré.
De 1940 à 1941, il est fait partie du triangle de direction clandestin des Jeunesses communistes avec Paul Bailly et Marcel Pilorget. Il participe avec d’autres jeunes communistes aux inscriptions sur le pont Henri IV, à l'occasion du 1er mai 1941.
Jacques Moron est arrêté le 23 juin 1941 à Châtellerault par des Felgendarmen et un inspecteur de police français. Cette arrestation s’inscrit dans la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich». Lire dans le blog l’article «L'Aktion Theoderich dans la Vienne», sur l’arrestation des 33 militant-e-s communistes et syndicalistes de la Vienne. Liste et récits des internements à Poitiers et à Compiègne.
Il est incarcéré au camp allemand de Poitiers-la Chauvinerie, puis est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstallag 122) le 11 juillet 1941 où il est immatriculé sous le numéro 1201.
Son nom figure sur la liste de recensement des jeunes communistes du camp de Compiègne aptes à être déportés "à l’Est", en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages.  

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jacques Moron est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
On sait qu'il a été immatriculé sous le numéro 45901 à son arrivée à Auschwitz, le 8 juillet 1942, grâce à la photo ci-dessus, identifiée par sa famille après 1945 et classée dans les archives de l'ADIRP de la Vienne (envoi de Jean Amand, fils de René Amand, 45167).
A Auschwitz-I, il est affecté au Block 15 avec Louis Cerceau qui a témoigné que sa mort se situe à la mi-septembre 1942.

Jacques Moron meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, tome 3, page 829). Comme 148 «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre et que la mort d’un nombre important d’autres détenus du camp est enregistrée à ces mêmes dates, on peut penser qu’ils sont morts gazés à la suite d’une vaste "sélection" interne des «inaptes au travail», opérée sans doute dans les blocks d’infirmerie.
Sa fiche d'état civil établie en France après la Libération (jugement du 28 février 1947) porte toujours la mention «décédé le 1er juillet 1942 en Allemagne». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 14 décembre 1997). Ceci était pourtant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Son nom et celui des 3 autres Chatelraudais du convoi du 6 juillet 1942 morts à Auschwitz est inscrit sur la plaque apposée dans le hall de la mairie en « Hommage aux victimes de la guerre 1939-1945 de la commune de Châtellerault ».

Sources
  • Recherches de Paul-Raymond Jamain, de l’ADIRP de la Vienne, arrêté le 23 juin 1941 à Nantes, déporté à Sachsenhausen, (1973).
  • Témoignages de Maurice Rideau, 46.056,
  • Recherches de Michel Bloch, historien, professeur honoraire à l’université de Poitiers.
  • Lettre d’Emile Lecointe (23 février 1989) : souvenirs concernant 15 de ses camarades arrêtés avec lui le 23 juin 1941.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site "les morts dans les camps".
  • Photo "Les Allemands sur la place d’armes à Poitiers" @ Médiathèque François Mitterrand de Poitiers (don de M. Gérard Simmat).
Biographie rédigée à l’occasion de l’exposition organisée en octobre 2001 par l’AFMD de la Vienne à Châtellerault, et complétée en mars 2012 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com . Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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