L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


TARNUS Jean, Louis




46129
Rescapé

Jean Tarnus est né le 7 mai 1914 aux cités Saint-Pierre à Bouligny (Meuse). Sa mère Christine Picard est ménagère, son père est mineur à Bouligny.
Jean Tarnus habite à Dommary-Baroncourt (Meuse) au moment de son arrestation. Il est mineur de fer à Amermont-Dommary. 
Le 11 juillet 1935, il épouse Rosa Adam. Le couple a deux enfants. Jean Tarnus est membre du Parti communiste.
A l’Occupation, il adhère au Front National (groupement de Bouligny) dès sa création (1). 
Le 21 juin 1941, des membres de la Gestapo l'arrêtent à son domicile, comme "détenu communiste sur ordre du BDS". Cette arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands, avec l’aide de la police française, arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (Verdun), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Après un court emprisonnement à Verdun, il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le 27 juin 1941 à Compiègne (Frontstalag 122). Il y reçoit le matricule 563. Georges Cogniot, qui sera «Lagerältester» (doyen du camp) pour l’administration allemande du camp jusqu’au 10 juin 1942, et dirigeant de l’organisation communiste clandestine, fait affecter Jean Tarnus aux cuisines (lire dans le blog : La solidarité au camp allemand de Compiègne). 


A Compiègne, Jean Tarnus fait partie du nouveau petit groupe des cuisiniers, avec Louis Eudier, Legal, Louis Morel, Gaston Mallard, Louis Richard, Georges Terrier), groupe désigné par Georges Cogniot (le «doyen» du camp pour les allemands, mais qui est également responsable de l’organisation communiste clandestine). Ce groupe de cuisiniers est mis dans le secret du creusement du souterrain : ils doivent pouvoir témoigner qu'ils sont incommodés par les odeurs émanant du puisard censé être bouché, et dont la réparation masquera le creusement du tunnel !
Le nom de Jean Tarnus figure sur la liste de recensement des jeunes communistes du camp de Compiègne aptes à être déportés "à l’Est", en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages.


Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jean Tarnus est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.


Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 46129. A Auschwitz, Jean Tarnus est affecté à la laverie et à la désinfection. Il y assure des liaisons utiles au comité clandestin de résistance. Lire dans le blog Un élargissement de la solidarité profite aux « 45000 » .

Ci-contre une page du carnet de Roger Abada. Dès sa libération au camp de Dora, celui-ci avait noté les éléments marquants de sa déportation. Sur cette page de son carnet figurent quelques-uns des membres du groupe français de Résistance à Auschwitz. Jean Tarnus y figure avec la mention "linge".

Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.
Le 28 août 1944, il fait partie du groupe de trente et un "45 000" qui sont transférés d’Auschwitz à Flossenbürg, où ils sont enregistrés le 31 août 1944. Jean Tarnus y reçoit le matricule 19.881. On ignore son itinéraire à partir de Flossenbürg (comme ceux de Stanislas Slovinski et Gabriel Torralba). Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
Jean Tarnus regagne la France, via Nancy le 30 mai 1945.
Il divorce en juillet 1948. Il habite Bouligny. Le titre de «Déporté Résistant» lui est refusé le 11 juillet 1956 : la commission départementale pour justifier son refus "s'étonne que l'intéressé ait pu subsister si longtemps à Auschwitz" ! 
Il se remarie à Bouligny le 13 février 1957 avec Marguerite Orcel. Jean Tarnus reçoit le titre de «Déporté politique» en 1959.
Jean Tarnus meurt à Montpellier (Hérault) le 14 août 1981.
  1. Le Front National est créé le 15 mai 1941.
  2. Louis Eudier, Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945, imprimerie Duboc, Le Havre. Charpentier de marine, Louis Eudier participa à l’étaiement du tunnel.
Sources
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), ministère de la Défense, Caen, et dossier individuel consulté au Val de Fontenay (ACVG) 1992 - novembre 1993, incluant les courriers des familles à Vichy et les réponses du représentant du gouvernement français auprès du haut-commandement allemand dans le Paris de l'Occupation, Fernand de Brinon (Brinon est nommé le 5 novembre 1940 ambassadeur de France auprès des Allemands, puis le 17 novembre suivant « délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés »).
  • Carnet de Roger Abada
  • Etat civil de la mairie de Bouligny (10 mars 1994).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen).
Biographie rédigée en avril 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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