L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


FEUVRIER Paul, Hyppolyte, Aimé

Lettre du 7 juillet 1941
Lettre du 7 juillet 1941 verso
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A Auschwitz, le 8 juillet 1942

Matricule 45538 à Auschwitz

Paul Feuvrier est né le 24 février 1898 à Vaucluse (Doubs). 
Il habite à Pont-de-Roide (Doubs) au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Cécile Girard et de Charles Feuvrier son époux.
Paul Feuvrier exerce successivement les métiers de cultivateur, électricien, marchand ambulant, puis polisseur sur métaux et habite à Maiche (Doubs) au moment du Conseil de révision. Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 67, a les cheveux châtain, les yeux bruns, le front vertical, le nez busqué, le visage ovale. Il a un niveau d’instruction n° 3 (possède une instruction primaire supérieure).
Conscrit de la classe 1918, Paul Feuvrier s’est engagé pour 4 ans le 28 mars 1917 à la mairie de Besançon. Il est affecté au 4ème Régiment de Hussards où il arrive le 31 mars 1917.
Il passe au 40ème Chasseurs d’Afrique le 10 février 1919 (en Orient du 17 août 1919 au 23 octobre 1919). Puis il passe au 3ème régiment de Spahis le 24 août 1919 (armée du Levant). Il est nommé brigadier le 21 septembre 1919. Du 24 octobre 1919 au 21 janvier 1921 il participe aux combats en Thrace et en Syrie. Il est cassé de son grade le 24 novembre 1919. Il passe au 11ème Spahis le 12 janvier 1921. Il est mis en congé illimité le 28 mars 1921 (certificat de « bonne conduite » refusé).
Il est marié avec Gabrielle Bédat. Le couple a quatre enfants (il parle dans ses lettres, de "ses 2 petites et de ses 2 grands").
En juin 1922 il habite aux « immobilières » à Pont-de Roide (Doubs).
En octobre 1923 au 17 rue de l’Industrie à Besançon.
30 juillet 1924, il est inspecteur d’assurance et habite au 59 rue des Arène à Dôle.
En novembre 1925, ils habitent cités Peugeot à Pont-de-Roide.
Il est reclassé au titre de la réserve à la classe 1912 (père de 3 enfants vivants) en 1934.
En mars 1936 la famille Feuvrier est domiciliée au 5 rue de Montbelliard à Pont-de-Roide.
Le 6 avril 1939, il est classé « affecté spécial » (tableau III), personnel de renforcement comme polisseur sur métaux au titre des Forges de Bologne (Haute-Marne).
Paul Feuvrier est membre du Parti communiste. Si, grâce à son registre matricule, on sait qu'il a été polisseur sur métaux aux forges de Bologne, il semble qu'il a été marchand ambulant pendant la guerre, ayant vraisemblablement perdu son emploi, avec la radiation de son affectation spéciale (quasiment tous les affectés spéciaux soupçonnés d'être syndicalistes ou communistes ont vu leur AS supprimée.
Pendant l’Occupation il est actif dans la clandestinité. Il diffuse des tracts et l’Humanité clandestine. Il est arrêté une première fois dans la deuxième quinzaine de janvier 1941. 
La Sureté au sous préfet à Montbeliard
Un rapport du commissaire de la police spéciale au sous-Préfet de Montbéliard signale, le 8 février 1941, "l'arrestation de 3 anciens communistes pour infraction au décret du 26 septembre 1939. Ils ont été écroués". Ce sont René Bordy, Paul Feuvrier et Roger Berne (1). Le 28 février 1941, le Tribunal correctionnel de Montbéliard le relaxe, malgré l’interjection du jugement le 1er mars par le substitut de Montbéliard, qui estime les condamnations insuffisantes «à l’égard des trois prévenus» (recherches effectuées par Mme Marguerite Socié (2). Mais Paul Feuvrier est arrêté une seconde fois le 22 juin 1941 à Audincourt, par la police française (fiche ACVG, Témoignage de Mme Bordy, et notes de l'abbé de la Martinière, ancien déporté, fondateur du Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon (1972). Cette nouvelle arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Paul Feuvrier est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 7 juillet 1941 en même temps que ses deux camarades, René Bordy et Roger Berne. Les 3 amis écrivent un petit mot à leurs proches depuis la gare du Nord, le 7 juillet 1941, à 10 h du matin : "Nous nous dirigeons sur Compiègne. Nous ne savons pas au juste pourquoi, ni pour combien de temps " (Roger, Paul et René). Paul Feuvrier écrit plusieurs lettres à sa femme depuis Royallieu : le 16 mars 42, il décrit une "Fête de la Mi-Carême" organisée pour "se remonter le moral". Il raconte comment les détenus sont punis pour avoir accompagné d'une Marseillaise le départ de certains d'entre eux qui vont être fusillés. Lettre du 10 avril 1942, transmise par « l'intermédiaire de Beaulieu », qui sera postée à Paris. Lettre du 16 juin 1942, où il annonce l'envoi de couvre-livres destinés à ses filles et confectionnés par ses soins. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages. 
Dernier signe de vie : une lettre commencée la veille du départ, et jetée du train, après Bar-le-Duc. Paul Feuvrier y décrit les wagons à bestiaux, la chaleur et la soif "le train manœuvre, je suis avec Lana. Le René (Bordy) est dans un autre wagon", et pour rassurer son épouse « maintenant, nous ne sommes plus des otages : il faut donc espérer » (les familles de René Bordy et Paul Février connaissent la mort de Roger Berne, extrait de Compiègne pour être fusillé). 
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Paul Feuvrier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45538.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Affecté à Birkenau, Paul Feuvrier meurt le 10 août 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 284).
L’arrêté du 19 avril 1996 portant apposition de la mention « Mort en déportation » sur les actes de décès, paru au Journal Officiel du 27 août 1996 reprend cette même date. 
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Pont-de-Roide.
  • (1) Roger Berne est fusillé le 15 décembre 1941, au Mont Valérien.
  • (2) Mme Marguerite Socié (« Mimi »), résistante, déportée à Ravensbruck. 
Sources
  • Renseignements communiqués par l’Abbé de la Martinière, fondateur du Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon (1972). -
  • Lettre de Mme Marguerite Socié, ancienne résistante (25 juin 1991).
  • Lettre de Mme Bordy à René Aondetto (1946), où elle lui demande s’il peut témoigner du décès de Paul Feuvrier à Auschwitz, sa femme n’ayant « pas de certificats, pas de témoignages de camarades ».
  • Lettres de Denis Folletete, secrétaire de la section communiste démocratique de Franche-Comté (25/11/1990).
  • Correspondance avec Mme Elizabeth Pastwa conservatrice au Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon (décembre 1988 et janvier 1991)
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés). -
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • "Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz" (n° d'ordre, date, matricule du 1.11.1942 au 150.7.1943.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Registres matricules militaires.
Biographie rédigée en avril 2011 et modifiée en novembre 2015 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

2 commentaires:

Jacky Tronel a dit…

Bonjour,
J'ai découvert votre site au cours d'une recherche relative au fusillé Roger Berne, arrêté avec René Bordy et Paul Feuvrier le 8 février 1941. Roger Berne a été fusillé comme otage le 15 décembre 1941, au Mont-Valérien, après un court séjour à la prison du Cherche-Midi. J'ai fait de cette recherche un article sur mon blog consacré à l'Histoire pénitentiaire et à la Justice militaire : http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/recherches/l-inconnu-de-la-prison-du-cherche-midi-fusille-au-mont-valerien-10089
Un lien pointe vers votre site, fort bien documenté par ailleurs.
Bien à vous, Jacky Tronel.

Segantini Emilien a dit…

Bonjour,
Je suis le petit petit fils de Roger Berne (sité dans votre article et ami de Paul Feuvrier et René Bordy), je voulais vous remercié pour ce site bien détaillé que j'ai du lire une vingtaine de fois.
Encore merci, Emilien Segantini.