L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


FAUDRY André Louis



45528
Rescapé

André Faudry est né à Maspich (Moselle) le 19 mai 1914. Il habite au 41 rue Louis Dupré à Saint-Maur-des-Fossés (ancien département de la Seine, aujourd’hui Val-de-Marne) au moment de son arrestation. André Faudry est alors monteur en chauffage central (artisan-chauffagiste). Il est marié avec Albertine. Le couple a deux enfants (Christiane). Ils habitent au 15 avenue Desgenettes à Saint-Maur-des-Fossés.
Militant communiste, André Faudry est trésorier puis secrétaire de sa cellule à St Maur. Après l'interdiction du parti communiste, en septembre 1939 et après l'occupation allemande, il poursuit son activité militante clandestinement, et diffuse des tracts. 
Il est arrêté à son domicile le 27 juin 1941 par des policiers français, en même temps que son frère, lui aussi résidant à Saint-Maur. Le motif de cette arrestation porté sur son dossier individuel (au DAVCC à Caen) est « confection et distribution de journaux clandestins et collage d’affiches ». Son épouse pense qu’il a été dénoncé. Mais André Faudry est bien connu des Renseignements généraux qui surveillent particulièrement  les militants communistes. 
Extrait de la liste des RG du 27 juin 1941, montage à partir du début de la liste
La liste des RG répertoriant les communistes internés administrativement le 27 juin 1941, mentionne pour André Faudry : « Meneur particulièrement actif ». Soarrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes connus dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Le soir même André Faudry est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). A Compiègne, il reçoit le matricule 493.
Il figure sur la liste de recensement (décembre 1941) des communistes du camp de Compiègne nés entre 1912 et 1922 « aptes à être déportés à l’Est », en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC IV 198). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
André Faudry en 1945
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
André Faudry est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45528. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. 

Il est un des membres du groupe français de Résistance au sein du Comité international créé par des communistes autrichiens. Il est placé comme aide-infirmier au Revier de Birkenau, avant d’être transféré comme infirmier à Auschwitz I. (ci-contre une page du carnet de Roger Abada, où celui-ci a noté dès sa libération les noms des "45.000" de ce groupe. "Faudry : hôpital", peut-on lire).
Comme la quasi-totalité des Français survivants, André Faudry est affecté au Block 11, du 14 août 1943 au 12 décembre 1943 (Lire l'article du blog "les 45000 au block 11). Pendant la quarantaine au Block 11, il peut écrire à sa femme.

A sa sortie du Block 11 il est à nouveau infirmier au Revier du block 19. Maurice Cling, jeune Juif déporté de Drancy à l’âge de 15 ans, considère qu’il lui doit - avec d’autres - la vie, parce qu'il l'a pris comme aide au Revier. Il raconte son arrivée au Block 19 en janvier 1944 et sa rencontre avec André Faudry « Le docteur Klotz m’annonce sans explication que je suis transféré au premier étage (…). André est un « 45000 », un « triangle rouge », c'est un homme jeune, sympathique, qui est le chef de la grande salle où j’entre maintenant, très intimidé. Pour moi qui n’ai connu jusqu’à présent aux postes de responsabilité que des Polonais ou des Allemand, c’est une découverte. D’ailleurs comment ne trouverai-je pas sympathique le compatriote « politique » qui m’annonce que je suis recruté ici pour assurer diverses tâches de nettoyage, de distribution de la nourriture, etc… Mon rêve réalisé, tout simplement ! Je reçois une tenue rayée. »
André Faudry demeure dans le camp jusqu'au bout, évitant l'évacuation en se cachant dans les soutes à charbon, en compagnie d'Eugène Garnier, lors du dernier transfert. René Besse - à qui il a proposé d'en faire autant : "reste avec moi René, on va se cacher dans les soutes à charbon. Les Russes seront bientôt là" - préfère partir. René Besse ne sera  libéré que le 13 avril, après de terribles épreuves. Pour sa part, André Faudry est libéré le 27 janvier 1945 par les armées soviétiques. Il regagne la France le 15 mai.
Toute sa vie, il souffrira de violents maux de tête, consécutifs aux coups à la tête reçus à Auschwitz. Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué et il a été homologué adjudant au titre de la Résistance Intérieure Française (Front national de lutte pour la libération et l'indépendance de la France). Il est l'un des membres fondateurs de l'Amicale d'Auschwitz, avec Eugène Garnier.
André Faudry est mort le 14 septembre 1970.

Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par sa veuve aidée par André Montagne (novembre 1987).
  • « Un enfant à Auschwitz » Maurice Cling, pages 163-165. Editions de l’Atelier. Paris 2008.
  • Archives de St Maur (Madame A. Thouvignon, archiviste) octobre 1988.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en 1992).
  • Renseignements apportés par un courriel de sa fille, Mme Christianne Bocchini (mars 2005).
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, Liste des militants communistes internés le 26 juin 1941.
Biographie rédigée en janvier 2001 (complétée en 2011 et 2016) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de « Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel àdeportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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