L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


VERGUA Marceau, Charles, Henri

Plaque en Mairie



Marceau Vergua, ©  Musée de Montreuil
Marceau Vergua est né le 7 août 1896 à Blois (Loir-et-Cher).
Il est le fils d’Elizabeth, Pascalie Renaud, 18 ans, journalière et de Charles Vergua, 24 ans, jardinier.
Depuis 1922, il habite au 35 bis rue Emile Raynaud à Montreuil (ancien département de la Seine - aujourd’hui Seine-Saint-Denis). Lors de sa deuxième arrestation il donne comme adresse le 14 rue du Général Galliéni à Montreuil.
Marceau Vergua a un frère cadet (Ismaël, né le 1er septembre 1898) et 2 sœurs cadettes (France, née le 23 avril 1900 et Lucienne, née le 9 août 1901), cf. note 1.
Marceau Vergua travaille comme boulanger au moment de son service militaire. Conscrit de la classe 1916, il est mobilisé par anticipation (avril 1915) comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre, et il est incorporé au 113ème régiment d’infanterie le 12 avril 1915 à la 25ème compagnie, groupe 6 à Chevilly, Loiret (1). Le 9 juin, l’instruction terminée, il « passe » à la 5ème section de C.O.A (commis et ouvriers militaires d’administration) affectée au 5ème corps d’armée (station magasin des Aubrais, ouvrier boulanger, 5ème section de COA) d'après un carnet qu'Alfred Renaud (famille de sa mère) détenait depuis la guerre de 1914/1918 (1).
Le 11 mars 1918, Marceau Vergua « passe » au 8ème régiment d’infanterie coloniale. Il part avec l’armée d’Orient le 21 mai. Le 10 octobre 1918, il passe au 37ème régiment d’infanterie coloniale, en occupation en Bulgarie (la Bulgarie a signé l’armistice le 30 septembre 1918), puis en Roumanie. Le 1er juin 1919, il « passe » au 4ème R.I.C. avant sa démobilisation. En octobre 1921, la 4ème commission de réforme de la Seine lui accorde un taux d’invalidité (inférieur à 10 %) pour des séquelles de paludisme. 
Il devient membre de l’ARAC (Association républicaine des Anciens combattants, fondée par Henri Barbusse).
Marceau Vergua épouse Anna, Adélaïde Riquebourg le 11 février  1921 à Montreuil.
Il est employé municipal à la voirie. 
Syndicaliste il est en 1924 et 1926, archiviste (2) du syndicat des employés et ouvriers des communes de la Seine. 
Il est gérant de la Maison du Peuple de Montreuil jusqu'en mars 1934. En novembre 1934, il gère la Coopérative du Haut-Montreuil, et s'occupe de la société "Etoile de Montreuil". Marceau Vergua est membre du Parti communiste (cellule des communaux). 
Le 10 octobre 1936, il présente le rapport sur le syndicalisme à la conférence de rayon de Montreuil.
Il est contrôlé par la police le 19 février 1940. Le 5 octobre 1940, il est arrêté par la police française pour « propagande communiste clandestine » (note blanche des "Renseignements généraux"). Cette arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la Seine (élus, cadres du parti et de la CGT). Marceau Vergua est interné avec ses camarades, au camp de « séjour surveillé » d’Aincourt, en Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d’Oise), ouvert spécialement, en octobre 1940 pour y enfermer les communistes arrêtés.
Libéré, il est arrêté une seconde fois après avoir été pris en filature par la police française. Il est condamné le 26 avril 1941 par la 15ème chambre correctionnelle à deux mois de prison. 

Il est ensuite interné administratif au camp de « séjour surveillé » de Rouillé. Il est le n° 180 de la liste des internés du camp de Rouillé transférés à la demande des autorités allemandes au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le 22 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marceau Vergua est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Dessin de Franz Reisz, 1946
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro « 46187 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage « Triangles rouges à Auschwitz».
Marceau Vergua meurt à Auschwitz, le 3 octobre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1275).
Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération porte toujours la mention «décédé le 31 juillet 1942 à Auschwitz ». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 8 juillet 2001), ceci étant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Plaque en mairie de Montreuil
Marceau Vergua est homologué "Déporté politique". Son nom figure sur la plaque commémorative apposée en Mairie et intitulée "Honneurs aux communistes de Montreuil tombés pour une France libre forte et heureuse".
  • Note 1 : In arbre généalogique de Mme Anne Renaud-Kalasz (© Généanet).
  • Note 2 : Dans les statuts du syndicat, le Conseil syndical élit en son sein un Bureau syndical composé  d’un secrétaire, d’un secrétaire adjoint, d’un trésorier, d’un trésorier adjoint et d’un archiviste documentaliste.

Sources
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 43, page 143.
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne le 22 mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42).
  • FNDIRP de Montreuil : lettre de Daniel Tamanini du 23 avril 1989, qui le mentionne.
  • Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).

  • © Photo de Marceau Vergua, Musée de l’Histoire vivante, Montreuil.
  • Registre matricule militaire de la Seine, classe 1916, 4ème bureau, volume 3501-4000. 
  • © Généanet, plaques commémoratives en mairie de Montreuil.
Biographie rédigée en décembre 2010 (complétée en 2016) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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