L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BEUDOU Jean

45242

Jean Beudou est né le 22 avril 1907 à Bordeaux (Gironde). Il habite 103 rue Emile Combes à Talence (Gironde) au moment de son arrestation. Il est marié, père d’un garçon. Ebéniste de métier, il s’est reconverti après la crise économique comme ajusteur dans une usine métallurgique de Bordeaux.
Il est communiste et syndicaliste de la CGT. Il est arrêté en 1939, à son travail, par la police française, "pour propagande antigouvernementale", ainsi que tous les membres de sa cellule communiste. Il est interné aux camps de Gurs (Basses-Pyrénnées) et de Mérignac (Gironde).
Libéré, il est arrêté pour la seconde fois le 20 octobre 1940, à son usine de Bordeaux, par des policiers français de la tristement célèbre "Brigade Poinsot"(1), pour ses activités politiques connues. Une vague d’arrestations commencée vers la fin octobre 1940 emprisonnera une centaine de militants communistes de la région bordelaise, parmi lesquels trois d’entre eux seront déportés avec lui dans le convoi du 6 juillet 1942 : Gabriel Torralba, Gabriel Eustache et Jean Beudou.
Parmi les communistes arrêtés se trouvent aussi le frère de Gabriel Eustache, le père et les frères de Gabriel Toralba, et Jean Bonnardel secrétaire de section qui sera fusillé au Camp de Souge à l’âge de 38 ans (avec 49 autres militants les 23 et 24 octobre 1941). Jean Beudou est interné au fort du Hâ, ancienne forteresse située à Bordeaux qui fut utilisée lors de l'occupation allemande comme prison pour les opposants politiques et les membres de la Résistance. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), en avril ou mai 1942, en vue de sa déportation comme otage.
A Compiègne, il est affecté à la chambre N°3, bâtiment A1. Le 5 mai 1942, un banquet de solidarité s’y est tenu, préparé à partir des colis reçus par certains internés. Pour y participer, on payait une quote-part : les « bénéfices » étaient répartis entre les plus démunis (les sans-famille, les sans-colis, ceux dont la famille était elle-même sans ressources). Le menu du repas fraternel conservé par Gabriel Torralba, porte la signature de Jean Beudou.
Jean Beudou est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45242 (la photo d’immatriculation portant ce numéro a été identifiée par son fils).
Jean Beudou meurt à Auschwitz le 22 août 1942 d’après les registres du camp (Death Books from Auschwitz). Néanmoins, son état civil établi dans les années d'après guerre repris par l’arrêté du 21 Juillet 1987 portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes de décès et paru au Journal Officiel du 9 septembre 1987, portent néanmoins une autre date "mort à Auschwitz le 15 août 1942" (jugement déclaratif de décès). Afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés, l’état civil français n’ayant pas eu accès dans les années d'après-guerre aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques, a fixé celle-ci à une date fictive (le 1er, 15 ou 30 d'un mois estimé sur la base du témoignage d'un de ses compagnons de déportation, ici Gabriel Torralba). Jean Beudou est homologué « Déporté politique ».

Note (1) Pierre Napoléon Poinsot, commissaire aux Andelys et à St Lô en 1936 où il se fait remarquer par un anticommunisme effréné. Muté à Bordeaux en 1938 dans la police spéciale de la préfecture, il est affecté au commissariat de la gare Saint-Jean (…) où il se lance dans la chasse aux communistes, qu'ils soient militants ou sympathisants. A l’Occupation, grâce à l'appui de Reige, directeur de cabinet du préfet, Poinsot reste à Bordeaux, malgré un avis défavorable de sa hiérarchie. Il organise la S.A.P (section des activités politiques) : sa « brigade Poinsot » devient le numéro un des services allemands pour la chasse aux communistes, gaullistes et résistants. Extraits de l’ouvrage de René Terrisse

Sources
  • Lettre de Paul Beudou, son frère (22 juin 1990).
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par Christian Beudou, son fils (26 septembre 1990) à partir des souvenirs de Paul Bedou.
  • Lettres de Christian Beudou, son fils (août 1990).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Correspondance de M. M. Larrue, adjoint au maire de Talence, (29/6/90).
  • Extraits de « La Gironde sous l'Occupation. La répression française. Bordeaux 1940 - 1944 » de René Terrisse.
  • Site internet de l’Amicale de Chateaubriant-Voves-Rouillé.
  • Site internet Mémorial «GenWeb ».
  • Fascicule Premier, 1940-1941 d'Henri Chassaing et Georges Durou, 1991.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (avril 1992).
Biographie rédigée en novembre 2010 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
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