L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BEDET Louis, Georges, Roger



Matricule "45220" à Auschwitz

Louis Bedet est né le 19 juin 1895 à Bettaincourt-sur-Rognon (Haute-Marne), fils de Louis Bedet et de Louise née Leneveu. Il habite à Vecqueville (Haute-Marne) au moment de son arrestation.
Ancien combattant de 14/18, engagé volontaire, il est caporal au 102ème d’Infanterie, puis au 156ème. Il est hospitalisé à la date du 21 août 1915. Il est gazé en 1916, évacué et hospitalisé le 17 novembre 1917. Il a connu le « Mort-Homme » et le « chemin des Dames ».
Louis Bedet s’est marié à Boulaincourt (Vosges), le 31 juillet 1920 avec Marie Dussange. Le couple a deux garçons. Louis Bedet est ajusteur d’entretien aux usines Ferry-Capitain de Bussy-Joinville. Dans cette même usine travaillent également Georges Collin, Edmond Gentil, Bernard Hacquin et Louis Thiéry qui seront également arrêtés et déportés dans le convoi du 6 juillet 1942.
Militant syndicaliste, il est adhérent CGT (carte n° 31460 de la Fédération des Chemins de fer). En juin 1936 il est à la Fédération CGT des Métaux (n°2738473). Il dirige les grèves de 1936. « Le patron ne pouvait garder le loup dans la bergerie. Il en fut de même pour moi, qui fus sur les listes du STO à 18 ans » écrit son fils Jean Bedet. Membre du Parti communiste, “Il avait - écrit son fils - le coeur communiste, un vrai“. Il l’avait quitté en 1938. En 1940, il a tout fait pour s’engager, «révolté par la drôle de guerre».
Louis Bedet est arrêté le 23 juin 1941 à Vecqueville, par les polices allemande et française, avec Georges Collin (45387), Albert Bernardin et Joseph Lapoire. Cette arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (la prison de Chaumont pour la Haute-Marne. (Photo ci-dessus camions allemands à Chaumont), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Louis Bedet est écroué à la prison de Chaumont, avant d’être interné à Compiègne, où il participe au creusement du célèbre tunnel qui permit l'évasion de 19 responsables communistes le 22 juin 1942. Il l’écrit dans une lettre lancée par dessus le mur à Compiègne, mais « il avait eu peur des représailles sur la famille et avait préféré rester ». Lire dans le blog : 22 juin 1942 : 19 internés s’évadent du camp de Compiègne par un souterrain
Louis Bedet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941
Louis Bedet est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45220.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Louis Bedet meurt à Auschwitz le 3 octobre 1942, d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in « Death Books from Auschwitz » Tome 2, page 62). Le jugement déclaratif de décès établi au lendemain de la Libération (7 novembre 1946), n’avait pu fixer de date, mais l’avait déclaré décédé, puis « mort pour la France ». Lorsque le ministère a fait procéder à l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 25 avril 2008), il a été ajouté à l'acte de décès "décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz, et non décédé sans autre renseignements», soient les 5 jours prévus par le décret après le départ du convoi. Il était pourtant possible d'inscrire la vraie date, puisque dl'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz date de 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Louis Bedet a été déclaré "Mort pour la France", le 9 octobre 1947. Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué (n°1157 0400). Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Vecqueville
Un de ses fils qui s’était réfugié en zone libre en 1941, s’est engagé dans l’armée de l’armistice, puis au maquis de Haute-Savoie à l’arrivée des Allemands. Il est co-auteur du livre « les Glières ». Son autre fils, Jean, réfractaire au STO, rejoint son frère au maquis des Glières. Il est fait prisonnier après l'attaque du maquis des Glières (1944). Deux blessures. Convoyé en train en direction d’un camp de la mort, dans la nuit du 13 au 14 août 1944, il parvient à s'évader. Il est «Interné résistant ».

Sources
  • Lettre de son fils, Jean Bedet (15 avril 1992).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Blog du club Mémoires 52, association de recherches historiques consacrées au département de la Haute-Marne, créée, en 1991, par Jean-Marie Chirol (1929-2002).
  • Site internet Mémorial «GenWeb» (Stéphane Protois).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • © Photo "des allemands sur le stade Voltaire" in www.ville-chaumont.fr/1944
Biographie rédigée en novembre 2010 (modifiée en juin 2011) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: