L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


ROUX Pierre, Cyprien, André


Matricule "46257" à Auschwitz

Pierre Roux est né le 27 décembre 1921 à Dadonville (Loiret). Il habite à Pithiviers-Dadonville (Loiret) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Albertine, Ernestine, Fernande Montigny et de Charles, Jules, Roux cultivateur, son époux. Il est célibataire et travaille comme ouvrier boulanger.
Pendant l'Occupation, Pierre Roux qui travaille comme boulanger à Saint-Maur-des-Fossés où il a été adhérent de la Jeunesse communiste (cf. fiche d’otage allemande et témoignage de son frère Raymond), diffuse des tracts communistes appelant à la Résistance. Pierre Roux est en effet engagé dans l'action clandestine, comme son ami Henri Gaget avec lequel il entretiendra une correspondance depuis la prison d’Orléans (né comme lui à Dadonville, fermier à Pithiviers, ex-secrétaire de la section du PCF de Pithiviers, Henri Gaget est arrêté le 22 juin 1941 et interné au camp de Compiègne) et qu’il retrouvera au camp de Compiègne. 
Fiche d'otage de Pierre Roux 
Des policiers allemands arrêtent Pierre Roux le 29 mars 1941 pour "propagande communiste" à Pithiviers (selon son frère et sa fiche au DAVCC). Toutefois selon sa fiche d'otage (C.f. document ci-contre), il est arrêté le 31 mars 1941 à Montargis sur ordre des autorités allemandes pour « distribution de tracts communistes après l’Armistice » et jugé par la cour allemande spéciale d'Orléans qui le condamne à trois mois de prison. Remis aux autorités françaises, il est incarcéré à la prison d'Orléans.
Une lettre en date du 7 juin 1941 de Pierre Roux à Henri Gaget, nous apprend que la ferme de celui-ci a été perquisitionnée : « J’ai appris par Raymond que des inspecteurs d’Orléans avaient été perquisitionner chez toi au Bourgneuf, ainsi que celui d’Octave et de Baillard, mais que cette perquisition n’avait donné aucun résultat ».
Pierre Roux qui avait espéré être libéré en juillet, a appris qu’il y avait des camps pour les Juifs à Pithiviers et Beaune-la-Rolande, écrit le 14 septembre 1941 à son camarade Gaget : « Toutes ces choses là sont des mesures « humanitaires ». Malgré mon espoir, j’ai bien peur d’aller dans un de ces camps destinés à nous. Je n’en serais pas du tout étonné ».
Il est interné administrativement au camp français de Rouillé, après la date du 14 septembre 1941 (courrier à Henri Gaget depuis la prison)..
Transféré depuis le camp de Rouillé le 18 avril 1942, Pierre Roux arrive au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122) le 20 avril, dans un transfert d’internés du camp français de Rouillé, où il a été malade. 
Arrivée à Compiègne
Le 21 avril Pierre Roux écrit à sa famille (lettre non censurée) qu’il a changé de camp et se trouve à Compiègne : il a le matricule « 3873 » et se trouve au Bâtiment A6 avec Henri Gaget. Il donne des détails concernant les envois de courriers et de colis. A propos de ceux-ci, il recommande de prendre « des renseignements auprès de la famille d’Henri. J’ai retrouvé avec joie ce bon camarade Henri, qui lui aussi se porte bien. J’ai retrouvé aussi deux petits camarades de Montargis que j’ai connus à Orléans : si vous répondez, ne faites pas allusion à cette lettre ».
Le même 21 avril son ami Henri Gaget annonce son arrivée à sa propre famille.
"J'ai eu la surprise hier de voir arriver Pierre : nous l'avons pris dans notre groupe, ainsi il mange avec nous et couche dans la même que moi. Je ne l'ai pas trouvé changé. Il a plutôt épaissi, il se porte bien et ne se ressens plus de sa maladie".
Henri Gaget annonce à sa famille l'arrivée de Pierre Roux à Compiègne

Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. 
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Dans une lettre qu'il jette sur le ballast, Henri Gaget mentionne la présence de son copain Pierre Roux : "Nous sommes 1200 dans ce train, avec 4 jours de vivres, et d’autres en réserve en plus dans le train. Pierre est de la partie naturellement, mais pas dans le même wagon".
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Pierre Roux est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942. 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  
Dessin de Franz Reisz, 1946
Pierre Roux est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46257". 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, comme Pierre Roux restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Il entre à l'infirmerie de Birkenau le 3 novembre 1942, en même temps que Marcel Lavall d'Aubervilliers.
Pierre Roux meurt à Auschwitz le 21 janvier 1943 d’après le certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1031). Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.
Musée de Lorris. Hommage à Henri Gaget et Pierre Roux
Un panneau du musée de la Résistance de Lorris consacré à la traque des membres du Parti communiste, lui rend hommage, ainsi qu'à son camarade Henri Gaget.
Il a été déclaré "Mort pour la France". Son nom est gravé sur le monument aux morts de Dadonville. 4 jeunes de Dadonville ont été déportés (Cécile Painchault, morte à Rawensbruck, Henri Gaget et Pierre Roux morts à Auschwitz et André Robillard mort à Buchenwald). La commune leur rend hommage chaque année le 8 mai.

Son nom et celui d’Henri Gaget sont gravés sur le monument aux déportés, rue Serge Degrégny (résistant fusillé en 1944) à Pithiviers. 

Sources
  • Renseignements communiqués par son frère, Raymond Roux.
  • "Ceux du groupe Chanzy". André Chène (Librairie Nouvelle, Orléans 1964, brochure éditée par la Fédération du Loiret du Parti communiste.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Division des Archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC) Ministère de la Défense, Caen / indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Lettres de Pierre Roux et Henri Gaget : envois de ©  Mme Muriel Ugon, nièce d'Henri Gaget (juin 2016).
Biographie rédigée en novembre 2007 (complétée en juin 2016) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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