L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


NOURRY Gustave, Marcel, Louis, Joseph




Gustave Nourry à Auschwitz
Matricule 45930 à Auschwitz

Gustave Nourry est né le 12 mars 1890 au domicile de ses parents à Guérigny (Nièvre). Il habite au 7 rue Pascal à Chalette-sur-Loing (Loiret) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie Lavache, 27 ans, sans profession et de Hubert Nourry, 29 ans, lamineur, son époux.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Guérigny au moment du conseil de révision et travaille comme ouvrier de Marine Pilonnier aux « Forges de la Chaussade ». Il sera chaudronnier ultérieurement. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1910 (matricule 608), Gustave Nourry est appelé sous les drapeaux fin septembre 1911. Il est incorporé au 90ème régiment d’infanterie le 1er octobre 1921 pour une durée de deux ans. Il est réformé temporairement par la commission spéciale de Châteauroux le 13 octobre pour « musculature insuffisante ; maladie antérieure à l’incorporation ». La commission de réforme de Nevers du 26 août 1912 le « rappelle à l’activité ». Il est « classé dans le service auxiliaire, pour musculature insuffisante, sans que la constitution générale soit douteuse » le 4 septembre 1912. Il arrive au corps le 15 octobre 1912. Il « passe » à la 9ème section de secrétaires d’état-major le 11 octobre, où il arrive le 15 du mois.
Il est maintenu « service auxiliaire »  pour une deuxième année le 18 septembre 1913 par la CR de Châteauroux. Cette décision est maintenue par la même commission de réforme le 19 décembre 1914, après le décret de mobilisation générale.
Le 10 avril 1915, il épouse Mlle Proteau à la mairie de Guérigny.  Le couple a une fille.
Le 20 octobre 1915, il est « classé non affecté », comme aide-ouvrier aux Forges de la Chaussade à Guérigny, où il va travailler jusqu’en 1920. Le 8 juin 1920 il est « congédié » de cette entreprise (peut-être a-t-il participé aux grèves de mai lancées par la CGT et a été licencié) et se trouve alors réaffecté au 13ème régiment d’infanterie pour la réserve de l’armée active (« certificat de bonne conduite accordé »). Le 1er septembre 1920, il habite à Déols (Indre), commune limitrophe de Châteauroux.
Après son licenciement, il est embauché en qualité de manœuvre à la Compagnie des Chemins de fer d’Orléans (P.O.) à Châteauroux : il est à ce titre « affecté spécial » au titre de la 3ème section des chemins de fer de campagne, pour la réserve de l’armée de Terre. Décision du 9 décembre 1920 (en cas de conflit armé, il serait mobilisé à son poste de travail).  Ayant quitté le Paris Orléans, il est rayé de « l’affectation spéciale » pour l’armée en août 1921 et réaffecté au 2ème RI de Nevers.
La rue qui mène chez Hutchinson porte son nom
Le 7 février 1925, il habite place Lavoisier, quartier de Vésine, à Châlette-sur-Loing (Loiret), et au moins jusqu’au 5 mars 1936 (date portée sur son registre matricule militaire), il travaille comme ouvrier à l'atelier d'entretien Spreading (encollage des tissus) aux usines de pneumatiques Hutchinson de Châlette. Bon musicien, il fait partie de l'harmonie de l'usine (il joue du piston). Il est plus que vraisemblable qu'il ait participé à la grève du 4 au 7 juin 1936 chez Hutchinson :  
Hutchinson © ville de Châlette
membre du Parti communiste, il est secrétaire d'une cellule d'Hutchinson. 
Un jeune communiste, Paul Chenel, arrêté en 1941, et qui sera déporté lui aussi à Auschwitz, a également travaillé chez Hutchinson à Châlette.
Toutefois, s’il est possible qu’ils se soient connus, ce sera seulement après l’occupation allemande 1940 (Paul Chenel a alors 19 ans). En effet Gustave Nourry a quitté Châlette et l’usine Hutchinson le 15 janvier 1938 (date portée sur son registre matricule militaire) et travaille à l’Atelier de construction Hutchinson de Bourges, 22 avenue Jean Jaurès.
Classé « sans affectation » le 6 avril 1938, il est « maintenu en usine » lors de la première mobilisation de 1938 (crise des Sudètes).
Le 10 novembre 1938, il est classé « affecté spécial » au titre des établissements Hutchinson, vraisemblablement à nouveau à Châlette (au moment de son affectation, il habite 7 rue Pascal à Chalette-sur-Loing). Gustave Nourry est maintenu « affecté spécial, pour une durée indéterminée », le 15 juin 1940.  
A l'Occupation, à la suite de distributions de tracts et de collages de papillons dans la ville, il est arrêté en mars 1941 par la police française avec plusieurs autres militants. Tous sont relâchés au bout de quelques jours.
Gustave Nourry est arrêté à nouveau le 22 juin 1941 dans un café à Chalette par des policiers français et allemands, dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom « d’Aktion Theodorich », les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Cachet du Frontstalag 122
Gustave Nourry est conduit à la prison d'Orléans, puis au camp de Rouillé. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne. Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Dans une lettre jetée sur le ballast le 6 juillet 1942, Henri Gaget demande à sa famille de donner des nouvelles aux proches de certains de ses camarades qui sont dans le même wagon que lui, dont Gustave Nourry : "à sa femme, Mme Nourry à Vésines par Châlettes-sur-Loing (Loiret)".
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation

Gustave Nourry est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est immatriculé le 8 juillet 1942
Gustave Nourry est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45930. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Il meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942, d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 867). Cette date correspond aux jours qui suivent une « sélection » des « inaptes au travail » destinés à être éliminés dans les chambres à gaz de Birkenau.
Son acte de décès porte mention "Mort pour la France" (1946) et toujours une autre date «décédé le 19 octobre 1942 à Auschwitz », ce que n'a pas corrigé l'’arrêté paru au JO du 3 juillet 1995 en y portant apposition de la mention « Mort en déportation ». Il serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d'après guerre sur les état civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l'ouvrage "Death Books from Auschwitz" publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
A Chalette, la rue conduisant aux Etablissements Hutchinson a reçu son nom.
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par Andrée Cosson, sœur d'André Roy et compagne de Roger Pélissou (janvier 1988).
  • Avis de décès N°101 du 10 décembre 1946.
  • Lettres de Mme Nourry, décédée en 1988. Sa fille a également disparu.
  • Lettre témoignage d'André Roy à Roger Pélissou, envoyée par celui-ci à Roger Arnould (4 janvier 1979).
  • Lettre de Roger Arnould à Roger Pélissou, après sa rencontre avec André Roy, alias "coco" (2 mars 1979).
  • "Ceux du groupe Chanzy". André Chène (Librairie Nouvelle, Orléans 1964, brochure éditée par la Fédération du Loiret du Parti communiste.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). "Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948", établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz (N°31815 et 260).
  • « Des plaques racontent la vie des résistants » in « Annales noires »
  • Registres matricules militaires de la Nièvre.
  • Lettre jetée du train par Henri Gaget. Envoi de sa nièce Mme Muriel Ugon.  2016.
Biographie rédigée en novembre 2007, complétée en 2016, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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