L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GAUDRY Raymond, François, Charles


Raymond Gaudry le 8 juillet 1942

Matricule "45578" à Auschwitz


Raymond Gaudry est né le 4 mai 1997 à Sennely (Loiret). Il habite au 45 rue Landreloup à Orléans (Loiret) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Philomène, Félicité, Chausseron, 21 ans, sans profession et de Jules, François Gaudry, 29 ans, jardinier, son époux.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite à Vannes-sur-Cosson, où il travaille comme domestique agricole au moment du conseil de révision.
Il mesure 1m 54, a les cheveux châtain clair et les yeux gris, le front et le nez moyens, le visage ovale.
Conscrit de la classe 1917, Raymond Gaudry devance l’appel et s’engage le 22 mars 1915 à la mairie d’Orléans. Affecté au 143ème régiment d’infanterie, cantonné à Aix-Noulette (Pas-de-Calais), où il effectue des travaux offensifs en face de Carency. Il arrive au corps le 23 mars. Après deux mois de classes, il est affecté au 176ème régiment d’infanterie. Six jours plus tard, son unité embarque en renfort de l’Armée d’Orient engagée aux côtés des anglais aux Dardanelles à Sedd-Ul-Bahr (pointe de la presqu’île de Gallipoli, côte européenne de Turquie). Le débarquement a lieu le 15 mai. Le 176ème y restera jusqu'au 30 septembre. Le 6 juillet suivant, il est évacué pour maladie sur l’hôpital n° 2 de Mondou (S9/410). Il rejoint son unité le 23 juillet.
Médailles d'Orient, Dardanelles, Serbie
Le 24 octobre 1915, il est « blessé par balle à la jambe droite » (fracture du fémur) lors de l’offensive de Dobropolje contre l’armée bulgare, à Rabrovo (aux environs du village de Piravo sur la cote 510). Il est alors évacué sur l’ambulance n° 4 de Stroumitza (23/224).
Le 9 novembre 1916, il est évacué sur Salonique où il entre à l’hôpital chirurgical flottant le « Charles Roux », un navire de la Compagnie Générale Transatlantique transformé en hôpital en 1915 et arrivé à Salonique le 2 novembre. Le 12 novembre, il est admis à terre à l’ambulance n° 2 de Gurgueli. Le 21 janvier 1916 Raymond Gaudry embarque sur le navire-hôpital « Sphinx » à destination de la France, où il débarque le 25 janvier à Nice (Alpes-Maritimes). Il est admis à l’hôpital temporaire n° 14, installé dans le « Grand Hôtel » au 10 avenue Félix (550 lits). Le 11 juillet 1916, il est classé « service auxiliaire » par la commission de réforme de Nice. Le 12 juillet il a une permission d’un mois. Pendant cette permission, il est changé de régiment le 4 août et est affecté au dépôt du 121ème régiment territorial d’infanterie. Il rentre au dépôt à Béziers le 13 août 1916. Le 5 juillet 1917, peu avant la dissolution des 3 bataillons du 121ème RTI terriblement réduits par les combats, Raymond Gaudry est dirigé à nouveau sur l’armée d’Orient « en passant par l’Italie » (le détachement du 121ème est chargé de la garde de la ligne Vintimille-Trente). Le 15 août 1917, il passe au 15ème escadron du Train, puis est rattaché au 16ème escadron du Train le 4 novembre. Le 16ème Train basé à Vélusina (Serbie) assure pendant un an le transport du combustible et de la farine à la boulangerie de Monastir (Macédoine). La commission de réforme de Salonique du 11 novembre 1918 le maintient « service auxiliaire ».
Raymond Gaudry est rapatrié le 25 avril 1919.
Le 17 mai 1919, Raymond Gaudry épouse à Sète (Hérault), Marguerite Niquet (née à Sète le 9 mars 1895), sans profession. Ils ont deux garçons : René, qui naît le 3 août 1920 et Lucien né le 25 septembre 1921 (ils ont 20 et 21 ans en 1941).
En juin 1919, le jeune couple habite au 44 rue de la Charpenterie à Orléans.
Raymond Gaudry est mis officiellement en congé illimité de démobilisation le 28 mai 1919 (il reçoit la médaille de la première guerre mondiale, la croix de guerre avec palme et 3 étoiles. En 1931 il reçoit les médailles d’Orient et des Dardanelles. Il reçoit la médaille Serbe en 1932).
Le 7 juillet 1919, Raymond Gaudry est embauché par la Compagnie du chemin de fer d’Orléans (le Paris-Orléans / P.O.) et à ce titre l’armée le classe dans la réserve de l’armée de terre comme « affecté spécial » comme employé permanent du P.O.
Le 20 octobre 1919, le couple a déménagé au 19 place du vieux marché à Orléans.
Le 30 avril 1924 la commission de réforme d’Orléans le propose pour une pension de 30 % pour « amyotrophie de 3 cm à la cuisse suite fracture du fémur par balle, raideur du genou limitant la flexion à 90 %, raideur du coup de pied.  Elimination de trois petites séquelles en février 1924».
16 bis rue Landreloup à Orléans
En 1924, il est secrétaire du syndicat unitaire (CGTU) des cheminots du réseau d'Orléans.
À partir de mars 1930 la famille habite un petit pavillon mitoyen au 16 bis rue Landreloup, jusqu’au moment de l’arrestation de Raymond Gaudry.
Il est alors brigadier de manutention (1) à la gare des Aubrais-Orléans (son numéro d'agent SNCF est le « 40636 »).
Le 27 décembre 1935, la commission de réforme d’Orléans lui accorde une pension militaire de 40% pour « reliquats de fracture du fémur par balle, raideur du genou et légère raideur tibio-tarsienne ».
En 1936, il est trésorier du Comité antifasciste de Saint-Jean-de-La-Ruelle.
Raymond Gaudry est candidat du Parti communiste au conseil général dans le canton d'Orléans, secteur ouest, en octobre 1937.
A l’Occupation, il est arrêté à cause de ses activités politiques antérieures le 18 octobre 1941 (dans le dossier "De Brinon" on trouve la mention "résistant, activités politiques"), dans la même période que 8 de ses camarades (parmi lesquels Marcel Boubou, Robert Dubois, Joseph Llorens, Henri Ferchaud, Marcel Couillon, tous déportés dans le convoi du 6 juillet 1942).
Il est conduit à la prison rue Eugène Vignat à Orléans. Puis il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne le 24 octobre 1941.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis le train, le 6 juillet 1942, il jette une lettre sur le ballast par les volets du wagon. Cette lettre manuscrite a été recopiée à la machine à écrire par Henri Bouission, correspondant du "Patriote Résistant" pour le Loiret et envoyée à Roger Arnould en 1972 (reproduction ci-après).
Lettre jetée du train recopiée par Henri Bouission  / Cliquer sur le document pour le lire
On notera qu'il évoque la Haute-Silésie (où se trouve Auschwitz) comme destination possible à leur convoi. Il est un des seuls déportés du convoi à avoir annoncé cette destination.
L'entrée du camp
Raymond Gaudry est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45578" selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Le 8 juillet immatriculation à Auschwitz I
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. .
D’après les archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques, on sait qu'il est admis à l'infirmerie le 30 septembre (en même temps qu'André Girard)  et qu'il en sort le 9 octobre 1942.

Dessin de Franz Reisz
Raymond Gaudry meurt le 5 décembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page336). Toutefois, l'arrêté paru au J.O. du 9 septembre 1992 qui porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur son acte de décès, n'a retenu que « décédé en 1942 à Auschwitz » ce qui correspond à son état civil établi après guerre. Il serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d'après guerre sur les état civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l'ouvrage "Death Books from Auschwitz" publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué (le titre de «Déporté résistant» a été refusé le 7 janvier 1954).
Il a été déclaré "Mort pour la France".
Son nom a été donné à une rue de Saint-Jean-La-Ruelle (45).


  • Note 1 : Ouvrier chargé de coordonner et de surveiller le travail d'une équipe de manutentionnaires, tout en participant lui-même aux travaux.
Sources
  • Copie de sa lettre du 6 juillet 1942 recopiée à la machine à écrire par Henri Bouission, correspondant du "Patriote Résistant" pour le Loiret et envoyée à Roger Arnould en 1972.
  • "Ceux du groupe Chanzy". André Chène (Librairie Nouvelle, Orléans 1964, brochure éditée par la Fédération du Loiret du Parti communiste.
  • © Etat civil et Registres matricules militaires du Loiret.
    Journal de marche du 176ème régiment d’infanterie (in © Le souvenir français) et journaux de marche des 15ème et 6ème escadrons du Train
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel). Janvier et juin 1992, octobre 1993, Caen
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 29, page 193.
  • "Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz" (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943.
Biographie rédigée en novembre 2007 (complétée en 2016) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé).
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