L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


VANIN Antoine, Bruno



Antoine Vanin 
Matricule "46171" à Auschwitz

Rescapé

Antonio-Bruno Vanin est né le 12 avril 1920 à Cismon del Grappa (Italie). 
Il habite à Valleroy (Meurthe-et-Moselle), au 123 Cité de la Mine au moment de son arrestation.
Il est le fils de Caterina Fiorese née en 1898 et d'Antonio Vanin né en 1889, mineur, son époux. « De parents antifascistes » (Le Maitron).
L'entrée de la mine à Valleroy
La famille est venue s'installer en avril 1922 à Sainte-Foix (Savoie) où le père travaille aux carrières de pierre. Puis elle s'installe à Valleroy vers novembre 1922 où Antonio père travaille à la mine.
Antoine-Bruno est titulaire du certificat d'études. Il a 6 sœurs et frères cadets en 1936 : Henri (Bruno-Enrico), né le 1er janvier 1922 à Cismon, Marie (Maria), née le 18 juillet 1924, Severin (Sévérino), né 28 mars 1926, Catherine, née le 7 juillet 1928, Séraphin, né le 5 janvier 1934 et Juliette née en 1935, tous nés à Valleroy). 
En 1931 la famille habite au N° 393 de Valleroy, avec un pensionnaire, manœuvre à la mine, Antonio D'Armi. Puis ils habitent tous au 246 Cité de la mine, sans D'Armi.
Naturalisation : JO du 7 juillet 1935
Antonio Varin père est naturalisé français (JO du 7 juillet 1935) et avec lui sa femme et ses enfants.
Antoine-Bruno Vanin est "mousse" en 1936, puis mineur de fer à la mine de Valleroy et il habite avec ses parents au 246 Cité de la mine
La Brigade Garibaldi à Madrid
Militant de la CGT, Antoine-Bruno part comme volontaire en Espagne républicaine le 15 août 1938. Il y rejoint alors le Parti communiste. Il sert dans la fameuse 12ème Brigade internationale Garibaldi, composée d'italiens et d'antifascistes, qui mettent en déroute les chemises noires de Mussolini à Guadalajara. Blessé, il rentre en France vers octobre 1938.
Antoine Vanin et sa moto, cité de la mine à Valleroy

Il s'installe au 123 Cité de la Mine à Valleroy.
Fin juin 1940, La Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la zone réservée allant des Ardennes à la Franche-Comté.
Remariage 5 octobre 1940
Antoine-Bruno Vanin épouse Modestina, Pierrina Veronese à Auboué, le 5 octobre 1940. 

La résistance communiste est particulièrement active dans le « Pays-Haut » (in Magrinelli, Op. cité pages 229 à 251). Le Préfet de Meurthe-et-Moselle collabore avec les autorités allemandes, il « ne voit aucun inconvénient à donner à la police allemande tous les renseignements sur les communistes, surtout s’ils sont étrangers » (Serge Bonnet in L’homme de fer p.174)

Sous l'occupation, l'activité de Bruno Vanin est importante : rédaction, impression et diffusion de tracts, participation active à la préparation du sabotage de la Centrale électrique d'Auboué (lire le récit du sabotage du transformateur d’Auboué, dans la nuit du 4 au 5 février 1942)
Dans son dossier individuel établi par le Ministère des Anciens combattants, figure une attestation de Mario Tinelli selon laquelle il est membre des FTP du 2 février 1942 à son arrestation. Le 4 février 1942 (fiche au DAVCC) il serait arrêté une premières fois ("à la suite d'une fuite dans le service courrier du Réseau", selon Mario Tinelli, responsable de ce réseau FTPF, qui ajoute : "Il n'a jamais avoué" lors des interrogatoires. 
Le sabotage du transformateur d’Auboué dans la nuit du 4 au 5 février 1942, entraîne une très lourde répression en Meurthe-et-Moselle. Lire dans le blog : Meurthe et Moselle Le sabotage du transformateur électrique d'Auboué (février 1942). Speidel à l’Etat major du MBF annonce qu’il y aura 20 otages fusillés et 50 déportations. 
Les arrestations de militants commencent dès le lendemain dans plusieurs sites industriels de la région : par vagues successives, du 5 au 7 février, puis entre le 20 et le 22, et au début de mars. Elles touchent principalement des mineurs et des ouvriers de la métallurgie. 16 d’entre eux seront fusillés à la Malpierre.
Le 20 février 1942 (selon Mario Tinelli) des Feldgendarmen l'arrêtent en même temps que Louis Bresolin et Emile Tunési, qui feront eux aussi partie du convoi du 6 juillet sont arrêtés le même jour. Il est écroué à la prison de Nancy.
Antoine Vanin est incarcéré à la prison de Briey le 20 février 1942. Puis il est interné au camp d’Ecrouves (23 février), puis à Nancy le 5 mars.
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le 5 mars (DAVCC) ou le 10 avril 1942 au camp de Royallieu à Compiègne en vue de sa déportation comme otage. Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Bruno Vanin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.  Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942
Le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Bruno Vanin est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46171". 
Sa photo d’immatriculation (1) à Auschwitz (malheureusement superposée à une autre) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale" 
Malade, il entre au Revier (Block 18 A) le 12 janvier 193. Il est "planqué par les copains à la pharmacie SS du Revier pour échapper aux sélections pour la chambre à gaz, rapporte André Montagne. 
Henri Peiffer se souvient qu'un détenu infirmier du Block 19, lui avait confié qu'il avait eu à subir des expériences de stérilisation menées par les médecins SS.  

Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est placé en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11
Au Block 11, il fait "popote commune" avec Albert Morel, de Lure et partage avec lui les colis qu'il reçoit. 
Antoine Vanin est transféré le 31 août 1944 à Flossenbürg (il y reçoit le matricule "19.899"), et le 22 mars 1945, à Dresde. Lire dans le blog, "les itinéraires suivis par les survivants".
Il est libéré le 18 avril 1945 par les troupes américaines, mais trouvant trop longues les opérations de rapatriement, il s'évade et regagne seul la France le 19 mai, via Saint-Avold.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.
Il a épousé Yvonne, Renée Vercellino, née le 25 août 1921 à Saint-Ail (Meurthe et Moselle) (1). Le couple a deux garçons : Bruno - Jean-Luc et Gérald. Les parents vont divorcer.
Antoine Vanin est mort le 11 décembre 1973 à Codolet (Gard).
  • Note 1Renée Vercellino, résistante, est membre du groupe femmes d’Auboué. Elle est arrêtée le 29 août 1942. Internée à Compiègne, elle est déportée le 28 avril 1943 au camp de Ravensbrück (matricule « 19.270 »), d’où elle est libérée par la Croix Rouge le 23 avril 1945. Elle est homologuée au titre des Forces Française de l’Intérieur (FFI) et DIR (Déportés et Internés Résistants) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance dont les services justifient une pension militaire pour ses ayants droit.
Sources
  • Témoignages nombreux : Antoine Vanin a laissé le souvenir d'un homme remarquable. André Montagne le considère "comme son grand frère" et rappelle sa remarquable facilité pour les langues étrangères. Souvenirs d’Albert Morel, Giobbé Pasini, Henri Peiffer (lettre du 7 mars 1988).
  • Attestation de Mario Tinelli, responsable FTPF (27 mai 1950).
  • Mairie de Valleroy ( M. R. Besnier, Maire).
  • Photo de la mine, site internet de la Mairie de Valleroy.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Edition 2011.
  • "Antifascisme et Parti communiste en Meurthe-et-Moselle" (Jean Claude et Yves Magrinelli) page 244.
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Dossier individuel : 1992, novembre 1993.
  • © Photo d’Antoine Vanin à moto, transmise par Amélie Vercellino, petite fille de Bruno Vanin, à qui son père, Bruno, Jean-Luc Vercellino l’a confiée. 
  • Recensement de la population de Valleroy, 1931 / 1936.

Notice biographique  rédigée en 1997 (modifiée en  2001, 2016 et 2018),  pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteure des ouvrages  : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com


Affiche de la conférence du 5 juillet 1997
salle Pablo Picasso à Homécourt

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