L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CORGIATTI Antoine




Antoine Corgiatti est né le 16 mai 1897 à La Londe-les-Maures (Var). Il habite Droitaumont-Jarny (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Catherine Massa Bove, 32 ans, journalière, née à Corio (Turin, Italie) et de Pierre Corgiatti, 46 ans, mineur, né à Corio (Italie) son époux. 
Il a la nationalité italienne. La famille habite Jarny depuis 1910 jusqu’à la déclaration de guerre en 1914. Il semble que les Corgiatti soient alors retournés en Italie, où Antoine Corgiatti est mobilisé. Revenu en France en mars 1919, Antoine Corgiatti est embauché comme mineur-boiseur à la mine de fer de Droitaumont.
Le 14 novembre 1925, Antoine Corgiatti épouse à Jarny, Fernande, Jeanne Pierson, née le 14 avril 1894 à Commercy (Meuse), décédée à Briey le 6 novembre 1978.
Antoine Corgiatti, est membre du Parti communiste et militant syndicaliste CGT.
Le 28 septembre 1931, il obtient la nationalité française.
Pendant l’Occupation, il connaît une première arrestation en février 1941, avec Giobbé Pasini et Joseph Zerlia. Il sont tous relâchés faute de preuves.
Le sabotage du transformateur d’Auboué entraîne une très lourde répression en Meurthe et Moselle. Lire dans le blog : Meurthe et Moselle Le sabotage du transformateur électrique d'Auboué (février 1942). Speidel à l’Etat major du MBF annonce qu’il y aura 20 otages fusillés et 50 déportations.  C’est dans la suite des 20 premières arrestations qu’Antoine Corgiatti est arrêté à Jarny par des Feldgendarmes, le 22 février 1942, en même temps que Giobbé Pasini, Richard Girardi etJoseph Zerlia
Il est conduit à la prison de Briey où il est emprisonné pendant 8 jours. Puis il est interné au camp d'Ecrouves, près de Toul.
Antoine Corgiatti est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne en mars 1942.
A Compiègne, avec Giobbé Pasini, également mineur et Louis Eudier charpentier de marine, qui t
ravaillent au soutènement, il est de l’équipe qui creuse le tunnel qui permettra l'évasion le 22 juin 1942 de 19 dirigeants communistes (lire le récit page 101 dans «Triangles rouges à Auschwitz » et page 232 dans « Mille otages pour Auschwitz ») Lire dans le blog la préparation et le récit de l’évasion par le tunnel : 22 juin 1942 : évasion de 19 internés.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Antoine Corgiatti est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Le numéro d’immatriculation à Auschwitz d’Antoine Corgiatti n’est pas connu. Le numéro « 46228 ?» figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules.
A Birkenau, il essaie de s’évader d'après Giobbé Pasini qui le connaît bien : ils habitaient tous deux Droitaumont où ils étaient mineurs de fer. «Antoine est été repris par les SS, ramené au camp et livré aux chiens qui l'ont littéralement étripé». 
Il est probable qu'Antoine Corgiatti soit également l'évadé dont Raymond Montégut a évoqué le sort : Parmi nous, un camarade osa tenter la terrible aventure et sembla réussir quelques jours. Il fut d'abord caché par les Polonais, mais ne tarda pas à être livré par d'autres et ramené au camp. Une fois encore, il tenta la suprême fuite et cette fois, il fut abattu
Ce dernier récit est très proche de celui que fait, sans mentionner de nom, Pierre Monjault : Un dimanche, notre kommando travaillait à faire des tranchées pour la pose de canalisations. Nous étions une vingtaine de camarades et nous savions qu'il y en avait un qui préparait quelque chose. Le soir, en rentrant du travail, il était manquant. Les SS nous questionnent et nous font mettre à genoux sur les pierres. C'était très douloureux mais personne ne dit mot. Ce camarade, en suivant les tranchées, avait réussi à passer à l'extérieur du camp. Il s'était caché dans une ferme. Le fermier lui avait dit : - "Toi, Français?" et après lui avoir donné du lait, lui avait demandé de partir car il craignait les représailles de la Gestapo. Mais, sitôt parti, il est arrêté. Le camarade est revenu au camp et dans le kommando, il était très surveillé. Un jour, un SS lança son calot au loin et ordonna au camarade d'aller le chercher. Celui-ci fit quelques mètres et le SS l'abattit d'une rafale de mitraillette. Ce fut peut-être la seule véritable tentative d'évasion de la part d'un "45000".
Antoine Corgiatti meurt à Auschwitz le 2 septembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 185). Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz
Il est homologué "Déporté politique" au titre des Forces Française de l’Intérieur (FFI) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance dont les services justifient une pension militaire pour ses ayants droit.
Monument aux morts de Jarny
Relevé Université de Lille 3
Son nom est honoré sur le monument aux morts de Jarny-Droitaumont et sur le Monument commémoratif des déportés, au cimetière de Jarny : " Les Déportés du Jarnisy aux Martyrs des Camps de la Mort ".

Sources
  • Récit oral de Giobbé Pasini à Roger Arnould (le Havre 26 mai 1973), qui note "ses témoignages sont toujours sérieux, posés, et ne relèvent pas de l'affabulation".
  • M. Gilbert Schwartz, président départemental de la FNDIRP (1991).
  • "Antifascisme et Parti communiste en Meurthe-et-Moselle " (Jean Claude et Yves Magrinelli) page 247
  • Rapports du sous-préfet de Briey AD/WM 384.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen - avril 1992).
  • © Archives en ligne : Etat civil du Var et de Meurthe et Moselle..
Notice biographique  rédigée en 1997 (modifiée en  2001, 2016 et 2018),  pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteure des ouvrages  "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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