L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


ROUAULT Jean, Edouard, Marie

Soldat au 13e Hussard en 1913

Plusieurs années après son retour des camps


Matricule "46076" à Auschwitz 

Rescapé

Jean Rouault est né le 5 mars 1893 au domicile de ses parents (champ de Justice, route de Lorient) à Rennes (Ille-et-Vilaine). Ce même jour naît sa jumelle, Jeanne, Augustine. Jean Rouault habite au 3 rue Saint-Louis à Rennes au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie, Louise Brionnais, 28 ans et de Constant, Pierre, Marie Rouault, 38 ans, journalier, son époux.
Lors du conseil de révision, Jean Rouault habite 8 rue Lacroix à Paris, 17ème. Il travaille comme ajusteur.
Conscrit de la classe 1913, Jean Rouault est appelé au service militaire le 27 novembre 1913. Il est incorporé au 13ème régiment de hussards. La déclaration de guerre le mobilise dans son régiment, qui le 2 août 1914, part « aux armées » en Belgique. 
Jean Rouault épouse Eloïse, Augustine Beaufreton le 14 novembre 1916 à Paris 8ème. Le couple aura deux enfants, un fils, Raymond et une fille qui lui annoncera son mariage en 1942 à Compiègne.
Il est détaché à Toul du 12 janvier 1917 au 21 décembre de la même année (les 3ème et 4ème escadrons rejoignent à Toul la 131ème division d’infanterie et vont combattre en septembre 1917 au nord de Verdun).
A trois reprises (septembre 1915, juillet 1917 et janvier 1918 à l’hôpital de Tours), il est évacué en ambulance et retourne « aux armées » après seulement quelques jours de soins ou une courte convalescence (10 jours en 1918). Le 15 juin 1917, il « passe » au 8ème régiment de hussards.
Le 22 mars 1919, il est dirigé sur le dépôt de transition du 26ème bataillon de chasseurs à pied, pour être mis à disposition des chemins de fer de l’Etat. Du 26 novembre 1919 au 7 mai 1920, toujours militaire, il est classé comme « affecté spécial » au titre des Chemins de fer de l’État comme ajusteur à La Garenne-Colombes (Seine / Hauts-de-Seine).
Le 30 octobre 1920 il est démobilisé au dépôt du 2ème régiment de hussards, « certificat de bonne conduite accordé », et se « retire » à La Garenne.
Jean Rouault en uniforme avec Emile Drouillas, 
sa femme et ses enfants
devant le magasin  que tenait madame Drouillas
Jean Rouault est militant communiste, secrétaire à l'organisation pour le Rayon de Rennes.
Il a également des responsabilités à la Fédération Nationale CGT de la SNCF. 
En janvier 1925 et février 1927 et janvier 1937, il est ouvrier de 1ère classe à la gare de Courtalain (Eure-et-Loir).
Il est muté au dépôt SNCF de Rennes.
Comme la quasi-totalité des « Affectés spéciaux » connus comme communistes ou syndicalistes, il est rayé de « l’affectation spéciale du tableau 2 » (décision du général commandant la 4ème région militaire, du 17 avril 1940) et réaffecté le 20 avril 1940 au à la subdivision de Rennes et au dépôt d’infanterie n°44 où il arrive le 22 avril 1940. 
Comme la quasi-totalité des « Affectés spéciaux » connus comme communistes ou syndicalistes, il est rayé de « l’affectation spéciale du tableau 2 » (décision du général commandant la 4ème région militaire, du 17 avril 1940) et réaffecté le 20 avril 1940 au à la subdivision de Rennes et au dépôt d’infanterie n°44 où il arrive le 22 avril 1940. 
Sous l'occupation, Jean Rouault dirige des formations armées et, dès sa création, il est le responsable à l’organisation du Front National pour l’Ille-et-Vilaine en 1940 et 1941.
Il est arrêté le 30 juin 1941 par des policiers allemands, incarcéré à la prison Jacques Cartier de Rennes, puis il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne, le 10 juillet 1941. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jean Rouault est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46076". 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
A Auschwitz I, affecté aux cuisines, il tente de sauver son camarade Emile Drouillas en lui faisant passer de la nourriture. « Malheureusement, raconte-t-il à son retour aux filles d’Emile Drouillas, il trouvait toujours quelqu'un de plus malade et de plus affamé » que lui.
Jean Rouault est transféré le 28 août 1944 à Flossenbürg, où il arrive le 31 août 1944 (matricule 19.890).
Jean Rouault est transféré le 1er novembre à Wansleben (n° 93.422) d'où il est dirigé, par une «Marche de la Mort» très éprouvante, sur Halle en avril 1945.
Les troupes américaines le libèrent le 15.
Son retour en France est douloureux : son fils, Raymond, engagé dans la Résistance, est mort sous la torture, en juillet 1942, et son neveu, André, résistant également a été fusillé en décembre 1942.
Jean Rouault devient secrétaire départemental de l'ADIRP d'Ille-et-Vilaine, et entre au Comité National de la FNDIRP. 

Le 4 février 1957, Jean Rouault épouse Gabrielle, Estelle Maudet à Rennes, dont il divorcera le 30 mars 1965.
Les séquelles de sa déportation
Depuis son retour des camps, pensionné à 100 % comme la plupart des "45000" rescapés de déportation, Jean Rouault souffrira des séquelles de celle-ci. 
Le document ci-contre, qui codifie d'année en année de commissions de réforme le maintien à 100 % de la pension temporaire, indique par 11 items les séquelles dont il souffre. Il figure avec 2 autres sur son registre matricule militaire et témoigne de l'ampleur des souffrances qu'il continuera d'endurer jusqu'à sa mort.
Jean Rouault décède à Rennes le 1er décembre 1970.

Sources

  • Photo en tenue militaire avec Emile Drouillas ses enfants et sa femme, devant le magasin que tenait madame Drouillas.
  • Photo après son retour
  • Témoignage de Jean Rouault à la FNDIRP (N° 48)
  • « Emile Drouillas, dit Laporte » ouvrage de Jeanne Roquier-Drouillas et Renée Thouanel-Drouillas.
  • Courriel de Mme Renée Thouanel-Drouillas (août 2011)
  • Fiche congrès national de la FNDIRP, avril 1949.
  • Site "Déportés de Bretagne", liste des déportés d'Ille et Vilaine par Jean Paul Louvet.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Archives municipales de Rennes.
Biographie rédigée en juillet 2001 (complétée en août 2011 et le 1er janvier 2016) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005).  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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