L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


POIRIER François



Matricule "45997" à Auschwitz


François Poirier est né le 28 février 1904 au Houssac lieu-dit de Saint-Vincent en Oust (Morbihan). Il habite au 36 rue aux Teintures à Vire (Calvados) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Jeanne Sabot, 35 ans, cultivatrice et d'Hilaire poirier, 35 ans, cultivateur, son époux.

Il est né dans une fratrie de 7 enfants : il a 2 sœurs aînées, Germaine et Mélanie, 2 cadettes, Germaine et Gabrielle et un frère aîné, Hilaire.
Il épouse Marthe, Lucille Pommier le 11 mars 1924 à Vire.
Leur mariage est dissous le 25 janvier 1940.
Il est "sympathisant communiste" d’après les fiches de la gendarmerie, ou "ancien communiste actif" d'après le cabinet du Sous-Préfet de Vire. Quoiqu'il en soit il est connu des services de Police et fiché comme communiste.
Il est arrêté par la Feldgendarmerie de Flers en même temps que Jules DatinSamuel Frémont et Pierre Lebreton le 4 mai 1942 (cf document ci-contre). Ils figurent sur la liste de 120 otages « communistes et Juifs » établie par les autorités allemandes.
Ces arrestation ont lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands.
Des dizaines d’arrestations sont effectuées par la police et la gendarmerie françaises à la demande des occupants ou par les allemands eux-même, comme c'est le cas pour la région de Vire, ainsi que l'explique le document ci-joint, un courrier du sous-Préfet de Vire (M. Liard) au Préfet du Calvados (Henry Graux).
Courrier du sous-préfet de Vire 6 mai 1942
Objet : Arrestations effectuées par les autorités d'occupation.
Références : Mes communications téléphoniques des 2 et 5 Mai avec votre Cabinet.
J'ai l'honneur de vous confirmer les renseignements que je vous ai transmis verbalement au sujet des arrestations effectuées par les autorités d'occupation.
Dans la nuit du 1er au 2 mai - conformément à l'avis qui m'en avait été donné téléphoniquement par M. le Secrétaire Général - la Feldgendarmerie de Flers s'est présentée à la Section de Vire requérant la Gendarmerie et la Police d'avoir à  procéder à l'arrestation des Juifs et des communistes de l'Arrondissement. Je donnai ordre de surseoir à toute opération avant que le Chef de Section mandé à Caen par vos soins ne fut revenu. A son retour, et en dépit des violentes protestations de la Feldgendarmerie, je maintins l'ordre de ne procéder qu'aux arrestations mentionnées sur la liste remise par vos services, qui ne comptait que des Juifs.
Pour diverses raisons, aucun de ceux-ci ne put d'ailleurs être appréhendé. Le Docteur Drucker, du Sanatorium de St Sever, avait été arrêté auparavant, comme je vous en avais rendu en compte verbalement. Dans la nuit du 3 au 4 mai, la Feldgendarmerie a procédé, par ses propres moyens et sans en aviser les services français, aux arrestations suivantes : à Vire : Poirier, ancien communiste actif, Datin ancien communiste actif, Bossu et Lebreton. A Condé-sur-Noireau: Frémont ancien communiste, et Bouvet suspect d'avoir sympathisé avec l'ex-Parti communiste.
Avec Jules Datin, Samuel Frémont et Pierre Lebreton, François Poirier est conduit à la maison d'arrêt de Vire, puis à celle de Caen. Il est ensuite transféré au «Petit lycée» de Caen occupé par la police allemande, où sont regroupés les otages du Calvados. On leur annonce qu'ils seront fusillés. Par la suite, un sous-officier allemand apprend aux détenus qu’ils ne seront pas fusillés mais déportés.
Après interrogatoire, ils sont transportés le 4 mai 1942 en cars et camions à la gare de marchandises de Caen. Le train démarre vers 22 h 30 pour le camp allemand de Royallieu à Compiègne le Frontstalag 122 (témoignage André Montagne). François Poirier y est interné le lendemain soir en vue de sa déportation comme otage.
A Compiègne, il reçoit le matricule "5265".
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
François Poirier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule "45997". Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
François Poirier meurt à Auschwitz le 13 novembre 1942 d’après les registres du camp.

Sources
  • Ministère des ACVG, Val de Fontenay (1991).
  • Demande de renseignements à la mairie de Vire (nov. 1991).
  • Etat de renseignement concernant les personnes arrêtées par la Feldgendarmerie (3ème légion, Compagnie de Gendarmerie du Calvados. Caen 15 mai 1942)
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
Biographie rédigée en janvier 2001 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive,
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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