L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


HASMAN Henri


Matricule "46283" à Auschwitz

Henri Hasmann (Hasman) est né le 19 juin 1890 à Varsovie (Pologne). Naturalisé français, il habite rue d'Hastings à Dives-sur-Mer (Calvados) au moment de son arrestation.

Ses parents émigrent en France en 1896. Ils s'installent (peut-être à Paris rue de Vaugirard) comme tailleurs pour homme.
Henri Hasman fait ses études en France et devient motoriste chez Renault à Boulogne-Billancourt, où il va côtoyer des militants communistes.
Il épouse 
Marie Leroy, apprentie tailleur chez ses parents. Le couple habite Clamart entre 1910 et 1920. Ils ont une fille, Claire qui naît en 1910 (elle épousera Piotr Sergeff, un émigré russe blanc, embauché à Dives par son père). 
Henri Hasman au premier rang, 2ème en partant de la gauche
Sa fille a écrit Papa sur le maillot
Henri Hasman est sportif, on le voit sur la photo ci-contre poser avec son équipe de football.
Henri Hasman devient secrétaire de la cellule du Parti communiste du Petit Clamart. 
Au cours d'un voyage en URSS, ce qu'il y voit le trouble au point de quitter le Parti communiste. 
On lira en annexe le récit intégral que m'a envoyé son petit fils, M. Jacques Sergeff, qui m'en a autorisé la publication, récit qui complète la présente biographie. 
A son retour d'Union soviétique, il quitte la région parisienne et s'installe à Dives sur Mer, où il achète un garage et s'établit à son compte somme mécanicien. 
Sa carte professionnelle
Liste de la Préfecture de police (montage photo Pierre Cardon)
Le premier mai 1942, il est arrêté comme otage juif  (lire l’article du blog en cliquant sur ce lien) dans la nuit à son domicile par un inspecteur de police français, accompagné d’agents et de Feldgendarmen.
Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. Lire dans le blog : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942).
Après avoir été retenu à la gendarmerie de Dives, à la demande des autorités allemandes, Henri Hasman et les autres otages juifs  sont conduits en autocars le 3 mai au «Petit lycée» de Caen occupé par la police allemande, où sont regroupés les otages du Calvados. On leur annonce qu'ils seront fusillés. Par la suite, un sous-officier allemand apprend aux détenus qu’ils ne seront pas fusillés mais déportés. Après interrogatoire, ils sont transportés le 4 mai 1942 en cars et camions à la gare de marchandises de Caen. Le train démarre vers 22 h 30 pour le camp allemand de Royallieu à Compiègne le Frontstalag 122 (témoignage André Montagne). Henri Hasman y est interné le lendemain soir en vue de sa déportation comme otage. 
La carte verte
Le 19 juillet 1942, sa famille reçoit une carte-formulaire imprimée en allemand envoyée le 16 juillet par l'administration du Frontstalag 122 aux familles des déportés du convoi : "Le détenu ci-dessus dénommé a été, sur ordre de nos autorités supérieures, transféré dans un autre camp pour y être mis au travail. Le lieu de destination ne nous est pas connu. Vous devrez donc attendre d'autres nouvelles du détenu". 
Carte du Frontstalag 122
Henri Hasman est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46283" 
selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  
Dessin de Franz Reisz, 1946
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. 
Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Henri Hasman meurt à Auschwitz le 27 juillet 1942 d’après les registres du camp.
Le nom d'Henri Hasman est inscrit sur la stèle située esplanade Jean Marie Nouvel qui rend hommage aux otages calvadosiens déportés, arrêtés en mai 1942. Cette stèle est située non loin de la plaque commémorative apposée le 26 août 1987 à la demande de David Badache, rescapé du convoi, en hommage aux « 45000 ». 

Récit de Jacques Sergeff


Ma mère, née Claire Hasman en 1910 - fille d' Henri Hasman -, me disait que mon grand père était arrivé en France venant de Varsovie à l'âge de 6 ans et que ses parents s'étaient installés tailleurs pour homme à Paris.
Il avait donc fait  ses études en France. Il était devenu motoriste chez Renault a Boulogne-Billancourt. Cela était durant les années 1910 -1920. Il s'était marié avec Marie Leroy, apprentie tailleur chez ses parents . Je crois que c'était  rue de Vaugirard à Paris .
Pendant ces années 1910 et 1920, mon grand-père et ma grand-mère habitaient Clamart. Mon grand-père présidait à l'époque la cellule communiste du Petit Clamart . Et au cours d'un voyage en Russie il abandonna le parti ; il  déchira sa carte après ce séjour en Union Soviétique où il vit des choses qui ne correspondaient plus à ses idées de justice sociale  . Il avait était reçu à la table de Staline avec d'autres camarades,  un personnage qui  lui avait profondément déplu. A Paris, il rencontra des émigrés russes blancs, dont mon père Piotr Sergeff, qu'il embaucha dans son garage qu'il venait d'acheter à Dives sur mer.
Ainsi le motoriste de chez Renault , ouvrier communiste devenu patron, embaucha des cosaques blancs arrivés en France via la Légion Étrangère  .
Et le cosaques de Novotcherkassk, Piotr Sergeff-Minakoff, se maria avec la fille Hasman ma mère . A ma naissance en 1930 , mon grand-père Hasman et ma grand-mère ne vivaient plus ensemble . Ma grand-mère habitait Caen où elle continuait son métier de tailleur .
Je me souviens qu'un dimanche du printemps 42 - c'est une image qui reste gravée dans mon esprit a jamais - je vis ma mère affolée , enfilait précipitamment son manteau et nous dire : " mon père est arrêté ... il est au commissariat de Dives". Elle assista à l'interrogatoire de mon grand-père et revenant du commissariat elle avait la conviction que mon grand-père avait été dénoncé. Elle m'avait dit qu'il avait été arrêté trois jours avant de passer en Angleterre.
Mon grand-père avait trois chose contre lui : juif , ancien communiste et résistant.
Il y a trois ans j'ai rencontré Monsieur Doktor à Dives, qui a fait des recherches sur ces années noires . Il m'a dit que d'après un rescapé d'Auschwitz, mon grand-père et son ami Lehman également de Dives, du même convoi , auraient été abattu au cours d'une tentative d'évasion à Auschwitz  fin juillet 42 . Cela ne m'étonnerait pas de grand-père, car comme on le disait a l'époque " il n'avait pas froid aux yeux "...
Au moment de son arrestation, mon grand-père vivait un peu à l'écart de la famille, il m'invitait quelquefois le dimanche à déjeuner, j'avais 12 ans a l'époque. Il avait revendu son garage à son ami Samson, mais l'habitait toujours. Nous habitions Cabourg à l'adresse indiquée sur la carte verte. Fin 1942 et pendant l'année 43, ma grand-mère m'emmenait à la gare de Caen lorsque était signalé un convoi de rapatriés, peut-être dans l'espoir de voir revenir son époux. La photo de l'équipe de foot est la seule que je possède de mon grand-père (c'est ma mère qui a inscrit "papa" dessus).

Sources
  • Lettre de David Badache à André Montagne (15 janvier 1982)
  • Liste Klarsfeld.
  • Listes (incomplètes) du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Courriel avec photos de son petit-fils, M. Jacques Sergeff, que je remercie vivement (janvier 2015).
Biographie modifiée en 2015 et 2017 à la suite d'un courriel de son petit-fils. 
Rédigée en janvier 2001 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association "Mémoire Vive".
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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