L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


COISPEAU Albert, Auguste


Albert Coispeau le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Matricule "45377" à Auschwitz

Albert Coispeau est né le 25 février 1895, à Sargé-sur-Braye (Loir-et-Cher).
Il habite 50 route de Trouville à Caen (Calvados) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie, Alexandrine, Clémentine Couloir, 27 ans, ménagère et d’Hippolyte Emilien Coispeau, 26 ans, journalier, son époux.
Albert Coispeau est « chauffeur de route » et habite 264 route de Paris à Palaiseau (Seine-et-Oise) au moment de son Conseil de révision.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 65, a les cheveux châtain clair et les yeux bleu-jaunâtre, le nez rectiligne et le visage long, un menton à fossette.
Conscrit de la classe 1915, Albert Coispeau s’est engagé volontairement. Il est incorporé le 19 décembre 1914 au 119ème Régiment d’Infanterie. Sur le Front, il passe au 129ème Régiment d’Infanterie le 8 mars 1915. Le 21 mars de la même année, il passe au 403ème Régiment d’Infanterie.
Devant Ville-sur-Tourbe (Marne) il est blessé, le 26 septembre 1915 (blessure jambe et fesse droite). « Ce jour-là les troupes françaises buttent sur la deuxième ligne allemande à contre pente avec des réseaux de barbelés intacts et infranchissables car dissimulés aux vues et aux effets de l'artillerie de campagne » (deuxième bataille de champagne, Wikipédia).
Il est hospitalisé jusqu’au 10 janvier 1916. Revenu aux armées, il est « évacué malade » le lendemain et revient au Dépôt seulement le 19 septembre 1916. 
Albert Coispeau a épousé Suzanne, Fernande Chapellière à Lisieux, le 4 septembre 1916.
Il est déclaré « inapte deux mois » par la Commission de Réforme de Rouen du 26 janvier 1917, prolongé à nouveau le 23 mars 1917. Il est déclaré « apte à faire campagne » le 20 mai 1917. Il passe au 1er groupe d’Aviation le 3 novembre 1917.
Il est blessé par accident le 22 novembre 1918 (plaie pénétrante main gauche, amputation de l’auriculaire et du médius).
Il se retire à Caen, au 161 rue d’Auge.
Démobilisé, Albert Coispeau est classé « Affecté spécial » dans la Réserve, comme volontaire « nettoyeur » au Chemins de fer de l’Etat le 27 février 1919.
Il travaille alors comme « chauffeur de route » au dépôt des chemins de fer à Caen.
Militant communiste, Albert Coispeau est arrêté le 1er mai 1942. Il figure sur la liste de 120 otages « communistes et Juifs » établie par les autorités allemandes. 
Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. Lire dans le blog : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942).
Le premier mai 1942, il est arrêté à son domicile par un inspecteur de police, accompagné d’agents et de Feldgendarmen.
Il est emmené de nuit à la Maison centrale de la Maladrerie de Caen (dite également prison de Beaulieu), entassé avec d’autres militants caennais arrêtés le même jour, au sous-sol dans des cellules exiguës.  
A la demande des autorités allemandes, Albert Coispeau et ses camarades sont conduits en autocars le 3 mai au «Petit lycée» de Caen occupé par la police allemande, où sont regroupés les otages du Calvados. On leur annonce qu'ils seront fusillés. Par la suite, un sous-officier allemand apprend aux détenus qu’ils ne seront pas fusillés mais déportés. Après interrogatoire, ils sont transportés le 4 mai 1942 en cars et camions à la gare de marchandises de Caen. Le train démarre vers 22 h 30 pour le camp allemand de Royallieu à Compiègne le Frontstalag 122 (témoignage André Montagne). Albert Coispeau y est interné le lendemain soir en vue de sa déportation comme otage.. Il y reçoit le matricule "5209".
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Albert Coispeau est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45377". Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Albert Coispeau meurt à Auschwitz le 5 septembre 1942, d’après les registres du camp.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 

Sources
  • Questionnaire FNDIRP N° 5461 rempli par sa veuve.
  • Témoignage d'Eugène Baudouin, 45207, rescapé.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Archives départementales du Calvados.
  • Registres matricules militaires.
Biographie rédigée en janvier 2001, complétée en 2015 et 2017, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive,
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.comPensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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