L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CIMIER Marcel

Marcel Cimier, après son retour des camps
Marcel Cimier
Matricule 45371 à Auschwitz

Rescapé

Marcel Cimier est né le 14 septembre 1916 à Caen (Calvados), il habite au 13 rue Gémare au moment de son arrestation. Il a un frère, Arsène, qui habite Angers.
Orphelin à 17 ans, il s'engage dans l'armée : "la vie est dure en 1933" écrit-il. Il se retrouve sous les drapeaux au Maroc. Mais au bout de cinq mois, il réussit à résilier son engagement et revient à Caen.  Il est alors mécanicien.
Le moniteur du Calvados 5 septembre 1939

Il fait la connaissance d'une veuve, Yvonne Marie, maman d'une petite fille. Ils se marient en 1939 et auront deux autres enfants (un garçon et une fille qui a trois mois et demis au moment de son arrestation).  
Marcel Cimier quitte la mécanique pour le bâtiment et travaille comme plombier-zingueur chez M. Marie. 
Membre du Parti communiste, il a continué à militer depuis l'Occupation. Il est arrêté, le 1er mai 1942, à onze heures quarante cinq  à son domicile, par la police française.
Il figure sur la liste de 120 otages «communistes et Juifs» établie par les autorités allemandes. Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. 
Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. Lire «Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados. Parmi les otages arrêtés dans le département se trouve aussi son neveu, Roger Pourvendier. 
D’abord incarcéré à la Centrale de Baulieu, il est transféré en "Citroën Traction" au Palais de Justice de Caen où un commissaire de Police leur fait un chantage au peloton d'exécution. Puis ils sont emmenés au Lycée Malherbe, à nouveau interrogés. Ils sont enfin emmenés par cars à la Gare de petite vitesse de Caen et de là transférés au Frontstalag 122 à Compiègne, à la demande des autorités allemandes. Celles-ci les internent au camp allemand de Royallieu, le 4 mai, en vue de leur déportation comme otages. 
Marcel Cimier a écrit quatre pages dactylographiées sur le camp de Compiègne dans les "incompris", dont un récit sur l'évasion des 19 et le bombardement du camp. « Les recherches pour les retrouver restèrent vaines. Aussi les allemands se vengèrent-t-ils » (…) « En pleine nuit, il était à peu près une heure du matin, tout le monde dormait, nous fumes littéralement arrachés, soulevés de notre lit par une série d’explosions ». De ce bombardement attribué par la presse locale collaborationniste à la RAF il écrit " mais aucun de nos camarades ne se méprit sur l'auteur de cet attentat criminel. Les allemands devaient être furieux d'avoir raté leur coup ! ".
Depuis ce camp, Marcel Cimier va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marcel Cimier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Marcel Cimier le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45371" selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Marcel Cimier fait partie des 10 déportés caennais qui retournent au camp principal. Avec son neveu Roger Pourvendier, Léon Bigot, et Etienne Cardin il est affecté au block 17 A et comme mécanicien au garage auto du personnel SS « Là nous avions une soupe améliorée et un travail peu fatigant » écrit Marcel Cimier. Mais ils en sont bientôt éjectés (ils ne parlent pas allemand et le Kapo polonais les remplace par des compatriotes nouvellement arrivés).
Lire dans le blog son récit concernant janvier 1943 : Les sélections : témoignage de Marcel Cimier récit de leur passage devant le médecin major SS qui procède aux sélections pour la chambre à gaz, sélection «du côté gauche» qui les épargne (provisoirement pour Raymond Langlois) et leur évasion lors d’une deuxième sélection.
Marcel Cimier, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments (en application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres). Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Lire dans le blog : Le droit d'écrire pour les détenus politiques français.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11
Au Block 11, il est dans la même chambrée que Roger Pourvendier et deux autres caennais, Eugène Baudoin et Maurice Legal.
A début d’octobre 1943, Roger Pourvendier et un autre « 45000 » sont hospitalisés : ils ont contracté la malaria : « Mon neveu depuis une huitaine de jours avait de fortes fièvres et trempait de sueur toutes ses couvertures, mais comme jamais il n’avait été hospitalisé, celui lui coûtait beaucoup. Il lui fallut néanmoins se résoudre à y aller. Au bout de trois semaines, il revint parmi nous. Il n’avait plus de crise. C’était le principal » (Marcel Cimier, p.44).
Alors qu’ils sont encore en quarantaine « Vers le 20 novembre 1943, le commandant du camp fit faire le recensement de ceux qui avaient été atteints de malaria, aussi mon neveu et Zanzi furent tirés de notre Block et envoyés en transport à Lublin. Notre séparation restera toujours gravée dans ma mémoire. Tout d’abord mon neveu s’adressa à tous les camarades de la chambrée et leur dit « adieu, je vais à la mort ». Il disait la vérité, car le 25 janvier 1944 il tombait, seul. Zanzi revint de ce triste camp et c’est de lui que j’eus la date précise de sa mort. J’avais réussi - alors que mon neveu était dans le transport qui devait l’emmener à sa triste fin - à sortir du Block de quarantaine et à aller le voir. Lorsqu’il m’aperçut, il me dit : « Marcel, j’ai oublié la photo de ma femme et de ma fille sous ma paillasse, fais ton possible pour aller me la chercher ». Aussitôt je m’exécutais et quelques instants après il était en possession de sa chère photo et de sa pipe (…). Puis vint le moment où je dus le quitter. Nous nous embrassames. Il avait les larmes aux yeux. Il me fit son dernier adieu en me disant « Nous ne nous reverrons plus mon vieux Marcel, mais toi tu reviendras en France, tu diras à ma femme que ma dernière pensée aura été vers Elle et pour ma petite fille Monique. Tu lui diras d’élever ma petite Monique dans la haine des Allemands et de lui parler souvent de son papa». Et ce fut la séparation ».
Marcel Cimier ajoute (p. 45) « Oui Roger, j’ai rapporté tes paroles en France et à ta femme (ma nièce). Je les avais écrites à seule fin qu’elles restent plus longtemps gravées. 
D'Auschwitz, Marcel Cimier est transféré le 7 septembre 1944 à Gross-Rosen (matricule 40987, témoignage de Johann Beckmann, Vorarbeiter, qui a gardé les listes d’appel), puis à Nordhausen (Dora-Millelbau), le 15 février 1945.
Le naufrage du "Cap Arcona"
Au cours de ces transferts, Marius Zanzi lui apprend le décès de Roger Pourvendier. Il est amené en train à Neuengamme, puis évacué à pied vers la mer Baltique et, à Lubeck, embarque sur un navire-prison « l’Elzenat ». Il est témoin du bombardement et du naufrage du « Cap Arcona » depuis « l’Elzenat ».
Il est échangé le 29 avril avec 299 autres détenus contre des médicaments fournis par la Croix-Rouge. Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
Il est rapatrié par la Suède (carte de rapatrié n°1337001).
C’est à partir de 1957-1958 que Marcel Cimier commence à rédiger le récit de sa déportation. Il avait rapporté quelques notes et papiers qui lui ont permis de préciser ses souvenirs.
Le titre que Marcel Cimier donne à son cahier «Les incompris» est révélateur de la difficulté qu’éprouvèrent les déportés rentrés à faire comprendre toute l’horreur de ce qu’ils avaient vécu.
Les archives du Calvados ont publié ses souvenirs dans les «Cahiers de Mémoire : Déportés du Calvados ».
Marcel Cimier est mort d’une tuberculose, le 11 octobre 1962, à l’hôpital Clémenceau de Caen. Il avait 46 ans.

Sources
  • Plusieurs témoignages de déportés caennais qui l’ont connu. Emmanuel Michel et David Badache ont attesté de son comportement courageux (Fiches de renseignements de la FNDIRP).
  • Mairie de Caen : 11 mars 1994.
  • Photo après son retour : collection de son fils, Jean-Claude Cimier
  •  "De Caen à Auschwitz" collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive.
  •  Cahier de Marcel Cimier. "Les incompris" (83 pages dactylographiées).
  • «Cahiers de mémoire : Déportés du Calvados », 1995. Extraits du Cahier rédigé à partir de 1957-1958 par Marcel Cimier (page 96 à 98). Ouvrage publié par le Conseil général du Calvados (direction des archives départementales). Les extraits publiés dans «Mille otages pour Auschwitz» pages 268 et 269 sont légèrement différents, tirés du manuscrit lui-même.
  • Témoignage de son fils Jean Claude.
Biographie (modifiée en 2014 et 2017) rédigée en janvier 2001 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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