L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


AONDETTO René Michel





45175
Rescapé

René Aondetto est né le 20 janvier 1911 à Aubervilliers (Seine-St-Denis). Il habite au 74 rue Saint-Blaise à Paris (20°) au moment de son arrestation.
Il est marié avec Madeleine. Le couple a un un garçon, Bernard, né le 22 octobre 1937 à Paris 12ème. René Aondetto est ajusteur-outilleur et d'études chez Hispano-Suiza, boulevard Brune, dans le 14° arrondissement.

Avec les "Hispano" 1937
Il adhère au Parti communiste en 1937. 

Léon Mauvais, Frédéric Séraphin, René Aondetto  (9 ème congrès du PC)



René Aondetto est délégué de la fédération de Paris du Parti communiste au 9° Congrès d'Arles en 1937, et sera élu secrétaire du comité de section du 14° arrondissement.
Il est délégué des travailleurs d'Hispano au congrès mondial pour la paix à Bruxelles le 6 septembre 1936.

Militant syndicaliste (CGT), il est délégué d'atelier de septembre 1938 à la fin novembre de la même année chez Hispano. Il est licencié illégalement le 10 décembre 1938, et retrouve du travail aux Etablissements SNCAC (Société Nationale de Construction Aéronautique du Centre, anciennement Farman), 167 rue de Silly à Boulogne-Billancourt (Seine).
Pendant l'Occupation, membre du Parti communiste clandestin, il entre dans la Résistance intérieure au sein des premiers groupes constitués à l’entreprise SNCAC. Il diffuse les premiers tracts appelant à la Résistance, recrute et crée des groupes clandestins. 
En mai 1941, les groupes passent sous le contrôle du Front National pour la Libération et l’Indépendance de la France (il diffuse l’appel à sa création). Il sera reconnu comme membre de la Résistance Intérieure Française et homologué en tant que tel. Il participe à l’organisation du sabotage de la mise au point de l’avion Siebels (« bombardier léger », avion de reconnaissance et de bombardement), en vue de nuire à sa fabrication.
Son appartement est perquisitionné en son absence. La police française y trouve des tracts du Front national et des écrits en allemand destinés à la Werhmacht.
Le 11 août 1941 la police française (Renseignements généraux) l'arrête sur son lieu de travail à la SNCAC.
Après interrogatoire au bureau des inspecteurs de "la Cité" (du 11 août au matin au 12 au soir), il est conduit au Dépôt dans la nuit du 12 au 13 août. 

Le matin du 13 août il passe au service anthropométrique de la prison de la Santé. Il y est retenu jusqu’au18 août au soir. Il passe au tribunal le 14 août 1941 devant la 14° Chambre correctionnelle de la Seine. Il refuse la présence d'un avocat : « Je veux que cela aille vite… Il n’y aura pas d’affaire, ils ne sauront rien par moi, ni par quelqu’un d’autre. N’ayant pas fait appel, j’allais échapper au tribunal spécial. Mais je serais récupéré à la sortie de Poissy en février 1942. » Il est condamné à 6 mois de prison et 50 F d'amende. 
Il est transféré à Fresnes pendant trois jours. Puis le 6 février 1942 à Poissy (grande salle du Dépôt). Mais à l'expiration de sa peine, il est remis le 16 avril 1942 aux autorités allemandes et interné à Voves. Le 10 mai 1942, il est avec livré aux allemands avec un groupe de 80 internés à Compiègne (Frontstallag 122) où il arrive « après une nuit inquiétante » le 11 mai 1942 au matin, en vue de sa déportation comme otage. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Le 8 juillet 1942
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. 
René Aondetto est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule 45175.
A Auschwitz, il passe la «première nuit au Block 13. Le lendemain, départ après sortie des kommandos pour Birkenau. Notre transport allait connaître une nuit épouvantable, affolante. Mise en condition. Puis terrassement, transport de décombres sous les coups ».
René Aondetto fait partie des « 45.0000 » qui reviennent au camp d’Auschwitz 1. Il est affecté successivement aux blocks 22 et 15 A, et travaille au kommando Schlosserei (serrurerie).
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des français survivants. 
Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.
Lettre d'Auschwitz recto

Lettre d'Auschwitz verso
Il peut écrire à madeleine sa femme le 4 juillet 1943.
A cette occasion il tient à faire à prévenir Germaine Le Bihan du décès de son mari, François. Madeleine Aondetto avait eu contact avec Germaine Le Bihan lorsque leurs maris étaient internés à Compiègne. C’est grâce à François Le Bihan qu’il avait pu lui faire parvenir de ses nouvelles. Dans sa lettre du 4 juillet 1943, il la prie de transmettre son amitié à madame "Vve Le Bihan", pensant avec raison que le SS qui contrôlait les lettres ne connaîtrait pas la signification de cette abréviation.
Le dimanche 14 août 1943, il est mis en quarantaire au Block 11 (avec 136 de ses camarades selon son estimation) ou il passe 144 jours selon son témoignage, soit jusqu'au dimanche 5 décembre de la même année (la sortie du block 11 a eu lieu le 15 décembre). Il écrit sa quatrième lettre du Block 11 le 22 août 1943. Il est ensuite affecté au Block 18 A, au Kommando menuiserie (pour l’usine DAW qui fabrique des caisses de munitions). Sa dernière lettre d’Auschwitz est datée du 30 juillet 1944.
Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
Carnet de Hans Beckmann
Le 30 ou 31 août René Aondetto est transféré à Gross-Rosen (« groupe de 30, par ordre alphabétique : Abada, Aondetto, Aubert etc… ») où il arrive de nuit (« sans avoir subi de brutalités » le 7 septembre 1944, et y reçoit le matricule 40966 (C.f. ci-contre le carnet de Hans Beckmann, un 45.000 hollandais qui y fait fonction de Blockschreiber). Il est affecté au Kommando Siemens.
Le 9 février 1945, il est conduit à Leitmeritz «sans explications, sans distribution de nourriture, aussitôt levés, encadrés par les SS jusqu’à une voie ferrée où nous allons monter dans des wagons à ridelles, dans lesquels il fallait se tenir accroupis, genoux écartés, encastrés les uns dans les autres, une balle dans la tête pour celui qui se redresserait. La folie et la mort seront dans les wagons. Arrivés le 10 ou le 11 février 1945». Il se souvient de cette date grâce au témoignage de Marcel Ridel (n° "186322" à Auschwitz, il est du convoi des politiques avec Marcel Paul) qui arrive à Gross-Rosen le 18 janvier 1945.
A Leitmeritz René Aondetto est affecté au Kommando Richard et Tunnel. « Je ne suis pas remis du voyage. Décharné, complètement épuisé physiquement, mais une volonté farouche de vivre pour voir la fin que je sentais proche. Depuis la fin avril je suis au Revier. On entend le canon. Le 9 mai 1945 un soldat Russe entre dans le Revier. Regarde et repart. La guerre n’est pas finie dans cette région. Le soir la résistance tchèque nous apporte un baquet de soupe de riz. Nous allons être soignés à Theresienstadt (Terezin) par l'armée soviétique ».
Il est dans une salle avec des polonais «j’étais dans un état de très grand épuisement, il ne me restait que la peau et les os, j’entendais continuellement des bourdonnements, j’avais la dyssentrie, j’étais couvert de plaies».
Il est transféré en ambulance à Meerane (Saxe) et rapatrié par avion le 22 juin 1945. Descendu au Bourget sur un brancard, et hospitalisé à la Salpêtrière (lit N° 40), puis en septembre 1945 à Menton « à l’hôtel des Iles britanniques, avec un médecin ».
Il remonte à Paris en décembre 1945 « mais la vie n’y était plus possible, je manquais d’air le couple était rompu ». Suit une longue période d'invalidité, d'opérations et de souffrances.
En 1948, Robert Lambotte (45.722) devenu reporter à l’Humanité (il signera le 6 juillet 1982 un article sur le convoi des 45.000) le rencontre au centre de repos de Toulon et lui explique ses droits : «Je ne pensais pas à ces questions de pension et de distinctions. C’est ainsi que je commençais mes démarches. Il était trop tard pour la médaille de la Résistance, celle qui m’aurait le plus honoré (forclos)».
Après de nombreuses démarches et refus successifs du ministère, René Aondetto est homologué «Déporté Résistant» le 13 mars 1958. Il est homologué le 30 octobre 1958 à la Résistance Intérieure française avec le grade d’adjudant, citation à l’ordre de l’armée, Croix du combattant volontaire. Il est décoré de la médaille militaire, croix de guerre 39/45 avec palme le 8 novembre 1985.
En 1965 il est agent de constatation du cadastre (un emploi réservé) à Nevers. 
Il s'est remarié avec Christiane.
René Aondetto au premier plan.
Derrière lui Eugène Charles pose une main sur son épaule.
Et derrière Eugène Charles, 
Marie Claude Vaillant Couturier.
Militant de la FNDIRP, René participe aux rassemblements des "45000" (Photo du rassemblement des "45000" et des "31000" au Havre en mars 1980
Il milite dans de nombreux mouvements et associations (FNDIRP, ARAC, amicale d’Auschwitz, Amicale de Flossenbürg, Amicale de Chateaubriant-Voves-Rouillé, ARAC, Mouvement de la Paix, Appel des Cent, France-URSS, France-RDA) au SNADDGI-CGT finances à Nevers. 
De 1969 à 1972, très fatigué et déprimé, il est mis en congé «longue maladie» par l’administration des finances. Il subit une lourde opération en 1975.

A sa retraite il se retire à St Aubin-les-Forges, commune de Guerigny (58). 
Sa petite fille, Elodie Aondetto, graphiste, a rendu hommage à son grand père à travers une de ses oeuvres.

René Aondetto est mort le 6 avril 1996.




Une de ses dernières cartes
René Aondetto a été un de mes précieux correspondants qui, avec quatre autres survivants (André Montagne, Georges Dudal, Fernand Devaux et Lucien Ducastel), m’ont aidé à tirer le meilleur parti des témoignages dont je disposais. 
Comme ses camarades, il a dû à ces occasions se replonger dans ses terribles souvenirs et accepter de raviver ses cauchemars. Son exigence de la vérité, sa précision dans les dates et les détails en ont fait un témoin de premier ordre. 


Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par René Aondetto, le 18 novembre 1987. Ses citations retenues dans la présente biographie sont relevées dans ce questionnaire.
  • Pièces officielles (appartenance à la RIF, Front National). Certificat d'homologation comme Déporté Résistant (N° 1013 31203). Validation comme adjudant.
  • Ses témoignages sur Voves, Auschwitz, Leitmeritz.
  • Correspondance avec Roger Arnould (27/06/1982), Claudine Cardon-Hamet et Pierre Cardon.
  • Notes prises au téléphone par Pierre Cardon au cours d'entretiens réguliers.
  • Correspondance de René Aondetto et Auguste Montjauvis.
  • La photo ci-dessous a été prise par Pauline Montagne, lors d'un rassemblement des "45000" à la fin des années 1980.

Années 1980
Biographie rédigée en octobre 2010 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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